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La définition de Démonopathie


La démonopathie correspond à un délire systématisé ayant pour objet le démon et ce qui l'environne (l'enfer, les idées de damnation, les attaques externes ou internes, etc...).
Par ailleurs, la différence entre démonomanie et démonopathie est plus importante qu'il n'y paraît de prime abord. En effet, la composante manie est à rattacher à son étymologie grecque mania, c'est-à-dire l'égarement, le passage hors de la raison.


La démonologie et la démonomanie

La démonologie est la science des démons. Ainsi, elle est complémentaire de la théologie et de la théodicée (ou doctrine de la justice de Dieu).
La notion de démon remonte à la nuit des temps, de même que les tentatives pour les systématiser et les neutraliser. Certaines théories contemporaines présupposent l'identité originelle des divinités du Bien et du Mal, puis leur séparation consécutive à certains événements, par exemple des conquêtes victorieuses. Ainsi, les dieux d'un peuple vaincu se verraient dotés d'un signe négatif et d'une dangerosité égale à leur désir de vengeance.
Par ailleurs, les deux noms, Satan et le Diable, se joignent sur une même divinité symbolisant le Mal, vers le Ier siècle avant J.-C. De fait, riche est la démonologie. Disons que, si le péché d'orgueil est affirmé comme premier, il jouxte celui du désir d'indépendance. Aussi, cette vision intéresse de près la notion de possession.


La démonologie et la religion

Au XVIIe siècle, la France est le théâtre de crises épidémiques se propageant dans les couvents et cela en liaison directe avec la période des procès de sorcellerie. La population concernée est issue d'une classe sociale reconnue et citadine et non pas rurale et pauvre. Le processus est, à quelques variantes près, identique dans tous les cas:

  • Tout d'abord, un prêtre se trouve accusé d'avoir envoyé des démons, séduit ou tourmenté en esprit une ou plusieurs religieuses.
  • Ensuite, des exorcistes sont alors envoyés sur les lieux, les rumeurs s'amplifient, les crises aussi.
  • Enfin, la torture aidant, la condamnation s'abat sur le prêtre, qui est brûlé.

C'est ainsi qu'en 1611, Louis Gaufridy tombe sous l'accusation de deux religieuses, Madeleine de Mandol et Louise Capel. De même, Urbain Grandier n'échappe ni aux foudres de mère Jeanne des Anges ni à celles du commissaire Laubardemont, envoyé par Richelieu. Il meurt brûlé vif le 18 août 1634.
Avec, mais surtout par-delà l'hystérie, il est nécessaire de prendre en compte ce contexte marqué par la rigidité de la vie et la morale de fer imposées à ces femmes, la présence en toile de fond des milliers de bûchers allumés pour d'autres femmes, mais aussi l'impact du Diable et de la notion de péché. Tout cela engendra une révolte plus ou moins consciente contre les premiers représentants de ce système, c'est-à-dire les hommes et les prêtres. Par ailleurs, les exorcismes permettaient une parole, même détournée, des mises en scène grandioses et la dérivation d'une culpabilité issue de questions touchant au sacré, angoisse d'une limitation de Dieu, opérée tant par l'État que par la science.


La notion de possession

La possession (ou occupation par un esprit étranger) est un phénomène très ancien, qui se reconnaît à un certain nombre de caractéristiques plus ou moins codifiées:

  • La transformation du corps.
  • L'alternance d'un calme trop profond et de périodes de violences incontrôlables, avec des possibilités physiques anormales.
  • Un changement de visage.
  • Un changement de voix.
  • Des possibilités mentales extraordinaires (par exemple, la faculté de parler une langue inconnue ou de lire les pensées, le prophétisme, la capacité de lire les yeux fermés, etc...).

De fait, sous les pressions internes et externes, la mise en état second (par le biais de la transe, de l'extase, de l'autohypnose) permet d'obtenir la levée du système inhibiteur normal et la réceptivité à des mécanismes ordinairement partiels et canalisés.
Emprise du sacré et du symbolique, la possession est un moyen privilégié de l'expression de ceux-ci. Emprise d'angoisses archaïques, elle est un moyen de leur échapper. Cette fonction sociale structurante opère selon des rituels. Par exemple, le chaman (en Sibérie, en Asie centrale ou au Japon) est un médium privilégié du monde des esprits, lesquels le dotent en retour de pouvoirs surnaturels. En revanche, la structure du culte vaudou (aux Antilles, en Afrique ou en Haïti) est différente. En effet, dans ce culte, les crises, c'est-à-dire l'identification à des puissances supérieures telles que le Grand Dieu, les esprits morts ou les héros, intègrent et libèrent à la fois l'âme du groupe, rythmant ainsi l'équilibre social.
Par ailleurs, les conceptions selon lesquelles une maladie peut être causée par la présence d'un objet étranger, à extraire donc du corps du patient, par le vol de l'âme de ce dernier ou encore par sa non-réintégration après un voyage nocturne, sont vieilles comme le monde. Dépossession répond ainsi à possession. De ces théories découlent des pratiques, visant à chasser l'intrus ou à l'extraire. Le malade est alors fouetté, saigné, soumis à l'exorcisme.


La démonologie et la démonopathie

Le livre du médecin Jean Wier, Histoire, disputes et discours des illusions et impostures des diables (1579), et la réponse virulente du juriste Bodin en annexe de sa Démonomanie des sorciers (1581), sont la marque d'un moment crucial, catalyseur de diverses tendances, d'où va naître un changement d'optique.
Wier, tout en respectant un certain nombre de croyances de son époque, établit des séparations. En effet, il isole les empoisonneurs et les empoisonneuses les uns des autres, repère les fraudes des démoniaques, choisit d'emblée l'analyse physique, y compris gynécologique, et affirme la mélancolie de ces vieilles femmes condamnées comme sorcières. Ainsi, du statut de toute-puissante, la femme passe à celui de malade, d'infirme, voire de débile. Bodin aura beau rétorquer que « l'on ne juge pas des choses surnaturelles d'après les naturelles », une rupture se fait, dont Jean-Martin Charcot sera l'un des successeurs.
Par ailleurs, il était bien connu que le Diable utilisait la mélancolie pour parvenir à ses fins. En effet, c'est une thèse ancienne et classique lors des procès. Toutefois, si Wier garde cette référence, Welster, en 1677, associe les rêves mélancoliques aux imaginations hystériques. La lignée de cette conception est donc double:

  • Le versant mélancolie: il fut restitué ensuite dans la lypémanie (ou monomanie triste) selon la classification de Jean-Étienne Esquirol (1814). Puis, en 1843, Macario reprend son analyse, et isole quatre grandes formes: la damnomanie (ou délire de damnation), les damnomanies externes, les damnomanies internes et les damnomanies érotiques. Ces dernières recouvrent les idées religieuses de péché mortel, d'obsession, de possession, d'incubes et de succubes (les démons séducteurs nocturnes).

  • Le versant hystérie: Charcot et son école de la Pitié-Salpêtrière sont les grands protagonistes de cette voie, dont l'influence s'étend jusqu'à nos jours. Ils relient la possession et certains signes du mysticisme à l'hystérie et à ses exubérances corporelles, analysant aussi bien graphiquement que phénoménologiquement les symptômes dans leurs rapports à l'hypnose et à la suggestion.

Aujourd'hui, ces termes de démonomanie et de démonopathie sont peu usités et sont considérés comme historiques. L'évolution de la société a donné d'autres visages aux représentants de l'angoisse comme aux thèmes d'emprise et d'aliénation. Il reste d'un côté le délire de possession, de l'autre l'occultisme, l'envoûtement, les sorts.
Pour le domaine psychiatrique, les deux lignées se prolongent: l'une associe possession et hystérie, favorisée par la rencontre Charcot-Freud, tandis que l'autre parle de psychose, soit mélancolique, avec une éventuelle apparition du syndrome de Cotard, soit du côté du délire d'influence et de l'automatisme mental de Clérambault.


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