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La définition de Janet


Pierre Janet, psychologue et psychiatre (1859-1947).Pierre Janet est un psychologue et un psychiatre français. Il est né à Paris, en 1859. Il est mort en 1947. Son œuvre psychopathologique s'est centrée sur les notions de tension et de force psychologiques.


Le parcours de Janet

Janet est le neveu du philosophe spiritualiste Paul Janet. Il réussit les concours de l'École normale supérieure puis de l'agrégation de philosophie, en 1882.
D'abord professeur aux lycées de Châteauroux et du Havre (où il pratique ses premières expériences d'hypnose à distance), il poursuit en même temps des études de médecine et son doctorat ès lettres, dont il soutient la grande thèse à la Sorbonne, en 1889. Il s'agit de l'Automatisme psychologique, qui lui donne une grande notoriété. Celle-ci lui permet de s'introduire à la Salpêtrière dans le service du neurologue Jean-Martin Charcot.
Quelques années plus tard, Janet soutient sa thèse de médecine, intitulée Contribution à l'étude des accidents mentaux des hystériques. Fulgence Raymond, qui a succédé à Charcot, lui laisse son laboratoire de psychologie et, dès 1895, Janet est suppléant de Théodule Ribot au Collège de France, où il devient titulaire de la chaire de psychologie pathologique en 1902. Il y poursuit son enseignement pendant plus de trente ans, jusqu'en 1935.
Janet continue, après sa retraite, à publier de nombreux travaux et garde jusqu'en 1942 une consultation à l'hôpital Sainte-Anne. Jusqu'à sa mort, en 1947, il aura une activité psychiatrique privée.


Les premières approches de l'inconscient

La thèse de Janet sur l'automatisme psychologique représente certainement l'une des premières tentatives d'aborder l'inconscient comme un objet de science, quelques années avant les premières découvertes de Sigmund Freud. On peut y reconnaître trois grands thèmes:

  • La personnalité est sous-tendue par deux instances latentes: l'une qui conserve les organisations du passé, l'autre qui synthétise, qui organise les phénomènes du présent. L'alternance du fonctionnement de ces deux instances, et leur simultanéité, apparaît bien dans les disparitions et les retours de mémoire tels qu'on peut les observer dans les états somnambuliques naturels ou induits, ou au décours de suggestions post-hypnotiques. Ainsi, elle apparaît ainsi dans un certain nombre de phénomènes dits hystériques (les anesthésies diverses, les écrits automatiques, les discours étranges, les perceptions insolites, les comportements d'apparence involontaire), mais également dans les changements de personnalité et les cas de double personnalité.
    On peut interpréter ces troubles dans la perspective d'un rétrécissement momentané du champ de conscience ou dans celle d'une disjonction hypnique. Quoi qu'il en soit, ces faits nous forcent à admettre l'existence d'une seconde conscience qui persiste au-dessous de la pensée normale. Même chez l'individu normal, on retrouve cette seconde conscience faite de souvenirs, d'images, de sensations bien enregistrés et susceptibles de déterminer son comportement sans qu'il en soit conscient.

  • Dans certains états pathologiques, la personnalité peut perdre sa cohésion, une partie d'elle-même venant à s'autonomiser, en se détachant de l'ensemble. C'est le cas des hallucinations, du délire, des idées fixes. Selon Janet, « ces troubles se produisent comme si le système des phénomènes psychologiques qui forme la perception personnelle chez tous les hommes était, chez ces individus, désagrégé et donnait naissance à deux ou plusieurs groupes de phénomènes conscients, groupes simultanés mais incomplets et se ravissant les uns aux autres les sensations, les images et, par conséquent, les mouvements qui doivent être réunis normalement dans une même conscience et un même pouvoir. »
    Pour Janet, tous les troubles hallucinatoires, délirants, obsessionnels sont donc la conséquence d'une désagrégation psychique. Ils sont provoqués par l'activité, en dehors du champ de conscience normal, de tout un système d'images, de pensées, de volitions. Il s'agit donc d'une scission dans l'organisation intrapsychique. Et l'idée obsédante ou délirante, par exemple, d'une possession par l'autre n'est que la conséquence d'un clivage psychologique prouvant l'existence d'une activité psychique normalement inconsciente.

  • La conséquence à tirer de cette explication purement psychologique du trouble mental est qu'il est donc susceptible d'être traité par des moyens uniquement psychologiques, c'est-à-dire par la psychothérapie. Ainsi d'ailleurs s'explique l'effet curateur de la suggestion hypnotique: « C'est encore à la persistance d'une pensée subconsciente que je rapporterai l'action de la plupart des suggestions post-hypnotiques. » Il en est de même de la psychothérapie cathartique, dont on peut admettre qu'il en fut l'initiateur. En effet, selon Janet, « certains symptômes hystériques peuvent disparaître par évocation et liquidation de souvenirs traumatisants enfouis dans l'inconscient et réexhumés systématiquement. »

On retrouve ces mêmes thèmes dans sa thèse de médecine sur l'état mental des hystériques, avec l'accent porté sur cette psychothérapie qui permet de lever l'inhibition psychique responsable des troubles. Aussi, tout au long de ses ouvrages et de son enseignement, Janet va reprendre ces thèmes en les confrontant à une minutieuse observation clinique prolongée sur des patients qu'il gardera des années, comme consultant.


Ses travaux sur la psychasthénie

C'est à partir de la notion de faiblesse psychologique que Janet se met ensuite à décrire, comme un pendant à l'hystérie, l'autre grande névrose, la psychasthénie, qui remplacera la neurasthénie de Georges Beard et qui sera individualisée par Freud sous le nom de névrose obsessionnelle. Cette description, tout à fait fondamentale, est faite en 1903 dans Les obsessions et la psychasthénie. En 1919 paraissent Les médications psychologiques, complétées, en 1923, par la Médecine psychologique, qui font la synthèse de ses théories psychiques énergétiques et de son expérience psychothérapique. Cette synthèse est prolongée dans De l'angoisse à l'extase, paru en 1926.


La personnalité de Janet

Ce qui a toujours frappé les amis et les élèves de Janet, c'est son opiniâtreté, sa vivacité, son intelligence, qui lui firent garder intacte sa capacité de penser jusqu'à la fin de ses jours. On le vit ainsi, après 1934, alors qu'il avait pris sa retraite d'enseignant, donner de nombreux cours et conférences à Sainte-Anne. Infatigable et éternel étudiant, esprit infiniment ouvert et novateur, obstiné à poursuivre la vérité, il entreprend à près de quatre-vingts ans des recherches sur les délires et travaille à un livre sur les diverses formes de la croyance.
Ses relations avec Freud ont toujours été très ambivalentes et même, parfois, hostiles. Selon Claude Prévost, pour faire plaisir à son gendre Édouard Pichon, un des premiers psychanalystes français, Janet a cherché à se réconcilier avec Freud en allant sonner à sa porte, en 1937, mais il ne sera pas reçu. Il faut dire que Freud avait alors d'autres soucis. Si ce dernier a été un génial inventeur, il faut reconnaître que son adversaire français, même s'il n'avait pas son génie, nous a laissé, selon Henri Ellenberger, « l'une des plus vastes synthèses qui aient jamais été effectuées par l'esprit humain ».


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