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La définition de Différentielle



La psychologie différentielle

La psychologie différentielle désigne l'étude des différences que l'on observe dans les conduites d'individus différents ou de groupes différents d'individus placés dans la même situation.
On peut situer la psychologie différentielle par rapport à deux autres sous-disciplines de la psychologie:

  • Le psychologie générale: elle se donne pour objectif ultime l'établissement de lois universelles, même lorsque les règles de présentation des travaux scientifiques la conduisent à poser que chacun de ses résultats ne vaut que pour les conditions particulières et les sujets particuliers qui ont permis de l'obtenir.

  • La psychologie clinique: elle est difficile à caractériser dans son ensemble. Toutefois, on peut dire qu'elle tend à considérer les conduites de chaque individu comme un système unique appelant une étude et éventuellement un traitement singuliers, un système qualitativement différent de celui qui est observable chez tout autre individu.

Le domaine de la psychologie différentielle

La psychologie différentielle rejoint, dans son domaine et par ses méthodes, les visées universalistes des psychologies générales. Si la procédure permettant de résoudre plus ou moins bien un problème adaptatif peut varier d'un individu à un autre, la variété des procédures utilisables n'est pas pour autant considérée comme infinie. La psychologie différentielle peut s'assigner pour objet d'établir l'inventaire de ces procédures pour une espèce et un type de situations donnés, et cet inventaire caractérise bien l'espèce dans son ensemble. Il en est de même pour l'existence de voies de développement pouvant être différentes d'un enfant à un autre, mais ne présentant pour l'espèce qu'une diversité limitée et dénombrable.
Par ailleurs, si les interactions entre des caractéristiques individuelles variables d'un individu à un autre rendent bien compte de la diversité des conduites de ces individus, la forme de ces interactions reste la même chez tous les individus. Par exemple, si la pensée analogique et la pensée propositionnelle présentent des degrés de développement relatif différents selon les individus, on a des raisons de croire que ce sont les interactions entre ces deux formes de pensée qui expliquent certaines phases du développement intellectuel chez tous les individus.
Les convergences théoriques entre la psychologie différentielle et les psychologies cliniques sont beaucoup plus rares du fait de divergences fondamentales quant à la définition de la scientificité et quant aux méthodes d'administration de la preuve. Cependant, dans leur pratique, de nombreux cliniciens utilisent des épreuves qui ont été conçues et mises au point par des psychologues différentialistes utilisant les concepts et les règles méthodologiques de leur sous-discipline.


Les méthodes de recueil des observations

D'un point de vue général, les méthodes de la psychologie différentielle peuvent s'ordonner en fonction de l'importance qu'elles accordent aux hypothèses et de la précision de ces hypothèses. La description des différences individuelles implique toujours en fait une référence au moins implicite à l'existence d'un système de types, de dimensions ou de processus au sein duquel les individus se différencient. Par exemple, la nature des questions introduites dans une première version d'un test d'intelligence ne peut être choisie qu'en fonction d'une certaine conception préalable des dimensions ou des processus de l'intelligence. Formellement, on peut dire que le test est une opérationalisation de cette conception, qu'il la définit par l'opération qu'il propose pour sa mesure.
Mais la conception ainsi opérationalisée évolue en fonction du degré de cohérence des réponses suscitées chez les individus par la version initiale de l'épreuve proposée. Elle évolue aussi en fonction des relations dont on constate empiriquement l'existence entre la mesure ainsi définie et d'autres variables observables (par exemple, le test d'intelligence dont il s'agit se trouvera ou non en corrélation avec le niveau socio-économique de la famille, avec les résultats scolaires, etc...). On parle alors de contenus additionnels, l'exploration de ces contenus étant elle aussi liée à certaines hypothèses que les constats empiriques viennent conforter ou démentir. Il convient de ne pas sous-estimer l'importance de cette méthodologie considérée comme descriptive. En effet, elle constitue une étape préalable (ou conjointe) aux recherches fondées sur des hypothèses explicites. Elle fournit au psychologue praticien des instruments d'évaluation qu'il utilise largement pour obtenir des éléments d'information qui viennent prendre place dans l'ensemble des informations dont ce psychologue dispose sur l'individu qu'il est chargé d'examiner et d'aider.
Des hypothèses plus ou moins explicitées servent de point de départ aux enquêtes qui constituent une catégorie de travaux de psychologie différentielle. Dans une enquête portant, par exemple, sur la réussite scolaire, on utilise souvent un assez grand nombre de variables telles que des tests psychologiques, des caractéristiques du milieu familial, géographiques, professionnelles, sociales, culturelles, des tests de connaissances scolaires, etc... Toutes ces variables sont évaluées pour chacun des individus participant à l'enquête. Les observations ainsi recueillies font l'objet de traitements statistiques permettant non seulement de dégager des données descriptives caractérisant la population, mais aussi de vérifier ou de modifier les hypothèses initiales relatives aux associations entre certaines des variables utilisées, et d'examiner la vraisemblance d'hypothèses relatives aux relations causales au sein du système constitué par l'ensemble de ces variables.
Enfin, dans certains travaux, ce sont des hypothèses spécifiées et explicitées qui sont examinées par des méthodes différentielles. Dans les cas les plus simples, il s'agit d'observer les effets d'une variable indépendante sur une variable dépendante. La manipulation de la variable indépendante s'opère ici non par une modification de la situation mais par la comparaison de groupes d'individus sélectionnés pour se différencier sous l'angle de la variable choisie et, autant que possible, de cette variable seulement. Par exemple, si l'hypothèse consiste à imputer des différences dans la compétence en lecture (variable dépendante) à des différences dans la vitesse de traitement de l'information (variable indépendante), on comparera les résultats en lecture de groupes d'enfants différenciés sur la base d'épreuves de vitesse de traitement de l'information.
Aussi, qu'elles soient descriptivo-inductives ou plus ou moins hypothético-déductives, ces méthodologies mettent en oeuvre des instruments qui sont des épreuves différentielles (ou tests). En principe, les règles qui président à la construction des tests ne sont pas spécifiques à ces épreuves. Elles s'appliquent à toute mesure des conduites, utilisée en psychologie générale ou en psychologie différentielle.


Les tests en psychologie différentielle

Les tests ont pour objet les différences individuelles dans le recueil et le traitement de l'information venue du milieu. Certains permettent de constater que certains modes de codage de cette information sont utilisés plus efficacement par certains individus que par certains autres. Ce sont les tests définis d'abord par la nature du matériel utilisé:

  • Les tests spatiaux: ils exigent en général que les individus forment et utilisent des images mentales représentant des objets à deux ou trois dimensions, mobiles ou immobiles.
  • Les tests verbaux: ils implique une certaine maîtrise du lexique et de la syntaxe.
  • Les tests numériques: ils impliquent le plus souvent une utilisation de relations arithmétiques.

On décrit souvent ces tests spatiaux, verbaux ou numériques comme des tests d'aptitudes.
Les tests d'intelligence visent des différences plus fondamentales ou plus globales dans le traitement de l'information. Ces différences seront considérées comme plus fondamentales si elles portent sur une capacité de traitement indépendante du type de codage utilisé. Par exemple, on proposera au sujet de découvrir et d'utiliser les lois régissant les modifications des dessins abstraits d'une série ou d'un tableau. Ces épreuves sont en principe non verbales et peuvent, dans une certaine mesure, être considérées comme indépendantes de la culture. En outre, les différences mises en évidence par les tests d'intelligence seront considérées comme plus globales si ces tests utilisent un ensemble plus ou moins diversifié d'épreuves faisant appel à des codages et à des traitements différents.


Les questionnaires (ou inventaires d'intérêts)

On peut constituer une seconde catégorie de tests avec ceux qui sont sensibles aux différences individuelles dans les modes d'orientation et de contrôle des conduites. Les plus manifestes de ces différences concernent les motivations, les intérêts, les attitudes. Elles portent sur les matières scolaires, les loisirs, les activités professionnelles et les opinions. Aussi, il existe un grand nombre de questionnaires (ou inventaires d'intérêts) et d'échelles d'attitudes dont des formes simplifiées sont employées dans les sondages. Mais on peut chercher à atteindre des déterminants plus fondamentaux et plus généraux de l'orientation et du contrôle des conduites. On utilise alors des épreuves de tempérament ou de personnalité qui peuvent elles-mêmes être de plusieurs types:

  • Elles peuvent être constituées par des questionnaires: dans ces questionnaires on demande à l'individu comment il se comporte habituellement dans telle ou telle situation de la vie courante. Aussi, la sincérité des témoignages peut être contrôlée dans une certaine mesure par des questions dans lesquelles des réponses très peu vraisemblables sont fournies par les individus visant à donner une bonne opinion d'eux-mêmes. Parmi les échelles les plus utilisées, on peut citer celles de Hans Eysenck et de Raymond Cattell. Leurs résultats conduisent de façon convergente à distinguer essentiellement deux dimensions de la personnalité: l'extraversion-introversion et l'équilibre émotionnel ou névrosisme.

  • Elles peuvent être constituées par des tests dits objectifs: ces test sont objectifs dans la mesure où leur signification ne peut apparaître à l'individu et que leur interprétation se fait par des procédures applicables de façon identique par des examinateurs différents.

  • Elles peuvent être constituées par les épreuves projectives: un matériel sans signification, comme des taches d'encre, ou ambigu, comme des scènes énigmatiques, est soumis à l'individu, qui doit dire ce qu'il voit dans ce matériel, comment il l'interprète. Certains psychologues pensent que la structuration des réponses reflète la structuration de la personnalité de l'individu. En général, les auteurs d'épreuves projectives n'utilisent pas les méthodes psychométriques.

L'importance sociale de la psychologie différentielle

Le fait que les hommes sont psychologiquement différents s'impose quotidiennement comme une évidence. L'étude scientifique de ce fait conduit d'abord à introduire des modulations dans les observations et les lois des psychologies générales. Mais elle conduit aussi à de nouvelles façons de poser les problèmes. Aussi, l'adaptation d'individus différents peut se faire par des procédures différentes, et la moyenne des observations pratiquées sur un groupe d'individus peut dans certains cas, loin de représenter une loi unique et générale, ne correspondre à aucune de ces procédures.
Les modèles structuraux dont les variables sont engendrées par les différences individuelles offrent un moyen de comprendre les relations entre les déterminants multiples et non indépendants d'une conduite. Ces modèles sont fondamentalement différents de ceux qu'utilise une analyse expérimentale réalisée. Ils représentent de façon plus acceptable les conditions réelles dans lesquelles les conduites se déterminent, et les résultats en sont plus facilement généralisables.
Le fait des différences individuelles a aussi une importance majeure dans la vie sociale. D'où sans doute le poids que les applications de la psychologie différentielle a toujours eu dans son développement. Mais on peut aussi se demander si cette importance même des enjeux sociaux n'a pas freiné ou perturbé les recherches scientifiques relatives aux différences individuelles. En effet, l'apparition et le développement de telles recherches ont pu être considérés comme une intrusion et même comme un danger par des écoles de pensée qui, tout en étant éventuellement opposées, partagent la conviction que les hommes peuvent être réduits à l'état de pions parfaitement identiques. Or, établir que les hommes sont différents, ne serait-ce pas œuvrer en faveur d'une certaine forme d'organisation sociale qui serait présentée comme découlant de ces différences? Il y a là de toute évidence une confusion entre le fait et le droit, que les extrapolations incontrôlées de Francis Galton n'ont pu qu'entretenir. Il est clair que le choix d'un système de valeurs et de l'organisation sociale qui le reflète ne constitue pas un problème scientifique. C'est au nom de telles valeurs que l'on peut décider que l'eugénique ne sera pas appliquée à l'homme, et que tous les citoyens, quels qu'ils soient, auront dans la cité les mêmes droits.
Le fait n'en reste pas moins que, dans le cadre de ces choix et de l'organisation sociale qui les exprime, n'importe qui ne peut pas faire n'importe quoi, que les hommes ne sont pas des jetons parfaitement amorphes et interchangeables qu'une éducation ou une rééducation appropriées peuvent modeler ou remodeler pour les conformer individuellement aux exigences de n'importe quelles options sociales. La sélection est un fait social universel. Mieux vaut qu'elle se pratique par des procédures dont on peut discuter parce qu'elles sont explicites, que par des procédures fondées sur des critères subjectifs ou des réseaux d'influence qui, paradoxalement, échappent plus facilement à la critique parce qu'ils sont moins définis.


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