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La définition de Groupe



Le groupe social

Le groupe désigne un ensemble de personnes qui peut être plus ou moins grand, qui peut admettre des frontières plus ou moins précises, stables ou perméables, être plus ou moins structuré, et qui se caractérise par un certain degré de cohésion affective et d'unité des conduites, des attitudes et des croyances. Le caractère très général de cette définition s'impose par la diversité des groupes humains qui font l'objet d'études en psychologie sociale (les couples, les familles, les cercles d'amis, les bandes, les équipes sportives, les organisations, les groupes ethniques, les catégories sociales, les nations, etc...).
Certes, de nombreux critères distinguent ces groupes, et l'on serait tenté, avant tout, d'en établir une typologie descriptive. Néanmoins, si ces groupes intéressent en première instance le psychologue, c'est dans la mesure où ils ont en commun d'être des groupes psychologiques (ou groupes de référence), c'est-à-dire qu'ils sont psychologiquement pertinents pour leurs membres, sources d'affects et lieux d'influence. À ce titre, les membres du groupe expriment des sentiments d'appartenance, d'attachement au groupe, de fierté, des attitudes défensives, et des comportements de favoritisme. Le groupe apparaît alors comme un ensemble cohésif, un tout affectivement soudé (on parle d'esprit de famille, d'esprit d'équipe, d'esprit de corps, de conscience de classe, de patriotisme, etc...). De plus, le groupe se caractérise par l'émergence d'un ensemble de normes sociales (des règles, des valeurs, des coutumes, une culture commune) et d'une structure (des rôles et des statuts différenciés) qui prescrivent et régulent les conduites, attitudes et croyances de ses membres. Ainsi, selon William McDougall, le groupe génère l'ordre et la coordination, la convergence et le conformisme, et apparaît alors comme un tout unitaire, une entité capable d'actions, d'émotions, de pensées, et donc dotée d'une vie propre, voire d'un esprit, qui transcende l'existence individuelle de ses membres. D'ailleurs, on dit d'un groupe qu'il réagit comme un seul homme, d'une foule qu'elle vibre, d'une nation qu'elle s'exprime, d'une armée qu'elle a bon moral, et, de manière générale, on attribue aux groupes humains les mêmes caractéristiques psychologiques qu'aux personnes.
On comprend alors que, du point de vue du psychologue, définir ce qu'est un groupe revient à comprendre ce qui transforme une collection d'individus isolés, ou même un agrégat d'individus physiquement proches, en un groupe psychologique. Le problème posé concerne donc la nature de la relation dialectique entre l'individuel et le collectif, le psychologique et le social. C'est pourquoi, comme le souligne John Turner, le concept de groupe peut être considéré, tout à la fois, comme le concept le plus fondamental et le plus controversé de la psychologie sociale.


La place de l'individualisme dans l'étude du groupe

Si, au tournant du XXe siècle, Gustave Le Bon attire le premier l'attention sur l'unité mentale des foules (la contagion des émotions et l'imitation des comportements), c'est William MacDougall qui, au début des années 1920, pose d'emblée l'unité mentale des groupes comme l'objet d'étude de la psychologie sociale. Selon lui, toute société ou groupe organisé développe un psychisme collectif (ou esprit de groupe), qui possède des qualités analogues à celles du psychisme individuel (la conscience de soi, le sentiment d'identité, la volonté, l'action raisonnée et coordonnée). Pour cet auteur, il s'agit donc d'étudier les conditions d'émergence et le fonctionnement de ce psychisme supra-individuel qui émerge du système de relations entre les consciences socialisées des membres du groupe.
C'est pourtant dans une optique fort différente que se développe, à partir des années 1920, et sous l'influence de Floyd Allport, la psychologie sociale expérimentale. Cet auteur rejette l'idée d'esprit de groupe. D'ailleurs, il considère le groupe comme un concept inutile. Ainsi, pour Allport, la psychologie ne peut être qu'une science de l'individu, l'objet de la psychologie sociale étant d'étudier le comportement individuel en présence d'autrui.
Toutefois, vers la fin des années 1930, Kurt Lewin, Muzafer Sherif puis Solomon Asch requalifient le groupe comme objet privilégié de la psychologie sociale, tant sur le plan théorique qu'empirique. Ces psychologues, d'orientation cognitiviste, partagent avec Allport l'utilisation de la méthode expérimentale, et la conviction qu'un groupe ne possède pas d'esprit au sens strict. Néanmoins, inspiré par le gestaltisme, ils soulignent que le groupe est un tout qui n'est pas réductible à la somme des individus qui le composent. Contrairement à Allport, ces auteurs considèrent le groupe comme une unité fonctionnelle, un système dynamique, d'où émergent des propriétés originales, supra-ordonnées. Ainsi, cette perspective légitime non seulement le groupe en tant qu'objet d'étude à part entière, mais, dans la mesure où normes, rôles et statuts sont intériorisés par les membres du groupe, le concept de groupe devient précisément incontournable pour comprendre le comportement individuel. En d'autres termes, le tout est non seulement différent de la somme des parties, mais chaque partie est transformée par son appartenance au tout, et, dès lors, le comportement d'un individu ne peut pas être compris sans considérer le système social dont il fait partie.


La cohésion du groupe

Dans les années 1940 à 1950, le caractère spectaculaire des premiers résultats expérimentaux relatifs à la dynamique des groupes a engendré une véritable explosion des recherches sur les processus de groupes. Si, à cette époque, le groupe s'impose comme l'objet privilégié de la psychologie sociale, l'importance de la demande institutionnelle amène les chercheurs à s'intéresser surtout, dans une perspective appliquée, au fonctionnement des petits groupes (ou groupes restreints), dont le prototype est l'équipe de travail. L'étude des facteurs affectant la performance des groupes, leur productivité, leur créativité, la qualité des prises de décisions en groupe, a rapidement mis en avant l'importance de la cohésion. En effet, les recherches montrent que la cohésion d'un groupe peut affecter sa performance dans un sens positif (amélioration du moral, de la satisfaction et de la motivation au travail, meilleure communication et coordination entre les membres) comme dans un sens négatif (pression à l'uniformité et rejet de la déviance, d'où une pensée conformiste, un manque de créativité et de discussion contradictoire entraînant des décisions suboptimales).
Divers facteurs ont été identifiés comme contribuant à la cohésion et à la formation d'un groupe psychologique:

  • Être semblables sur le plan des opinions et des attitudes.
  • Avoir un but commun dont l'atteinte nécessite la coopération.
  • Avoir un sort commun.
  • Être soumis à la même menace.
  • Avoir un ennemi commun.
  • Être en compétition objective avec un autre groupe pour l'obtention d'une ressource concrète ou symbolique.

Dans la pratique, le concept de cohésion a été opérationnalisé en termes d'attraction mutuelle entre les membres du groupe, d'attirance entre les individus spécifiques qui composent le groupe. Or, concevoir et mesurer la cohésion d'un groupe comme une somme d'attractions interpersonnelles ne permet plus d'appliquer ce concept aux grands groupes, comme les nations. En effet, ainsi définie, la cohésion d'un groupe est fonction de sa taille et, au-delà d'un nombre restreint d'individus, on ne peut plus parler d'un seul groupe psychologique mais de plusieurs sous-groupes.
Le problème de la taille du groupe n'a pas embarrassé les praticiens, préoccupés avant tout du bon fonctionnement des petits groupes et des équipes de travail. Ainsi, à l'aide des techniques sociométriques de Jacob Moreno et des grilles d'observation de Robert Bales, les psychosociologues distinguent la structure formelle d'une organisation (les équipes, les relations hiérarchiques, les rôles et les fonctions définis par l'organigramme) de la structure informelle qui en émerge et échappe à la planification. L'intervention psychosociologique se donne alors pour ambition de faire coïncider le formel et l'informel, c'est-à-dire d'améliorer la cohésion des équipes et de sensibiliser les cadres aux relations humaines, double objectif auquel répond la pratique des groupes de formation. Le groupe, lieu privilégié de l'expression affective et outil de formation aux relations humaines harmonieuses, s'est naturellement étendu au domaine de la psychologie clinique, sous la forme de la pratique thérapeutique des groupes de rencontre, ou groupes de développement personnel, inaugurée par Carl Rogers.
Si la focalisation des psychologues sur les relations interpersonnelles à l'intérieur des groupes a engendré une pratique psychosociologique, puis clinique, très florissante dès les années 1960, il en va tout autrement pour ce qui concerne le statut théorique du concept de groupe, qui, au début des années 1970, semblait avoir disparu du champ des préoccupations de la psychologie sociale expérimentale. Cet état de fait peut se comprendre, en partie, comme l'aboutissement logique de la réduction de la notion de cohésion à celle d'attraction interpersonnelle. Ainsi, concevoir la cohésion d'un groupe comme la somme des sentiments d'attirance entre des personnes implique qu'il n'y a rien d'autre dans un groupe qu'une somme de relations interpersonnelles, et c'est donc tout naturellement que l'étude des relations interpersonnelles est venue supplanter celle du groupe. Le problème de la cohésion des groupes s'est donc déplacé vers celui de la dynamique affective entre deux personnes, elle-même analysée selon les mécanismes du conditionnement et de la satisfaction des besoins ou selon les mécanismes cognitifs impliqués dans la perception d'autrui.


La performance de groupe

Il s'agit de l'estimation d'une tâche réalisée par un groupe de personnes qui agissent ensemble. Cette expression renvoie à l'influence de la présence d'autrui sur la performance individuelle et, de façon secondaire, à l'influence du groupe sur l'attitude et la prise de décision.
En ce qui concerne l'influence de la présence d'autrui, on considère l'étude de l'impact cognitif, perceptif ou moteur de la présence d'autrui, qu'il s'agisse de simples spectateurs, de pairs occupés simultanément et indépendamment à une activité identique à celle du sujet (des coacteurs), ou d'individus agissant, avec lui, dans le cadre d'une tâche collective (des collaborateurs). L'expression performance de groupe se réfère, d'une part, aux travaux dans lesquels l'unité d'analyse est la performance individuelle, non la performance du groupe en tant que telle, et d'autre part, aux performances observées dans des contextes expérimentaux évacuant toute communication verbale et interaction future entre les participants.


Les effets de facilitation et d'inhibition sociales

La découverte des effets de facilitation et d'inhibition sociales marque la naissance de la psychologie sociale expérimentale. Ces effets s'expriment, respectivement, par une amélioration et une détérioration de la performance individuelle en situation d'audience ou de coaction. Aussi, si la facilitation sociale se produit, le plus souvent, dans le cas de tâches simples, l'inhibition apparaît, généralement, dans le cas de tâches complexes.
Établi par Robert Zajonc en 1965, ce constat est à l'origine de l'application par ce même auteur de la théorie néo-béhavioriste de la motivation (ou théorie du drive) à ces deux effets longtemps jugés comme contradictoires. Selon Zajonc, la simple présence d'autrui augmenterait le niveau de tension générale de l'organisme et favoriserait, au détriment de réponses dites subordonnées ou en cours d'élaboration, l'émission de la réponse dite dominante dans le répertoire comportemental de l'individu. Ainsi la présence d'autrui provoquerait un effet de facilitation dans le cas d'une réponse dominante correcte (cas des tâches simples) et un effet d'inhibition dans le cas contraire (cas des tâches complexes).


L'effet de paresse sociale

L'expression effet de paresse sociale traduit une situation dans laquelle les individus font moins d'efforts collectivement qu'individuellement. Ce phénomène apparaît lorsque la présence d'autrui est associée à un travail de groupe qui masque en apparence la contribution individuelle. Il faut bien voir cependant que les individus ne sont pas réellement conduits à coopérer les uns avec les autres dans le paradigme de la paresse sociale. En effet, la condition dite de travail collectif y est typiquement réduite à une situation de coaction dépouillée de toute interaction communicative. Dans cette situation, on fait varier la densité (par exemple, le nombre de coacteurs, réels ou imaginaires) ou encore on rend non identifiable la performance individuelle au profit de la mesure de la seule performance du groupe.
La paresse sociale conduit à une vision plutôt pessimiste, non du travail collectif en tant que tel, mais de ce qu'une telle activité implique généralement, à savoir la coaction. D'où son aspect paradoxal en regard de la facilitation sociale. Souvent obtenue avec des tâches routinières ou ennuyeuses, la paresse sociale peut être liée à ce que le masquage du travail personnel rend difficile, voire impossible, toute possibilité d'autoévaluation et de comparaison sociale.
Cependant, on aurait tort d'en rester là. En effet, la paresse sociale peut également tenir à ce que l'individu juge ses efforts redondants avec le travail effectué par son ou ses collaborateurs. Le sentiment d'une répartition inéquitable du travail ou d'une incapacité personnelle concernant la tâche en question peut également défavoriser la productivité individuelle en situation collective. Enfin, des facteurs tels que l'âge, le sexe, mais aussi l'insertion socioculturelle des individus contribuent manifestement à l'apparition de ce phénomène. Ainsi la paresse sociale s'exprime avec plus d'ampleur dans le cas de groupes composés exclusivement d'individus de sexe masculin, adolescents ou adultes, ou d'individus issus de cultures d'orientation individualiste plutôt que collectiviste.
L'intégration cognitive de normes et de valeurs favorisant la compétition opposée à la coopération sociale explique, en partie, les différences observées. Cependant, afin de compenser les moindres compétences de ses collaborateurs, l'individu peut parfois faire davantage d'efforts collectivement qu'individuellement. Dans le cas où autrui paraît plus compétent que soi, au contraire, l'individu se désengage et laisse faire son ou ses collaborateurs. Enfin, l'individu peut aussi réduire ses efforts afin de lutter contre ceux qu'il perçoit comme des profiteurs de la situation.


L'influence du groupe sur l'attitude et la prise de décision

Cette influence renvoie notamment aux phénomènes de polarisation et de pensée de groupe.
Le phénomène de polarisation a été découvert par Serge Moscovici et Marisa Zavalloni, en 1969. Il s'exprime par la tendance des groupes à prendre des décisions plus extrêmes que la moyenne des décisions individuelles initiales, dans la direction indiquée par cette moyenne (le cas inverse traduit donc un phénomène de dépolarisation). Cette tendance, qui se manifeste uniquement dans le cas où l'une ou l'autre des décisions ou attitudes possibles est favorisée avant même la discussion, s'accompagne généralement d'une acceptation privée par l'individu de la décision prise par le groupe. La nouveauté des arguments et des contre-arguments échangés au cours de l'interaction communicative, la pression normative et l'autocatégorisation constituent trois facteurs susceptibles de rendre compte du phénomène en question.
L'expression pensée de groupe a été forgée par Irving Janis en 1977. Elle se réfère à un mode de pensée centré exclusivement sur la conformité sociale, donc peu propice à la prise de décisions rationnelles. Une cohésion intragroupe excessive, un leadership mal assuré ou une forte pression temporelle constituent autant de facteurs à l'origine de cette pensée convergente, dont les conséquences peuvent s'avérer désastreuses pour la communauté. À l'oeuvre, notamment, dans les petits groupes d'experts constamment générés par le pouvoir politique, le phénomène de pensée de groupe expliquerait, en partie, des tragédies telles que l'affaire de la baie des Cochons, qui a été l'un des événements majeurs de la période dite de la guerre froide entre les pays de l'Ouest et le bloc communiste.


La thérapie de groupe

Il s'agit d'un ensemble de personnes réunies temporairement en vue d'un objectif thérapeutique. Utilisé au début du XXe siècle pour améliorer la participation à leur traitement des malades atteints de tuberculose, le groupe thérapeutique a fait l'objet de nombreuses recherches et applications dans les champs de la psychologie sociale et de la psychanalyse, à partir de la Seconde Guerre mondiale.
Aujourd'hui, il existe de nombreuses formes de thérapies de groupe. Certaines, comme les groupes de discussion et les psychothérapies de groupe, utilisent les échanges verbaux. D'autres sont médiatisées par la créativité artistique. Les groupes de psychothérapie utilisent la psychanalyse appliquée au groupe. Le groupe est un objet d'investissement pulsionnel. Sa vie fantasmatique est une voie d'abord privilégiée de l'appareil psychique groupal. Les règles de fonctionnement sont proches de la cure analytique. Les participants sont invités à parler librement. Le ou les thérapeutes s'abstiennent de tout contact avec les participants à l'extérieur du groupe. Le lieu de rencontre et l'heure sont fixés ainsi que le nombre de participants, qui varie de 3 à 15. Cependant, dans les groupes ouverts, il peut y avoir de nouvelles admissions quand des départs surviennent. La durée de la thérapie peut être fixée dès le départ, en général 40 à 60 séances.
Ces thérapies sont indiquées pour des patients capables de mentaliser, de respecter le cadre, et pour lesquels la situation duelle est trop menaçante ou qui ont besoin d'être gratifiés et soutenus par le groupe. Par contre, les personnalités psychopathiques ou perverses, ainsi que les toxicomanes, peuvent rendre le fonctionnement groupal difficile. Durant les séances, les thérapeutes restent neutres et utilisent l'interprétation au niveau groupal. Le transfert est le moteur de la thérapie.
Les départs des patients en cours de thérapie sont vécus comme les fins de cures individuelles. Dans le cadre institutionnel, les groupes de discussion favorisent la mise en jeu de nouveaux rôles et une meilleure perception de ceux joués par les autres, la participation à un travail en commun.


Le groupe d'aide psychopédagogique (ou G.A.P.P.)

Il s'agit d'une équipe constituée d'un psychologue scolaire et de deux ou trois éducateurs et rééducateurs, mise en place auprès d'une école primaire pour prévenir ou traiter l'inadaptation scolaire de certains élèves. Créés par la circulaire ministérielle du 9 février 1970 dans le cadre de l'Éducation nationale, de tels groupes permettent, en étant sur place et par une observation continue des enfants, une prise en charge immédiate.
Des rééducations spécialisées (orthophonie, rééducation de la lecture ou de la psychomotricité, etc...), pratiquées individuellement ou en petits groupes, sont entreprises dès que les enseignants en expriment la demande. Seuls les cas plus difficiles, ou s'accompagnant de troubles psychoaffectifs importants, sont adressés au centre médico-psychologique le plus proche de l'intersecteur de psychiatrie infantile.


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