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Décembre 2015 (Mise à jour: Décembre 2015)

La recherche en psychologie manque-t-elle de rigueur ?


Une récente étude a mis en évidence un manque de rigueur dans les recherches en psychologie.Aujourd'hui, la psychologie est considérée comme une science. Mais est-elle aussi rigoureuse que les autres matières scientifiques?
En effet, il est difficile d'affirmer que la psychologie est une science exacte au même titre que la physique, les mathématiques, la chimie, etc... D'ailleurs, dans le monde scientifique, ces dernières disciplines sont qualifiées de sciences dures, tandis que la psychologie est qualifiée de science molle.


La psychologie n'est donc pas une science très fiable?

La place particulière qu'occupe la psychologie dans l'univers scientifique semble due notamment à des difficultés dans l'élaboration des protocoles expérimentaux et dans l'interprétation des résultats. D'ailleurs, ce problème a été soulevé encore récemment par une étude internationale qui remet en cause la validité des deux tiers des résultats obtenus par les laboratoires de recherche en psychologie!

A vrai dire, cette étude ne remet pas en question la psychologie en tant que science, mais elle souligne un manque de rigueur sur certains points expérimentaux qu'il est nécessaire d'améliorer. Plus précisément, deux principaux points problématiques sont pointés par cette étude. Il s'agit de la reproductibilité des résultats et de l'interprétation des données.


En quoi consistent ces deux points problématiques?

En ce qui concerne la reproductibilité des résultats, on peut dire que plus un même résultat est obtenu par plusieurs études et plus il est fiable, sans toutefois pouvoir être considéré comme une vérité scientifique. Or, en psychologie, il existe un problème de réplicabilité des données, c'est-à-dire que l'on n'obtient pas toujours le même résultat en répliquant la même expérience. Plusieurs causes sont à l'origine de ce problème:

  • Les échantillons testés sont parfois trop faibles et ne sont donc pas suffisamment représentatifs de la population visée.
  • Les protocoles expérimentaux sont parfois incomplets.
  • Le matériel expérimental est parfois mal contrôlé.
  • L'outil statistique est parfois utilisé de manière inappropriée.

En ce qui concerne maintenant l'interprétation des données, on constate qu'elle pose problème à plusieurs niveaux:

  • L'interprétation des résultats dans le cadre d'un modèle théorique conduit parfois à des conclusions trop hâtives, voire erronées. En effet, si la mesure ne correspond pas au modèle, elle a tendance à être considérée comme une erreur plutôt que comme une nouvelle découverte.
  • Les résultats sont parfois présentés comme une conclusion plutôt que comme une probabilité.
  • Les revues cotées cherchent surtout la nouveauté. Ainsi, les recherches qui répliquent des résultats antérieurs sont difficilement publiées. Pourtant, le travail de réplication est indispensable dans une discipline scientifique car il renforce la fiabilité des résultats.

Cela dit, comparée à la physique, la psychologie est une discipline récente qui a à peine deux siècles d'existence. Elle n'a donc pas encore atteint son niveau de maturité, et il y a tout lieu de penser que ses faiblesses se corrigeront au fil du temps. D'autant qu'elle a déjà fait beaucoup de chemin...


Inspiré des travaux de Christian Lorenzi, de Michèle Leduc et de Brian Nosek.



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