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La photographie de la pensée - Partie 1

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La première invention du fils d'Edison

Photographier la pensée! Cette chose, insaisissable, invisible, incorporelle, immatérielle, la fixer sur une plaque sensible, lui donner un contour, une apparence, une existence, cela est-il vraiment possible? Aller chercher, jusque dans les circonvolutions cérébrales, cette image en quelque sorte inexistante et la présenter aux yeux de tous, sous une forme limitée par des lignes, n'est-ce pas une pure et simple aberration?

Autant de questions qu'on serait tenté de résoudre, à priori et sans plus de réflexion, par la négation pure et simple, si la science n'avait, en ces dernières années, accumulé tant de merveilles. Mais aujourd'hui, le scepticisme même doit prendre ses précautions et l'on ne peut plus rien nier sans s'exposer, dans un avenir souvent prochain, au plus éclatant des démentis. « Chimère d'hier, vérité d'aujourd'hui, banalité de demain! » Soyons circonspects comme il convient et examinons de près les phénomènes avant de nous prononcer. Les Italiens ont là-dessus un admirable proverbe: « Le temps est galant homme; il dit toujours la vérité. »

On aurait donc réussi à photographier la pensée! Où? Naturellement en Amérique, le pays des découvertes sensationnelles et des invraisemblances devenues véridiques. Et quel est le savant qui n'a point reculé devant le caractère impraticable d'une pareille idée? Un jeune homme, encore inconnu hier et dont cette trouvaille, si trouvaille il y a, est la première; mais qui porte vaillamment le nom le plus illustre qui ait jamais brillé dans les annales de l'invention: Thomas A. Edison junior, le fils de celui qu'on n'appelle plus, de l'autre côté de l'Atlantique, que « le sorcier de la Maison-Blanche. »

Depuis quelque temps déjà, les promeneurs de Lower Broadway, à New-York, pouvaient lire sur un bâtiment d'apparence en somme assez modeste, ce nom prédestiné: Thomas A. Edison, et les conversations allaient leur train. Quel est ce jeune homme? Que cherche-t-il? D'où vient-il? Les gens bien informés — il y en a partout — répondaient que l'habitant de cette demeure mystérieuse était l'héritier présomptif du Roi des Sorciers, le digne continuateur de l'extraordinaire inventeur, le numéro II de cette dynastie d'enchanteurs et de magiciens scientifiques. Ils ajoutaient même que le fils d'Edison avait reçu en naissant, de quelque bonne fée, non seulement le merveilleux cerveau paternel, mais aussi les facultés spéciales qui distinguent entre tous l'incomparable trouveur; et comme ce jeune homme a vingt et un ans à peine, on peut lui prédire dès à présent une carrière aussi éclatante que celle de son père.

Thomas A. EdisonLa ressemblance physique du père et du fils frappe au premier coup d'œil tous ceux qui les connaissent; nos lecteurs pourront en juger par le portrait que nous mettons sous leurs yeux. C'est le même visage, les mêmes traits, la même acuité du regard, la même rapidité décidée dans les mouvements; c'est aussi la même imagination opulente, la même aptitude à discerner ce qui est essentiel et utile de ce qui est simplement curieux, la même facilité à s'attacher à une idée dès qu'elle est conçue, sans s'en laisser jamais détourner, le même instinct pour poursuivre et relancer la vérité jusqu'à ce qu'elle se décide à apparaître. Les deux Edison sont bien deux éclats identiques provenant de même bloc.

— Je n'ai jamais reçu d'éducation universitaire, dit le jeune Thomas Edison. J'ai toujours travaillé avec mon père depuis l'âge de douze ans. Il a été tout pour moi, et, dans l'énorme somme de connaissances qu'il possède, il n'en est aucune qu'il ne se soit efforcé de me transmettre. S'il n'y a pas réussi, c'est ma faute et non la sienne, car je ne crois pas que tous les collèges du monde réunis auraient pu me donner les mêmes moyens de m'instruire.

L'adoration qu'éprouve le jeune Thomas Edison pour son glorieux père fait l'étonnement de tous ceux qui l'ont approché.
— Oui, dit-il encore, j'ai étudié dans le laboratoire de mon père depuis l'âge de douze ans; mais je n'y ai travaillé, dans le sens véritable du mot, que depuis ma seizième année. J'ai parcouru dans tous les détails notre grand établissement de New-Jersey. J'ai travaillé dans chacun de ses différents services, non pas comme un être privilégié, mais comme aurait pu le faire tout autre étudiant volontaire.

« J'y ai fait œuvre de mes mains, me livrant à toutes les besognes; depuis le triage des clous jusqu'à la réparation des machines électriques les plus délicates. Pendant des nuits et des nuits, j'ai assisté mon père dans son laboratoire, étudiant les uns après les autres les problèmes qu'il était en train de résoudre. Ainsi je me rappelle parfaitement sa lutte acharnée, ses efforts incessants pour perfectionner le microphone et le phonographe. C'est sous sa direction que je me suis rendu familiers des rayons X, travaillant une fois cent dix heures de suite; et j'ai pu contempler la découverte de son dernier procédé pour séparer, à l'aide de l'électricité, le minerai de fer du sable auquel il est mêlé. J'ai vu peu à peu cette dernière invention passer de l'état embryonnaire de possibilité vague à celui de réalité triomphante.
Mes propres inventions sont encore bien modestes, et, pour la plupart elles demeurent emmagasinées dans ma tête. Je n'ai essayé jusqu'à présent qu'un perfectionnement de la lampe à incandescence, mais du moins ai-je voulu voler de mes propres ailes et acquérir cette connaissance des affaires sans laquelle tout inventeur est fatalement condamné à l'avortement définitif. »


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