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Partie : 1 - 2

La non-équivalence des deux hémisphères cérébraux - Partie 2

(Revue de psychiatrie : médecine mentale, neurologie, psychologie

En , par


Le cerveau gauche de l'homme apparaît comme doué de fonctions spéciales. D'après Gratiolet, Broca, Barkon, Roques, etc., son développement serait plus rapide.
N'est-il pas démontré aussi bien qu'il contient des centres qui, dans le processus intellectuel, jouent un rôle tout spécial? A mesure que la pensée se forme, le mot la revêt, même si elle n'est pas exprimée. Le « langage intérieur », comme les mouvements qui peuvent l'extérioriser, appartient essentiellement à l'hémisphère gauche, et, par le fait, son rôle dans le processus intellectuel est prédominant.
D'autre part, si l'on considère les animaux, même les plus perfectionnés, on n'en rencontre aucun, en dehors de l'homme, qui ait adapté l'un des hémisphères du cerveau à certaines fonctions. On ne peut tenir compte ici du langage, puisqu'il n'appartient qu'à l'homme.
Mais, tandis que l'homme se sert de sa main droite pour combattre, pour écrire, pour créer des œuvres d'art, et pour tout acte, en un mot, où l'adresse ou la force lui est nécessaire, l'animal, si habile qu'il soit, ne se sert pas spécialement du côté droit ou du côté gauche. Chez lui, s'agit-il même du singe, dont la main se rapproche le plus de celle de l'homme, l'équivalence entre les deux hémisphères apparaît comme complète. L'un des caractères de l'espèce humaine, et qui lui appartient en propre, est donc la spécialisation de l'hémisphère gauche aux actes les plus intellectuels, et tout particulièrement à celui du langage, si étroitement uni à la pensée.
Tous ces faits physiologiques ont leur retentissement dans le domaine de la pathologie. C'est si vrai que la pathologie humaine a permis de découvrir, a enseigné et a démontré ce fait inattendu: le rôle de l'hémisphère gauche dans le langage. Si bien qu'à l'heure actuelle, la psychologie ne saurait se passer d'elle.
Retranchez l'homme malade, et l'homme sain sera moins bien connu!
Les lésions localisées de l'aphasie marquent au plus haut point la non-équivalence des deux hémisphères; mais la doctrine de l'aphasie est si bien établie, à ce point de vue, qu'il suffira de l'avoir signalée.
Il existe encore toute une série de faits pathologiques qui plaident dans le même sens.
Luys et Bail on cherché à établir et admis dans leur enseignement que les malades frappés d'hémiplégie cérébrale gauche (foyer siégeant dans l'hémisphère droit) étaient particulièrement sujets aux modifications du caractère, notamment à cet état d'émotivité bien connu de certains hémiplégiques. L'hémiplégie dite émotive, de M. Luys, frappe ainsi spécialement les membres gauches et, par conséquent, l'hémisphère droit. Cette émotivité serait donc à opposer aux conséquences des foyers de l'hémisphère gauche, où les troubles du langage, et, en général, l'affaiblissement intellectuel trahissent les lésions.
D'autres différences séparant les hémiplégiques droits et gauches, viennent, en outre, d'être signalées, par MM. Marie et Kattwinkel. Ces auteurs ont examiné, au point de vue du réflexe pharyngé, 50 hémiplégiques gauches et 50 hémiplégiques droits. Le réflexe est aboli 25 fois chez les malades de la première catégorie, et 2 fois seulement chez ceux de la seconde. D'autre part, le réflexe laryngé chez les hémiplégiques gauches était aboli dans 22%, et diminué dans 36%.
Chez les hémiplégiques droits, ce réflexe était aboli dans les 2%, et diminué dans les 4%.
Enfin, chez les mêmes malades, la dysarthrie était de beaucoup plus fréquente dans les lésions de l'hémisphère droit, d'où le rôle important qui semble dévolu à cet hémisphère, en ce qui touche les mouvements de la langue et des lèvres, et par opposition avec les troubles de l'aphasie qui relèvent du cerveau gauche.
Si des lésions organiques on passe aux paralysies fonctionnelles, relevant des seules perturbations dynamiques, on remarquera que l'hémisphère droit est plus souvent en cause que le gauche, ce qui établit une différence manifeste de l'activité, de la puissance et de la résistance d'un côté à l'autre. L'hémiplégie hystérique est considérée comme plus fréquente à gauche.
Il serait intéressant déposséder une statistique étendue sur l'hémianesthésie de même nature, et qui est infiniment plus fréquente. En parcourant les observations publiées çà et là, il semble bien que cette anesthésie ait, elle aussi, les membres gauches pour lieu d'élection. L'hémisphère droit, dont elle paraît relever le plus souvent, apparaît donc comme plus sujet aux troubles dynamiques. Sous les influences morales et émotionnelles, qui commandent ces paralysies mobiles et curables, l'asthénie y est produite plus facilement. Le cerveau gauche, au contraire, est plus prédisposé aux lésions organiques et profondes; son activité fonctionnelle et nutritive, qui est plus grande, l'expose sans doute moins aux asthénies et davantage aux désordres organiques.
Les termes d'hémisphère mâle et d'hémisphère féminin rendraient assez bien les différences de nature des deux cerveaux, dont l'un, plus intellectuel, est plus stable, et dont l'autre plus excitable, est aussi d'un épuisement plus rapide.
Cette faiblesse relative des centres corticaux droits est non seulement manifeste en ce qui concerne la sensibilité générale, mais aussi les sensibilités spéciales, la vue, l'ouïe, l'odorat, etc. Quant aux impressions, aux excitations et aux inhibitions du sens de la douleur, nous n'avons trouvé nul document permettant de formuler une loi générale relative aux deux côtés du corps. L'intérêt qui s'attache à cette question n'en est pas moins évident, au point de vue où nous nous plaçons.
Enfin, la non équivalence des hémisphères comporterait encore le dédoublement de la pensée, le jour où la doctrine de Wignan serait bien établie.
Ce dédoublement, indiqué plus tard par quelques auteurs, notamment par Luys, Bail et Descourtis constituerait une sorte de dualisme psychique. Ces auteurs ont brillamment traité ce sujet et ont tenté, surtout le premier, d'en appliquer la doctrine à la pathologie mentale, ainsi que le fit Wignan lui-même. En effet, les délires avec conscience, les idées contradictoires de certains aliénés, le dédoublement de la personnalité, le délire émotif de Morel, où le processus cérébral apparaît à la fois troublé et lucide en un même événement psychologique, peuvent s'expliquer par l'activité dissociée des deux hémisphères.
Mais on sent combien, en s'engageant dans cette voie, on entre vite dans le domaine de la fantaisie! Comme l'a enseigné notre regretté maître, le professeur Bail, dont nous avons sous les yeux une leçon manuscrite: « L'harmonie est la grande loi qui gouverne et qui domine le fonctionnement régulier de l'encéphale. » A l'heure actuelle le dualisme pathologique des opérations les plus élevées de l'esprit, en restant une voie ouverte aux recherches, n'est point encore établi scientifiquement.
Mais en ce qui concerne la non-équivalence des deux hémisphères, comme résumant un certain nombre de caractères anatomiques, physiologiques et pathologiques qui séparent et distinguent les cerveaux droit et gauche, elle nous apparaît comme appuyée par les faits les plus certains.
Cette non équivalence n'est jusqu'ici que le propre de l'homme. Elle semble impliquer un plus haut degré de différenciation de fonction. Elle distingue l'être humain de tous les autres animaux.



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