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La définition de Adolescence


L'adolescence correspond à la période du développement au cours de laquelle s'opère le passage de l'enfance à l'âge adulte.


La caractérisation de l'adolescence

Le début de l'adolescence est chronologiquement associé au démarrage de la maturation pubertaire. Elle se situe vers l'âge de 11-12 ans et s'achève vers l'âge de 18 ans. En outre, adolescence est un terme qu'il convient de retenir, même si les limites sont floues, entre la fin de l'adolescence et le statut de jeune adulte. En effet, les transformations biologiques, psychologiques et psychosociales propres à l'adolescence sont accomplies vers l'âge de 18 ans, bien que le développement se poursuive au-delà dans d'autres domaines et selon d'autres modalités.
La période de l'adolescence est marquée par la convergence de trois faits fondamentaux, à partir desquels on peut comprendre les événements qui caractérisent le passage de l'enfance à l'âge adulte:

  • La vive accélération de la croissance, dont la poussée staturale est l'un des signes les plus frappants.

  • L'importance des changements qui se produisent et qui intéressent l'ensemble de l'organisme et de la personne.

  • La grande variabilité inter et intra-individuelle: la vitesse de ces changements et le moment de leur survenue varient largement d'un enfant à l'autre, mais aussi chez un même individu. Par ailleurs, les changements ne se font pas tous au même moment, ni suivant le même rythme, dans tous les secteurs du développement (physique, intellectuel, socio-affectif). Aussi, ces deux formes de variabilité sont inhérentes au développement normal.

Les répercussions de la maturation pubertaire

La question de l'identité, centrale à l'adolescence, ne saurait être élucidée par l'individu sans en référer au corps, même si le sens de l'identité ne s'épuise pas là. Au cours de la puberté, le corps de l'enfant se modifie dans sa morphologie, dans son fonctionnement et dans son apparence. Ainsi, en peu de temps (en moyenne 4 ans), il devient un corps d'adulte, sexualisé. Et l'adolescent doit s'adapter à ces changements, intégrer dans les images de soi ce corps en transformation, assumer son identité de genre, masculine ou féminine, et s'avancer sur le chemin menant à la sexualité génitale adulte. La grande majorité des adolescents y parvient sans connaître de perturbations psychologiques majeures. Pourtant, la tâche n'est pas facile et comporte de nombreuses inquiétudes, des doutes et des angoisses.
D'autant que, si la maturation pubertaire touche l'adolescent dans son intimité corporelle, elle entraîne également des changements dans la manière dont il est perçu et considéré par son entourage, c'est-à-dire ses parents, ses camarades, les enseignants, etc... De sorte que l'adaptation aux changements corporels se joue aussi dans le contexte des relations avec autrui, souvent influencées par des représentations collectives et des croyances portant sur l'avènement précoce ou tardif de la puberté, sur la nature et le sens des signes qui annoncent la maturation sexuelle (par exemple, l'apparition des premières règles chez la fille), ainsi que par les standards culturels de beauté et de séduction associés aux formes de l'homme et de la femme.


La pensée à l'adolescence

L'adolescence se caractérise également par des changements importants dans le mode de fonctionnement de la pensée. Selon la théorie opératoire de Jean Piaget, ces changements correspondent à l'acquisition des structures de la pensée formelle, qui caractérisent le stade d'achèvement du développement cognitif. D'après Bärbel Inhelder et Jean Piaget, avec l'avènement de la pensée formelle entre 11-12 et 14-15 ans s'opère une inversion de sens entre le réel et le possible: celui-ci ne se manifeste plus simplement sous la forme d'un prolongement du réel ou des actions exécutées sur la réalité, c'est au contraire le réel qui se subordonne au possible, dont il ne constitue alors qu'une réalisation parmi d'autres.
Dans cette perspective, l'adolescent devient apte à raisonner en termes d'hypothèses, énoncées verbalement, et non plus seulement en se référant à des objets concrets et à leurs manipulations. Il accède donc à la pensée hypothético-déductive. Aussi, la mise en place de la pensée formelle suppose la construction de deux structures opératoires:

  • La combinatoire: elle est à l'oeuvre, par exemple, lorsque, face à un problème, on dissocie les facteurs en jeu pour ensuite les associer méthodiquement en envisageant toutes les combinaisons possibles.

  • Le groupe des transformations qui coordonne en un seul système les réversibilités par inversion (ou négation) et par réciprocité. Ces réversibilités fonctionnent indépendamment dans la pensée de l'enfant. Aussi, cette structure intervient notamment dans la compréhension des systèmes mathématiques, physiques ou cinématiques, tels les proportions arithmétiques, les équilibres mécaniques ou les mouvements relatifs.

De nombreuses recherches, utilisant des épreuves dérivées des travaux d'Inhelder et Piaget, ont révélé que de nombreux adolescents, et même des adultes, ne les réussissaient pas. Ces résultats mettent en cause la généralité des théories piagétiennes et suggèrent que l'acquisition et le maniement de la logique formelle ne seraient que l'une des réalisations possibles du développement cognitif à l'adolescence. Dans ce sens, l'influence positive des stimulations offertes par l'environnement familier des enfants est évidente. Mais il faut également prendre en compte la différenciation des aptitudes littéraires, artistiques, scientifiques, pratiques qui augmentent fortement à l'adolescence, et le fait que toutes n'impliquent pas, au même degré, la contribution de la logique formelle à l'élaboration des conduites adaptatives. Il en va de même pour ce qui est des différents domaines d'exercice de l'intelligence (par exemple, le domaine professionnel).
D'ailleurs, Piaget rappelle lui-même que la logique n'est pas tout dans la pensée. Aussi, pour mieux comprendre la pensée de l'adolescent, on doit se référer à d'autres modalités de fonctionnement qui ne sont pas nécessairement dépendantes de l'acquisition de la logique formelle. Des progrès sensibles par rapport à l'enfant apparaissent notamment en ce qui concerne la métacognition (c'est-à-dire de la connaissance que chacun peut avoir de ses propres processus mentaux) et la pensée récursive (penser à la pensée, de soi ou d'autrui : « je pense qu'il pense que tu penses que... »). Ces deux aspects de la pensée réfléchie se retrouvent dans le penchant de l'adolescent pour l'introspection, la rumination, la rêverie, et se traduisent dans la construction de formes plus élaborées de la connaissance de soi et d'autrui en tant que personnes bien différenciées par leurs idées, leurs traits de personnalité, leurs émotions, leurs ambiguïtés, leurs contradictions. Cette évolution des conceptions de soi et d'autrui apporte des arguments aux revendications d'autonomie, d'égalité et de réciprocité qui alimentent tant de conflits entre l'adolescent et son entourage.
La pensée de l'adolescent se distingue encore de celle de l'enfant par ses tentatives de donner, ou de trouver, un sens à tous les aspects de son expérience concrète du monde, enrichie des contacts avec de nouveaux groupes et institutions. L'interrogation sur soi s'étend alors à des questions plus vastes, émotionnellement investies, comme l'amour et l'amitié, la société, la justice, la religion, la moralité. Bien sûr, tous les adolescents ne construisent pas des théories originales. La plupart acquiescent à des croyances et à des idéologies disponibles dans leur environnement. Néanmoins, ils se donnent tout de même les moyens d'insérer le quotidien vécu dans un cadre interprétatif qui le dépasse. C'est un fait de l'adolescence que de saisir et de poser pour la première fois, sous une forme achevée et compréhensive, la question du sens de la vie et de la mort.


La socialisation de l'adolescent

La transition de l'état de dépendance infantile à l'état d'autonomie affective et sociale de l'adulte se négocie d'abord dans le milieu familial.
Selon l'approche psychanalytique, la crise d'adolescence est déclenchée par le réveil des pulsions, provoqué la maturation sexuelle. Plus précisément, la situation œdipienne se réactive au moment de la puberté, dans une répétition de la période sexuelle enfantine. Les perturbations et inadaptations transitoires de l'adolescent résultant du conflit entre un ça relativement fort et un moi relativement faible, sont conçues comme normales et même nécessaires pour un développement ultérieur plus équilibré. L'issue de la crise est marquée par l'abandon des anciennes identifications parentales (l'adolescent doit en faire son deuil), l'élaboration de nouveaux mécanismes de défense et le renforcement des activités autonomes du moi qui mènent, entre autres, à une diversification des relations avec autrui.
Quelle que soit l'approche que l'on prenne, il est clair qu'à l'adolescence l'enfant doit abandonner le mode de rapport qu'il avait jusqu'ici avec ses parents, et en construire un autre dans lequel l'autonomie et l'identité des partenaires seront pleinement reconnues. La conduite des parents doit se modifier en conséquence, aussi bien du point de vue de l'expression des affects que pour ce qui tient à leur rôle en tant qu'agents de socialisation. Cette transition ne va pas sans conflits. Mais ceux-ci ne prennent pas toujours l'allure dramatique.
Ainsi, en même temps que ses relations avec la famille changent, l'adolescent s'ouvre à un monde beaucoup plus large dans lequel les camarades vont prendre une place très importante. Les groupes de camarades de même âge constituent dans cette période de puissants agents de socialisation dont les fonctions sont plutôt complémentaires qu'opposées à celles du groupe familial:

  • Ils facilitent le développement des relations amicales, très investies à l'adolescence, et l'expérience de l'intimité.
  • Ils stimulent les identifications réciproques et participent ainsi au remaniement de l'identité personnelle et sociale.
  • Ils donnent aux adolescents la possibilité d'expérimenter des rôles et des situations sociales qui s'inscrivent dans une dialectique du faire et de l'interdit relativement autonome par rapport à l'ordre institutionnel.

Enfin, l'école est un autre agent de socialisation qui, d'une part, crée des conditions propices à la constitution et au fonctionnement des groupes de camarades, et d'autre part, stimule, ou devrait stimuler, la confrontation avec les statuts professionnels adultes.


L'identité à l'adolescence

Le remaniement de l'identité représente un enjeu majeur de cette période. En effet, l'adolescent doit assimiler et intégrer dans les représentations de soi l'ensemble des changements physiques, psychologiques et relationnels dont il fait l'objet. En outre, il doit s'insérer dans une perspective temporelle personnalisée: celle de se reconnaître dans un passé qui est le sien et qui fonde la certitude de la continuité de soi, et, tout en ayant conscience du caractère transitoire du présent, se rapporter à un avenir qu'il peut essayer de construire.


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