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La définition de Intégration


L'intégration désigne un processus par lequel l'activité du système nerveux central permet l'unification de l'activité de l'individu. C'est Charles Sherrington qui, le premier, a émis l'hypothèse que la motricité exerce une fonction dans l'intégration sensorielle. La motricité pourrait être considérée comme un médiateur intersensoriel à cause de la similitude des activités exploratoires mises en œuvre par les différents systèmes perceptifs.


L'intégration fonctionnelle

Il s'agit de la coordination par le système nerveux central des informations issues de modalités sensorielles différentes et l'unification par le système nerveux central des activités sensori-motrices de l'organisme. Les stimulations du monde extérieur sont toujours multidimensionnelles. En effet, elles présentent un nombre varié de propriétés qui peuvent être appréhendées par les diverses modalités sensorielles. Il peut exister une redondance entre les modalités, car plusieurs d'entre elles peuvent coder, par des voies différentes, les mêmes propriétés. Ainsi, la vision, l'audition et la sensibilité tactile sont la source d'informations quant à la localisation spatiale d'un objet. L'intégration fonctionnelle implique une coordination entre les informations sensorielles et motrices portant sur des traits distincts d'une même stimulation. C'est le cas lorsque, par exemple, la taille d'un objet est appréhendée par la vision et son poids par les informations tactiles et proprioceptives.
On admet classiquement que les aspects sensoriels de l'expérience ont une fonction de signifiant alors que la signification naît du traitement perceptivo-cognitif des informations sensori-motrices. Chaque modalité sensorielle possédant son propre registre de signifiants, qu'en est-il des significations élaborées par le système de traitement? Pour rendre compte de l'unification des perceptions, certains chercheurs font l'hypothèse d'un code intermodal assurant la traduction de l'information issue d'un canal sensoriel et un code spécifique aux autres modalités sensorielles. À l'opposé, certains auteurs émettent l'hypothèse que l'intégration fonctionnelle nécessite un système de traitement polyvalent capable d'extraire les informations amodales. Dans ce cas, la perception se résume à l'extraction d'invariants perceptifs qui vont informer le système de traitement des propriétés des stimulations. Les invariants que tire le système de traitement des transformations successives de la stimulation sont des invariants relationnels indépendants des structures anatomiques qui sont mises en jeu par l'activité du système nerveux central.
Sur le plan neurophysiologique, on a longtemps considéré que l'intégration fonctionnelle résultait de la formation de voies nerveuses associant entre elles les zones sensorielles secondaires propres à chaque modalité sensorielle. Les travaux récents de neurophysiologie ont permis de mieux connaître les mécanismes de l'intégration. De même qu'existent des détecteurs de traits unimodaux (qui ne répondent qu'à une modalité sensorielle), la présence de neurones polymodaux réagissant à l'excitation de plusieurs modalités sensorielles a été mise en évidence à différents niveaux du système nerveux central.


L'origine de l'intégration fonctionnelle

Différentes théories ont été proposées pour rendre compte de l'origine et du développement de l'intégration fonctionnelle. Un premier ensemble de travaux postule une séparation initiale des modalités. Ainsi, selon Donald Hebb, l'activité simultanée de plusieurs cellules développe leurs boutons synaptiques et les relie en circuits fermés. L'excitation de n'importe quel élément du circuit sera alors suffisante pour activer l'ensemble du système. De cette façon, le fonctionnement simultané des modalités donnerait naissance, pendant l'enfance, lorsque les voies d'association sont encore disponibles, à des voies de passage communes permettant l'intégration fonctionnelle. Jean Piaget considère également qu'à la naissance les différentes modalités sensorielles sont séparées les unes des autres. Chaque modalité sensorielle posséderait ses propres schèmes d'action, ne pouvant assimiler que des expériences issues de cette modalité. Avec le développement et l'augmentation de l'activité et des capacités motrices, le pouvoir assimilateur des schèmes changerait et les schèmes monosensoriels tendraient alors à s'assimiler mutuellement selon le principe de l'assimilation réciproque. Pour Sherrington, la motricité exerce une fonction dans l'intégration sensorielle. Cette hypothèse se retrouve également dans les travaux de Paillard, qui, notant la similitude des activités exploratoires mises en œuvre par les différents systèmes perceptifs, conçoit la motricité comme un médiateur intersensoriel.
Une seconde hypothèse consiste à penser qu'il y a une unité primitive des sens. Cette idée que les modalités sensorielles ne sont pas indépendantes les unes des autres a été initialement développée par la gestalt-théorie puis reprise par James Gibson et Gordon Bower. Selon la Gestalt, des propriétés comme le rythme, la durée ou l'intensité peuvent appartenir à plusieurs modalités sensorielles. Par ailleurs, cette unité existe au-delà du simple fonctionnement sensoriel par l'existence d'une organisation suprasensorielle du champ perceptif. Ainsi, les lois d'organisation (comme la bonne forme, la ségrégation figure-fond, etc...) sont les mêmes dans toutes les modalités et imposent un mode de traitement commun. Sont également amodales les perceptions (telles que l'effet-tunnel ou l'effet-lancement de Michotte) qui n'ont pas de base sensorielle mais qui sont créées par les lois d'organisation du champ perceptif. Enfin, selon Bower, il existe dès la naissance une organisation préformée dans laquelle les modalités sensorielles sont fusionnées. Cette unité primitive sera ensuite brisée pour laisser apparaître une phase dans laquelle chaque système perceptivo-moteur fonctionnera de façon indépendante des autres.


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