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La définition de Obéissance


L'obéissance peut correspondre, soit de la réalisation de la conduite que prescrit une source d'autorité (c'est la réalisation d'une obligation), soit de la non-réalisation d'une conduite proscrite par une source d'autorité (c'est la non-réalisation d'un interdit).


La position d'obéissance et la position de pouvoir

Cette définition situe l'obéissance dans le cadre d'une asymétrie de positions et donc de rôles sociaux. En effet, on retrouve la position d'obéissance d'une part, et la position de pouvoir d'autre part. Aussi renvoie-t-elle à des agents (agents soumis, agents de pouvoir) insérés dans des systèmes de pouvoir (organisations ou institutions telles que l'entreprise, l'école, la famille, etc...).
Très peu de recherches ont été menées sur l'obéissance, et si les recherches de Stanley Milgram (1974) ont suscité l'intérêt, c'est parce qu'elles portent sur des cas limites plutôt que sur l'obéissance banale des enfants, des élèves, des militaires, des salariés, des malades, etc...


L'expérience de Milgram

Milgram montre que, dans certaines conditions (par exemple, présence physique de l'agent de pouvoir, la présence de la victime dans une autre pièce, etc...), plus de 60% d'Américains ordinaires obéissent à un expérimentateur leur ordonnant, pour le bénéfice d'une recherche, d'infliger à un individu, qui commet des erreurs dans un apprentissage, des chocs électriques de 450 volts en toute connaissance du danger que représentent de tels chocs. Ces sujets obéissent en étant quelquefois très affectés par le mal qu'ils font ainsi à autrui. D'ailleurs, de nombreux sujets obéissants de Milgram avaient ainsi exprimé le souhait d'arrêter l'expérience.
De tels cas limites rappellent les exactions commises en temps de guerre par des exécutants obéissants. Pour en rendre compte, Milgram a avancé le concept d'état agentique, à savoir la condition dans laquelle est une personne qui se considère comme un agent devant réaliser la volonté d'autrui, que Milgram oppose à l'autonomie. Mais l'obéissance n'est pas toujours aussi dramatique et l'état agentique de ces sujets malheureux est le fait d'une bien longue histoire.


La discipline familiale

Certains chercheurs ont étudié les disciplines auxquelles est confronté le jeune enfant et notamment la discipline familiale. Le concept d'événement disciplinaire en permet une approche commode. Il y a événement disciplinaire lorsque l'éducateur intervient pour signifier ou rappeler à l'enfant une obligation: « tu dois faire ceci » ou pour signifier ou rappeler un interdit: « tu ne dois pas faire ceci ».
L. R. Hoffman (1983) a résumé les données disponibles en rappelant qu'un événement disciplinaire intervient environ toutes les sept minutes dans la vie familiale d'un enfant de 7 ans et que l'obéissance s'ensuit dans plus de 60% des cas. Comme le supposait Milgram, tout donne ainsi à penser que l'obéissance est un trait désirable du comportement de l'enfant et que l'habitude d'obéir est d'abord acquise en famille, c'est-à-dire dans un contexte de rapport de forces potentiel.


L'obéissance en tant que creuset des croyances et des valeurs

L'obéissance ordinaire est d'autant moins dramatique que la discipline, et donc l'obéissance, sont peut-être dans nos sociétés le creuset dans lequel se forgent les croyances et les valeurs (Beauvois, 1994). C'est ce que tend à montrer d'abord l'étude de la soumission forcée chez l'enfant. Cette étude atteste que dans des contextes de faibles pressions, ou d'engagement (peu de menaces, peu de justifications, etc.), l'enfant modifie ses attitudes de façon à rationaliser une conduite au départ problématique, c'est-à-dire contraire à ses motivations, qu'il a réalisée pour satisfaire une obligation ou un interdit qu'énoncé par un agent de pouvoir (l'expérimentateur). La rationalisation post-obéissance affecte ainsi les attitudes et les motivations de l'enfant (« ce jouet, que j'ai accepté de ne pas toucher, n'est finalement pas très intéressant », « ce plat, que j'ai accepté de goûter, n'est finalement pas très mauvais »).


Un intérêt plus prononcé pour les conséquences de l'obéissance plutôt que pour ses déterminants

L'obéissance et de ses conséquences sociocognitives sont ainsi plus étudiés que ses déterminants, notamment situationnels, ainsi les déterminants de la désobéissance. Mais peut-on étudier les uns sans étudier les autres? La série de recherches présentée par Milgram fait ressortir en fait certaines conditions de l'obéissance, mais aussi de la désobéissance.


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