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La définition de Différenciation


La différenciation désigne un comportement ou un apprentissage dans lesquels un stimulus produit une réaction, et un autre stimulus ne la produit pas. Aussi, les réactions produites peuvent être biologiques, motrices ou verbales.
Ainsi, lorsque la modification d'un ensemble de stimulations entraîne la modification d'une réponse, on peut dire qu'il y a eu différenciation. Mais l'absence de changement de la réponse peut résulter soit d'une sensibilité insuffisante des récepteurs sensoriels (le changement n'est pas perceptible), soit d'un jugement d'équivalence entre objets perçus différents (catégorisation).


La différenciation sur le plan biologique

Il existe une relation entre l'intensité d'une stimulation sensorielle et l'amplitude de la réponse, chez le nouveau-né humain, dans la plupart des modalités sensorielles:

  • Le rythme cardiaque se modifie avec l'intensité d'un son.
  • Le degré d'activité motrice générale, mesuré à l'aide d'un stabilimètre, augmente en même temps que le degré de concentration d'un alcool aliphatique respiré par le nourrisson.
  • Le rythme de succion s'accélère quand la quantité de sucrose absorbée dans une boisson augmente.

En outre, on peut également observer une augmentation de l'amplitude de la réponse à une stimulation visuelle, lorsqu'une stimulation auditive s'ajoute à celle-ci. Selon Gerald Turkewitz, cela peut s'expliquer par le fait que chez le nouveau-né, l'amplitude d'une réponse n'est fonction ni des propriétés du stimulus ni de la ou des modalités sensorielles sollicitées, mais de la quantité globale d'excitations sensorielles engendrées par l'ensemble des stimulations reçues à un instant donné. Quand cette quantité augmente ou diminue, l'amplitude de la réponse suit. L'état du nouveau-né intervient lui aussi.


Les réponses à des propriétés globales

Lorsque deux cibles visuelles sont présentées ensemble et que l'une est regardée plus longtemps que l'autre, on dit que le nourrisson préfère l'une à l'autre et donc qu'il les différencie. Cependant, il est parfois difficile de déterminer avec certitude sur quelle variable physique a porté la réponse. En effet, l'expérimentateur a choisi cette variable en fonction de son analyse du stimulus en propriétés, celles qui pour lui constituent des dimensions de description de la réalité.
A sa naissance, le bébé ne fait pas cette analyse, il ne répond qu'à un aspect global des cibles qu'on lui montre. Par exemple, toute cible sur laquelle il y a un dessin est regardée plus longtemps qu'une cible unie, même si toutes deux ont la même taille et la même luminance moyenne. La dimension physique en jeu est bipolaire, elle oppose la présence à l'absence de texture optique. De même, deux segments curvilignes sont plus regardés que deux segments rectilignes de même longueur, épaisseur et luminance. Pour certaines dimensions physiques, comme la taille de la surface occupée par un dessin, la différence est relationnelle: la plus grande de deux figures est plus regardée que la plus petite.
Enfin, lorsque plusieurs degrés de complexité, définie par le nombre d'éléments d'un ensemble ou de carreaux d'un damier, sont comparés par paires, ce ne sont ni les valeurs les plus faibles ni les plus fortes de la variable physique qui entraînent la plus forte durée de fixation, mais une valeur moyenne, qui évolue avec l'âge. On parle alors d'optimum de complexité. La courbe d'évolution de l'amplitude de la réponse en fonction de l'intensité de la variable physique prend la forme d'une courbe en U inversé.


Les dimensions de différenciation

À des variations ordonnées d'une dimension physique (couleur, taille, forme, complexité, ressemblance à un visage humain, etc...) correspondent des variations ordonnées des réponses. Celles-ci ne sont pas déterminées par la totalité des informations disponibles, mais par une partie seulement d'entre elles. Il s'agit de celle qui concerne une propriété particulière (par exemple, la taille).
Une dimension de différenciation est une abstraction active, une construction personnelle de l'enfant qui se fait progressivement grâce à des apprentissages perceptifs, dans la vie quotidienne, et aux pressions de son environ socioculturel. Les dimensions de différenciation peuvent être utilisées soit pour rassembler des objets en catégories, lorsque ces objets ont tous la même valeur sur la dimension en jeu (par exemple, les carrés, les bleus), soit pour différencier des objets qui ont des valeurs différentes sur une seule et même dimension.


La détection et la pertinence des différences

L'enfant est capable de différencier des objets bien avant de disposer de dimensions de différenciation. Par exemple, dès ses premiers jours, le nourrisson suit des yeux une tache colorée qui se déplace sur un fond d'une autre couleur et de brillance égale. Il différencie donc deux couleurs. Puis, au début de sa deuxième année, il peut apparier deux objets de même couleur. Aussi, même si les noms de plusieurs couleurs font très tôt partie du vocabulaire enfantin, la possibilité de désigner un objet à partir de sa couleur seule apparaît nettement plus tard. en effet, on ne peut parler d'usage d'une dimension de différenciation de la couleur avant 3 ou 4 ans.
La capacité d'utilisation d'une dimension de différenciation semble apparaître vers 2 ans. Elle est très limitée au début. Puis, elle s'applique progressivement aux multiples dimensions auxquelles est sensible le système nerveux.


La difficulté à différencier deux dessins selon une dimension

Cette difficulté a été étudiée dans plusieurs situations, entre 3 et 9 ans, notamment par Eleanor Gibson et Eliane Vurpillot. Dans l'expérience, l'enfant est toujours prévenu qu'il existe des différences entre les dessins qu'on lui présente et qu'il doit les découvrir.
Ainsi, la suppression, le changement de forme ou de taille d'un détail, la transformation topologique de brisure/fermeture sont détectés par la très grande majorité (80-90%) des enfants de 4 ans. Seulement la moitié des mêmes enfants signalent la transformation curviligne/rectiligne d'un segment, les rotations et inversions en miroir. Quant aux transformations perspectives, elles ne sont signalées que par 20% des enfants de 4 à 7 ans et seulement 40% de ceux de 8 ans.


La différenciation du soi

Pour Murray Bowen, il s'agit de la différenciation du moi d'une personne, en fonction de son degré d'individualisation au plan affectif et intellectuel, à partir de l'indifférenciation familiale fondatrice. Cette notion insiste sur les liens fondamentaux qui maintiennent la part émotive de tout individu dans une fusion jamais résolue avec sa famille d'origine. Cependant les membres de la famille sont caractérisés par des taux variables de différenciation du soi.


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