Le rationalisme morbide désigne une forme particulière de logique schizophrénique. Il repose sur un système de pensée fermé, organisé autour de valeurs ou de règles qui ne sont réellement compréhensibles que par l’individu délirant.
Dans ce fonctionnement, la logique paraît présente, mais elle devient rigide et coupée de l’expérience vivante.
La notion de rationalisme morbide a été décrite par Eugène Minkowski. Elle est proche d’autres formes de pensée pathologique, comme les attitudes antithétiques ou le géométrisme morbide. Elle correspond à un raisonnement construit comme un système fixe. Ce système prend une place excessive et peut remplacer le rapport spontané à l’existence, comme s’il servait de défense contre l’effondrement intérieur.

Rationalisme morbide et schizophrénie
Chez la personne schizophrène, ou schizoïde selon certains auteurs, la pensée peut chercher à s’organiser uniquement selon un modèle philosophique, mathématique ou abstrait. Les chiffres, la mesure et la quantification peuvent alors dominer le raisonnement.
Lorsque la réalité contredit ce système, ce n’est pas le système qui est remis en question. Ce sont plutôt les événements, les impressions ou les perceptions subjectives qui sont considérés comme faux.
Une pathologie individuelle

Le rationalisme morbide est avant tout une pathologie individuelle. Le système de valeurs semble venir uniquement du sujet lui-même, dans une forme de coupure avec l’ambiance, le monde et les autres. Dans certains cas, cette logique personnelle peut prendre une dimension idéologique lorsqu’elle s’étend à un groupe. Elle illustre alors une pensée dévitalisée, liée à certaines expériences schizophréniques et totalitaires.


