Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par M > La définition de modularité


La définition de Modularité


La modularité est une approche analytique qui consiste à envisager tout comportement comme reflétant l'activité concertée d'un ensemble de processus susceptibles d'être caractérisés de manière indépendante.


La modularité en neuropsychologie cognitive

Dans les domaines de la psychologie et de la neuropsychologie cognitives, l'hypothèse de la modularité conduit à envisager la vie mentale comme une réalité sous-tendue par le fonctionnement coordonné d'un ensemble de processeurs cognitifs spécialisés (ou modules). Ainsi, chaque module serait responsable d'un type particulier de traitement de l'information. Il y aurait donc un module pour la reconnaissance de visages, un autre pour le traitement des sons de parole, un troisième pour l'orientation dans l'espace, etc...
Par ailleurs, une hypothèse supplémentaire consiste à attribuer à chaque module cognitif une structure neurale spécifique. Ainsi, l'organisation cérébrale serait elle-même modulaire. Cette mise en relation entre modules cognitifs et structures cérébrales spécifiques permet de rendre compte du fait qu'une lésion cérébrale focalisée est susceptible de déterminer la perte d'une capacité cognitive particulière sans que les autres capacités en soient altérées. Ainsi, les dissociations mises en évidence par la neuropsychologie cognitive trouveraient une interprétation en termes d'organisation modulaire.
Par exemple, on observe chez certains patients la perte de la capacité à reconnaître des visages tout en conservant intacte la capacité à reconnaître tout autre sorte d'objets. Ce syndrome résulterait de l'altération de la structure cérébrale qui sous-tend le module cognitif de reconnaissance de visages.


L'approche de Fodor

Sur un plan théorique plus général, la conception modulaire de la cognition a été développée principalement par Jerry Fodor. Globalement, cet auteur oppose deux conceptions de la vie mentale:

  • La conception des facultés horizontales: les aptitudes psychologiques sont en nombre restreint et non spécifiques à des domaines cognitifs particuliers.
  • La conception des facultés verticales: les différentes aptitudes sont diverses et spécifiques à des domaines bien définis. Elles sont sous-tendues par des mécanismes spécifiques qui leur sont propres.

Aussi, face à cette dichotomie, Fodor adopte une position mixte qui reconnaît l'existence de ces deux sortes de facultés. Toutefois, la plupart de ses arguments concernent essentiellement les facultés verticales, dont il cherche à préciser les caractéristiques fonctionnelles. Plus précisément, selon Fodor, il est possible de distinguer trois sortes de processus psychologiques sur la base de critères fonctionnels:

  • Les transducteurs sensoriels: ce sont ces systèmes d'interface (dont le langage) qui vont constituer les modules dans le théorie de Fodor.
  • Les systèmes périphériques: ce sont des systèmes d'interface dont la fonction est de fournir à la pensée (aux systèmes centraux) les informations provenant des transducteurs sensoriels.
  • Les systèmes centraux: leur fonction principale est de fixer les croyances. Ils sont par définition de nature non modulaire.

L'apport principal de Fodor a consisté à proposer une série de critères ou propriétés pour diagnostiquer dans quelle mesure une certaine capacité cognitive peut relever d'un module.


Les principaux critères de modularité

Fodor propose différents critères de modularité:

  • Le cloisonnement informationnel: afin d'effectuer ses opérations, le système utilise exclusivement les informations provenant de sa propre base de données. Il est donc aveugle à d'autres sortes d'informations, placées à l'arrière-plan, et cela même si ces dernières peuvent être pertinentes du point de vue fonctionnel. Les illusions visuelles en sont bon un exemple. En effet, nous restons victimes de l'illusion même après que l'on nous ait clairement informé de notre erreur de jugement. Ainsi, savoir que les deux lignes horizontales de la figure de Müller-Lyer sont identiques ne nous empêche pas de continuer de les percevoir comme n'ayant pas la même longueur. La raison principale avancée par Fodor pour considérer les systèmes centraux comme non modulaires est celle de leur nature essentiellement ouverte du point de vue informationnel.

  • L'utilisation d'informations très précises et spécialisées: elle concerne les domaines de stimuli très spécifiques. À titre d'exemple, et compte tenu de la très grande spécificité du domaine des stimuli, Liberman et Mattingly ont proposé l'existence d'un module spécialisé pour la perception des sons de parole.

  • La rapidité de fonctionnement: cette propriété découle du fait que la base de données utilisée par le module pour effectuer ses calculs est très restreinte. La rapidité avec laquelle nous reconnaissons un stimulus aussi complexe qu'un visage familier démontre le caractère hautement spécialisé et efficace du système qui sous-tend cette capacité.

  • L'architecture neurale associée au module de traitement: cette propriété est particulièrement importante pour la neuropsychologie. En effet, cette association entre module cognitif et architecture neurale fixe constitue l'hypothèse de base pour l'interprétation des dissociations fonctionnelles en neuropsychologie.

  • La nature automatique et irrépressible de leur fonctionnement: par exemple, lorsqu'on nous présente un mot, nous accédons immédiatement à sa signification. Nous ne pouvons pas décider de l'écouter comme une simple séquence de sons ou de le voir comme une simple séquence de lettres.

Enfin, malgré les critiques dont elle a fait l'objet, l'hypothèse de la modularité continue à jouer un rôle essentiel dans la recherche en psychologie et en neuropsychologie. L'évolution des travaux se caractérise notamment par la tendance à modulariser les modules, c'est-à-dire à les envisager comme étant constitués par un ensemble de sous-modules. Un cas illustre est celui du module du langage, conçu comme étant lui-même composé par de nombreux sous-modules (phonologique, orthographique, morphologique, syntaxique, sémantique, etc...).


Autres termes psychologiques :