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Octobre 2016 (Mise à jour: Novembre 2016)

Le sexisme en politique ou l'instinct de domination


Le machisme en politique tend à rappeler certains comportements de domination que l'on peut observer chez les primates.Le monde politique est un univers emprunt de guerres de pouvoir, de rivalités et de rapports de domination. Ce contexte est donc propice aux manifestations des formes les plus triviales de discrimination de genre, dont la presse fait d'ailleurs souvent écho (l'affaire Strauss-Kahn, Georges Tron, Denis Baupin...).
Aussi, le comportement de ces hommes politiques qui se lâchent en débridant leurs instincts n'est pas sans évoquer celui que l'on peut observer chez les primates...


Les comportements sexistes seraient donc similaires aux rapports de domination des primates?

D'un point de vue éthologique, les comportements sexistes de certains hommes politiques empruntent leurs caractéristiques aux catégories hiérarchiques des communautés de primates. Plus précisément, on peut distinguer deux types de mâles chez ces derniers:

  • Le mâle dominant: il s'impose naturellement par son charisme. Il ne passe pas inaperçu et n'a pas besoin de se faire remarqué. En effet, il prend naturellement de l’importance aux yeux des autres sans faire d'efforts. Cet aplomb lui permet d'affirmer sa puissance de séduction.

  • Le mâle périphérique: il espère devenir un mâle dominant en s'octroyant ses codes de conduite. Il se bat et se débat pour améliorer son rang et tente de se rassurer sur sa progression dans la hiérarchie en élargissant son territoire, en s'affichant avec des individus de rang supérieur et en augmentant son cheptel de femelles.

Ainsi, le comportement du mâle dominant tend à rappeler celui de certains hommes politiques aveuglés par leur propre puissance, et qui abusent de leur pouvoir sans chercher à se faire remarquer.
En revanche, le comportement du mâle périphérique présente de nombreuses similitudes avec celui de certaines personnalités politiques qui se débattent dans les arcanes du pouvoir, cherchent à y occuper une place et ne peuvent, par leur seul charisme, prétendre s'imposer à son sommet. Elles doivent donc, pour exister et s'élever dans la hiérarchie, faire du bruit, créer des alliances avec certains, entrer en conflit avec d’autres, et décupler les manœuvres de séduction avec une ostentation souvent excessive. En effet, pour ces hommes politiques, les grossièretés sexistes sont un moyen de signifier leur pouvoir.


Pourquoi le monde politique est-il un univers propice au machisme?

En fait, trois principaux facteurs favorisent l'émergence de telles attitudes sexistes primaires. Or, ces facteurs sont particulièrement présents dans le monde politique. Il s'agit de:

  • La légitimation des conflits de pouvoir: les stratégies de déstabilisation, les joutes verbales, les manœuvres d'intimidation visent à installer l'adversaire dans un rapport de soumission. Et les conduites ouvertement sexistes des hommes en politique font partie de ces tactiques. En effet, par de telles procédés, ces hommes s'attribuent le droit de soumettre les femmes en les ridiculisant avec des moqueries discriminatoires ou en les rabaissant avec des tentatives de séduction qui les font passer pour de simples objets de plaisir.

  • La politique-spectacle et sa réalisation au sein d'un l'hémicycle: pour s'affirmer pleinement au sein d'une communauté, le statut de dominant doit être reconnu par tous les membres. Par conséquent, les tentatives d'intimidation imposent la présence de témoins. Et c'est pour cette raison que les blagues sexistes sont en souvent bruyantes et que les séducteurs grossiers ont tendance à agir sans faire preuve de discrétion.

  • La surreprésentation masculine: le faible nombre de femmes renforce le sentiment de domination masculine. D'ailleurs, dans les sociétés de primates, les mâles dominants tendent à prendre possession brutalement des femelles disponibles quand celles-ci sont moins nombreuses.

Ainsi, dans de telles conditions, certains hommes politiques risquent d'imaginer qu’ils peuvent imposer leurs envies. Et c'est cette attitude qui pousse les uns à faire preuve d'une grande brutalité, et qui incite les autres à se montrer très indélicats.


Inspiré des travaux de Bruno Humbeeck, de Frans de Waal, de Rama Yade et de Dario Maestripieri.



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