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La non-équivalence des deux hémisphères cérébraux - Partie 1

(Revue de psychiatrie : médecine mentale, neurologie, psychologie

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Les hémisphères cérébraux apparaissent d'abord à notre observation comme absolument pareils. La symétrie de leur aspect extérieur, de leur position et de leurs rapports dans le crâne, demeure comme la démonstration évidente de la loi, formulée par Bichat, touchant les organes de la vie de relation, par opposition avec ceux de la vie végétative.
Mais, pour être symétriques, les deux hémisphères ne sont point équivalents.
A l'état normal, les différences de détail sont déjà incontestables. A l'état pathologique, elles s'accusent jusqu'au point où les firent apparaître les recherches de Dax, qui mit en évidence l'aphasie dans les hémiplégies droites; de Broca, qui acheva de préciser la localisation, à gauche du langage articulé, et de leurs nombreux successeurs dans la même voie.
Maintes particularités séparent donc le cerveau droit du cerveau gauche. Celles-ci portent sur le développement, la configuration, le poids, les fonctions physiologiques, la fréquence des maladies, les symptômes pathologiques qui relèvent de leurs lésions et aussi sur le degré des dégénérescences secondaires de la moelle, consécutives aux foyers destructifs de l'un et de l'autre côté.
C'est plus particulièrement et, tout d'abord, ce dernier point que nous chercherons à établir, puisque à notre connaissance, il n'a pas été signalé jusqu'ici. Avec cette différence de réaction pathologique sur la moelle, la non-équivalence des deux hémisphères s'établit sur une base profonde.

L'hémisphère droit lésé n'est plus identique à son congénère de gauche quand on fait porter l'évaluation de l'un et de l'autre sur les dégénérescences secondaires. On sait qu'un foyer destructif, siégeant au niveau des zones motrices ou dans n'importe quel point des fibres qui de l'écorce se rendent à la moelle pour y constituer le trajet du faisceau pyramidal, est suivi d'une dégénérescence secondaire des fibres correspondantes. C'est là un fait bien connu et que toute observation n'a pu que confirmer. La dégénérescence se produit et la loi générale qui la régit est la même pour les deux côtés. Mais la différence apparaît, selon nous, par les particularités que voici, suivant qu'elle est consécutive à un foyer siégeant à droite ou à gauche.
Les dégénérescences sont, à tout point de vue, plus marquées dans les lésions de l'hémisphère gauche.
1° Dans le domaine du faisceau pyramidal croisé, nous avons rencontré la dégénérescence dans des cas de foyer de ramollissement cortical gauche, localisé en avant de la frontale ascendante et laissant intacte cette dernière circonvolution.
La dégénérescence de ce même faisceau nous a paru plus marquée dans toute lésion des circonvolutions rolandiques, des noyaux gris centraux ou des fibres capsulaires, quand le foyer était dans l'hémisphère gauche.
2° En ce qui concerne le faisceau pyramidal direct, sa participation est plus fréquente dans les foyers de l'hémisphère gauche.
3° On sait qu'il est fréquent de rencontrer, chez les hémiplégiques ou après lésion expérimentale chez les animaux dont le faisceau pyramidal se rapproche de celui de l'homme, une dégénérescence spinale portant, non seulement sur le faisceau pyramidal croisé du côté opposé au foyer cérébral, mais encore sur le faisceau pyramidal croisé du même côté que le foyer (décussation incomplète). Or la dégénérescence bilatérale nous a paru beaucoup plus fréquente et exister presque exclusivement dans les foyers de l'hémisphère gauche.
De la sorte, les trois faisceaux qui dégénèrent secondairement dans les foyers destructifs des hémisphères sont tous trois plus atteints dans les lésions du cerveau gauche.
Cette conclusion, nous la formulons après l'examen histologique d'un grand nombre de cas et le nombre a ici presque toute l'importance. Pour entrer dans le détail et évaluer les faits avec une exactitude rigoureuse, que faudrait-il? Pouvoir, à droite et à gauche, comparer des cas où les lésions en foyer seraient absolument d'égale intensité, d'égal volume, de pareille topographie et de même nature. Mais ceci ne s'est jamais présenté à notre observation avec cette rigueur mathématique. Et le fait fût-il observé une ou deux fois, il faudrait encore tenir compte de la grande variabilité d'un sujet à l'autre quant à l'exacte topographie des faisceaux pyramidaux, car, sous ce rapport, les variations individuelles sont déjà connues, sinon précisées.
C'est pourquoi il est impossible, pour le moment, de dépasser cette conclusion toute générale, mais significative: le plus souvent les lésions de l'hémisphère gauche retentissent davantage sur l'axe spinal que celles de l'hémisphère droit.
La cause de cette inégalité peut être fort complexe, mais l'un de ses facteurs est de toute évidence, la plus ample distribution à la moelle de fibres corticales émanées de l'hémisphère gauche: de là, les dégénérescences secondaires plus accusées où la distribution des fibres qui dégénèrent est elle-même plus abondante.
Quant à cette plus grande abondance de fibres pyramidales pour l'un des côtés, elle apparaîtra, d'après ce qui va suivre, comme la conséquence de la prédominance fonctionnelle de l'hémisphère gauche.

Les faits qui peuvent appuyer, et jusqu'à un certain point expliquer, ces curieuses particularités de la dégénérescence secondaire, sont précisément relatifs à ces dissemblances anatomiques, physiologiques et pathologiques qui s'accusent, ainsi que nous venons de le rappeler, d'un hémisphère à l'autre, et qui, prises en masse, constituent ce qu'on peut appeler la non-équivalence des deux hémisphères.
Envisagés dans la quantité de leur substance, les deux hémisphères n'apparaissent le plus souvent égaux ni en poids ni en volume. Le volume du lobe frontal gauche serait supérieur chez l'homme ayant développé son intelligence par l'habitude des travaux intellectuels, et cette supériorité, en ce qu'elle porte sur la quantité, l'individu la pourrait transmettre à ses descendants à titre de caractère héréditaire acquis et d'hérédité de fonction.
Boyd, cité par Luys, trouva, sur une statistique de 800 cerveaux, que l'hémisphère gauche était constamment plus lourd que le droit (un huitième d'once).
Bastian, d'après le même auteur, a montré que le poids spécifique de l'hémisphère gauche était plus élevé en ce qui concerne la substance grise.
Broca serait arrivé à des conclusions concordantes.
Luys lui-même a pesé le cerveau de 26 sujets en l'absence de lésions cérébrales et d'antécédents héréditaires: douze fois le lobe gauche était plus pesant (de 4 à 8 grammes), huit fois l'avantage était au lobe droit et sept fois le poids était égal des deux côtés. En prenant au contraire des cerveaux d'aliénés, les différences de poids, d'après les pesées du même auteur, se sont élevées jusqu'à 18, 25, 30 et 40 grammes, sans qu'il se fût agi de pertes de substance en foyers. De plus, sur ces 28 cerveaux d'aliénés, jamais il n'y eut l'égalité de poids trouvée sept fois sur les 26 sujets sains.
Enfin, Luys a conclu que chez les sujets atteints de troubles psychiques, le cerveau droit était plus pesant que le gauche. Si ce dernier fait avait une certaine exactitude, il serait des plus remarquables. Nous n'avons pu confirmer cette donnée. Sur un relevé de 28 autopsies d'aliénés, sans choix préalable, nous avons, de notre côté, trouvé les résultats suivants: 15 fois le cerveau gauche était plus pesant; 11 fois l'avantage était du côté droit; 2 fois il y avait égalité. Donc, dans cette série, l'hémisphère gauche est le plus pesant dans la majorité des cas.
Si ces deux statistiques, celle de Luys et la nôtre, en portant sur le même nombre de malades, ne concordent pas sur la prédominance du poids du cerveau droit chez les aliénés, elles démontrent cependant toutes deux une inégalité fréquente.
Cette même différence existe encore, quant à la morphologie de l'écorce, qui, symétrique dans ses grandes lignes, se distingue, d'un côté à l'autre, par des détails de configuration: fait qui s'accuse surtout à l'état pathologique.
Ces différences anatomiques ont sans doute leur importance, mais c'est surtout en physiologie qu'elles prennent toute leur valeur d'un côté à l'autre.


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