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La définition de Schéma corporel


Le schéma corporel désigne une représentation plus ou moins consciente du corps, de sa position dans l'espace, ainsi que de la posture des différents segments corporels. Cette représentation résulte essentiellement de l'intégration des informations sensorielles multiples à la fois extéroceptives (visuelles, tactiles et auditives) et proprioceptives (cénesthésiques et kinesthésiques), notamment vestibulaires, musculaires, articulaires, tendineuses.


L'histoire de la notion de schéma corporel

La notion de schéma corporel a posé quelques problèmes en raison de ses origines. En effet, elle est issue un modèle dualiste somato-psychique des débuts de la psychologie. Elle se situe à la fois du côté du sensible et du côté de la conscience, étant en même temps conçue comme la conséquence d'une intégration d'expériences sensorielles multiples, et comme une donnée immédiate de la vie consciente. Mais son ambiguïté ne doit pas nous empêcher de l'utiliser, car, comme l'a écrit Georges Gusdorf dans la Découverte de soi, s'en débarrasser ne ferait que « se lancer dans une suite de travaux d'Hercule pour réaliser une économie assez mince et bien dérisoire ».
Le terme lui-même a été créé en 1923 par le neuropsychiatre viennois Paul Schilder. Il a d'abord découvert l'ensemble des données cénesthésiques et sensorielles fournies par le corps lui-même. Mais il s'est progressivement étendu à un véritable complexe de représentations et de significations symboliques mettant en jeu toute la personnalité, ce phénomène étant un produit à la fois de l'inné et de l'acquis, de l'hérédité et du milieu.
Par ailleurs, les travaux de la neurophysiologie et de la neuropsychologie ont permis de distinguer deux notions plus ou moins confondues dans la littérature neurologique. Un premier niveau de traitement des informations sensorielles permet l'élaboration d'une image du corps, support de l'expérience consciente de notre corps perçu comme un corps identifié. L'expérience du corps situé résulterait du traitement des informations sensorielles quant à la position respective des différentes parties du corps et quant à la position du corps dans un espace de référence égocentré.


L'acquisition du schéma corporel chez l'enfant

Le schéma corporel n'est pas inné et se construit au cours du développement. En effet, l'intégration sensori-motrice est progressive.

  • À la naissance: l'enfant n'est pas conscient du monde qui l'entoure, ni de son corps propre, ni, a fortiori, de la séparation entre les deux. Ce sont les réflexes archaïques qui mettent en jeu les sensations tactiles et auditives ou orales. Les réactions dites schèmes préformés du comportement (préhension, évitement, fouissement), quoique dénuées de toute signification pour l'enfant, lui permettent cependant un début d'orientation dans l'espace. Aussi, de la naissance à 3 mois environ, les informations fournies par les différentes modalités sensorielles ne sont pas encore coordonnées. Le schéma corporel serait donc limité à certains sous-espaces locaux. Néanmoins, la présence de réponses posturales antigravitaires très adaptées, l'existence d'interactions précoces entre les systèmes sensoriels, laissent penser que des formes primitives de schéma corporel pourraient être observées très tôt dans le développement.

  • Durant les 3 premiers mois de la vie: la maturation des structures nerveuses permet une différenciation progressive des informations proprioceptives et extéroceptives et l'apparition des premières coordinations sensori-motrices assurant un traitement spatial des informations sensorielles. Le nourrisson devient progressivement capable de distinguer son corps des objets du milieu environnant. Il devient également capable d'utiliser le schéma corporel comme un système de référence permettant la localisation et la saisie des objets par rapport à la position de son propre corps dans l'espace.

  • Vers 6 mois: l'intégration des trois modalités de sensation (visuelle, tactile et kinesthésique) débute. Les objets perçus par la vue vont permettre de reconnaître les différentes parties du corps. Ils sont portés à la bouche de telle sorte que peu à peu l'enfant en arrive à distinguer ce qui dépend de son propre mouvement et ce qui appartient au monde extérieur. Ainsi débutent à la fois la reconnaissance de l'objet et celle du corps propre. Elles sont bientôt suivies d'une ébauche d'anticipation sur la perception.

  • A partir de 1 an: la motilité intentionnelle projetée vers l'objet apparaît. L'espace objectif, distinct du corps propre, s'élabore. La préhension ayant cessé d'être un réflexe automatique de grasping devient soumise au contrôle volontaire. La motricité est alors de plus en plus une activité dirigée vers un but et dotée de significations. La verticalisation confirme cette évolution d'abord par l'acquisition de la station assise (6 mois), puis de la station debout (9 mois), et enfin de la marche (12-16 mois). Avec l'acquisition des déplacements autonomes, puis de la marche, le schéma corporel, alors constitué, se modifie et se complète par l'élaboration d'une représentation sans cesse renouvelée du corps mobile dans le milieu environnant. Par la suite, le schéma corporel s'affine avec l'acquisition du langage. Il atteint définitivement le niveau gnosique symbolique avec l'apparition de la dominance latérale, qui se fixe vers 5 ou 6 ans.

  • Vers l'âge de 6 ans: la constitution est à peu près achevée. En effet, ce n'est qu'à cet âge qu'un enfant est capable de reconnaître la droite de la gauche sur son propre corps. Les fonctions imitatives interviennent également dans la constitution du schéma corporel en permettant à l'enfant de mettre en relation son corps avec celui d'autrui.

Ainsi pour Henri Wallon, la construction du schéma corporel et celle de la perception de l'autre relèvent d'un même processus de développement.


Les troubles du schéma corporel

Les troubles mineurs du schéma corporel (mauvaise latéralité, difficultés de repérage spatial) sont assez fréquents. En outre, il semble que la fréquence de ces défauts mineurs de structuration soit plus élevée chez les anciens prématurés. Quant aux troubles plus importants du schéma corporel, ils se produisent à la suite de lésions du lobe pariétal. Aussi, il est important de distinguer deux types d'altérations:

  • Les altérations de l'hémisphère mineur: les troubles portent (chez le droitier) sur l'hémicorps gauche. Ils se traduisent, soit par un sentiment d'absence ou de non-appartenance de l'hémicorps, soit par une hémi-asomatognosie pouvant aller jusqu'à l'inconscience totale de celui-ci. En cas d'atteinte motrice concomitante (hémiplégie) une anosognosie apparaît souvent. Celle-ci est une méconnaissance du trouble moteur frappant cet hémicorps, les troubles restant localisés à celui-ci. En aucun cas, ils ne touchent à la véritable conscience du corps dans son ensemble.

  • Les altérations de l'hémisphère dominant: elles entraînent une asomatognosie globale centrée sur le syndrome de Gerstmann et sur l'autotopoagnosie. Le premier associe une agnosie digitale à l'incapacité de distinguer la droite de la gauche et à une apraxie constructive avec agraphie et acalculie. Quant à l'autotopoagnosie, elle se caractérise par l'impossibilité pour le patient de reconnaître et de désigner les diverses parties de son corps. Il s'agit donc bien d'une atteinte des activités symboliques et sémantiques, en rapport sans doute avec une extension des lésions aux régions voisines du lobe temporal.

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