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Les sensations et les représentations - Partie 1

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L'appareil nerveux central de l'homme est le siège de phénomènes spéciaux, dénommés faits conscients, lesquels constituent la vie mentale par leur déroulement dans la durée.
On peut appeler esprit, cet appareil nerveux envisagé seulement comme producteur des faits de la vie mentale. L'esprit est ainsi une abstraction qu'on utilisera pour la commodité du langage.
On désignera sous le nom d'état de conscience l'ensemble de tout ce qui est conscient à un moment donné dans l'esprit, et les diverses parties de cet ensemble seront appelées, suivant leur complexité: éléments de conscience ou éléments conscients, complexus de conscience ou complexus conscients.


I — Les Sensations

Les sensations sont les éléments de conscience qui se produisent, sous certaines conditions, dans l'esprit, lorsqu'une irritation est provoquée à la périphérie de l'appareil nerveux.
Suivant le point excité et, dans une certaine mesure aussi, suivant la nature de l'excitant, les sensations acquièrent des qualités spéciales qui nous les font distinguer les unes des autres. L'histologie comparée, l'embryogénie des appareils qui servent à leur production, montrent que, malgré des divergences de détail, indices de spécialisations dans des sens divers, ces appareils sont construits suivant le même plan général et qu'ils ont une commune origine; de même l'observation psychologique découvre dans les sensations des propriétés communes, attestant les affinités étroites qui les relient. Ces propriétés générales des sensations sont: la conscience, l'intensité, la tonalité, la projection, la localisation et la remémoration.

1° Conscience et intensité. — Par sa définition même, toute sensation est consciente ou plutôt est faite de conscience; le mot conscience désigne ainsi la substance de la sensation.
Le terme de conscience est employé par les psychologues dans des sens très divers: outre les acceptions inintelligibles et l'usage que nous venons d'en faire, on peut constater dans les publications l'emploi de ce mot au lieu et place des mots mémoire, esprit, personnalité, moi, etc. Si l'on considère d'autre part que les expressions où il entre sont très souvent métaphoriques, on comprendra quelle confusion en doit résulter. Ainsi, l'on écrit couramment: une sensation qui pénètre dans la conscience, qui apparaît dans la conscience, qui est perçue par la conscience, pour désigner le phénomène où une sensation se produit dans l'esprit. Les expressions l'ébranlement de la conscience ou des centres de la conscience, les sensations douloureuses qui émeuvent la conscience, etc., rendent manifestes les mêmes défauts.

Essayons maintenant de mieux préciser le sens que nous avons donné au mot conscience, et pour cela établissons d'abord la notion d'intensité de la sensation. Considérons une source lumineuse excitant la rétine: une sensation lumineuse se produit; nous avons ainsi trois choses distinctes: 1° un objet extérieur, la source lumineuse réelle, c'est-à-dire considérée indépendamment de l'appareil nerveux qui l'observe, nous ne la connaissons pas en elle-même, mais nous en admettons l'existence; 2° un appareil nerveux envisagé de même; 3° un élément de conscience, une sensation lumineuse, forme sous laquelle nous est connu l'objet extérieur. Ajoutons une deuxième source lumineuse, identique à la première, la sensation se modifie alors dans une de ses qualités. L'addition d'une troisième source, puis d'une quatrième, etc., produit une modification toujours dans le même sens; on obtient une série progressive de faits de conscience. Reprenons le premier objet extérieur et subdivisons-le indéfiniment; — nous le pouvons puisque, étant donné un excitant lumineux, on peut toujours trouver un autre excitant tel que doublé il donne la même sensation que le premier; — alors par ces subdivisions nous constatons dans les sensations successivement produites des changements qui nous apparaissent comme inverses des changements obtenus lorsque nous multipliions l'objet extérieur; mais alors notre sensation lumineuse tend vers sa disparition.

Donc, d'une part, nous avons une série de sensations lumineuses qui partant de zéro aboutit progressivement à des phénomènes forts; et, d'autre part, une série continue de chiffres parlant également de zéro et dont chaque terme représente un nombre d'objets excitants, inconnus en eux-mêmes, mais tous semblables; cette dernière série exprime que l'excitant a augmenté réellement, qu'il s'est réellement multiplié en quantité; la première série montre que parallèlement un fait de conscience est parti de zéro et ne s'est modifié qu'en se fortifiant, en se multipliant pour ainsi dire; c'est à cette multiplication spéciale que l'on donne le nom d'intensité de la sensation, et les variations obtenues en modifiant la quantité de lumière sont des variations d'intensité.

Ce que nous venons de faire pour les sensations lumineuses nous pourrions le répéter pour la plupart des autres catégories de sensations et pour chaque catégorie nous aurions une série croissante partant de zéro. Pour chacune de ces séries tout se serait passé comme si chaque unité de l'excitant extérieur avait donné, par son action sur l'appareil nerveux, une certaine quantité de quelque chose de spécial, d'un élément spécial de l'univers, d'une substance que produirait la matière nerveuse. La similitude des modes de production des diverses sensations, celle des appareils divers où elles se constituent, leur origine commune ontogénique et phylogénique, nous permettent d'employer un terme générique pour désigner ce produit de la matière nerveuse, quelle que soit la sensation; ce terme générique sera le mot conscience, et en définitive, il signifiera la substance générale de toute sensation.

Nous emploierons donc le mot conscience de la même façon que les chimistes emploient le mot matière, et les physiciens le mot énergie. Nous dirons: un élément conscient, comme les chimistes disent: un élément matériel; nous pourrons dire encore que les sensations sont des modes divers de la conscience, comme l'on dit que les corps sont les divers aspects de la matière pesante; que l'électricité, la chaleur, la lumière sont des modes divers de l'énergie.

Tonalité. — Mais, pas plus que nous ne connaissons la matière pesante non revêtue de l'aspect d'un corps particulier, nous ne savons ce qu'est la conscience en général, la conscience dépourvue de toute qualité autre que l'intensité. Toutes les séries de sensations qui viennent d'être considérées ont, en effet, une physionomie particulière qui nous les fait distinguer les unes des autres; par exemple, il n'y a pas dans la série auditive un seul terme qui puisse être confondu avec un terme d'une autre série, et cependant, toutes ces séries commençant par zéro, et l'intensité de leurs termes croissant, on voit bien qu'elles pourraient être superposées au point de vue de l'intensité. D'ailleurs il nous paraît parfaitement impossible de concevoir une sensation auditive ayant la même intensité qu'une sensation visuelle déterminée, bien que d'une manière exacte nous n'ayons aucun moyen de résoudre un tel problème; ce sont là des données immédiates de l'esprit.

Abstraction faite de l'intensité, nous observons donc dans la série auditive un caractère spécial, le caractère auditif; les autres séries ont de même des caractères visuel, olfactif, gustatif, etc. Nous donnerons le nom de tonalité à ces qualités particulières qui distinguent les diverses sensations indépendamment de l'intensité.

Les sensations fournies par chaque appareil sensoriel ont donc une tonalité distinctive générale; mais elles ont aussi des tonalités secondaires, qui sont, par exemple, pour les sensations auditives, les divers timbres, les diverses hauteurs de sons; pour les sensations visuelles, les diverses couleurs; pour les sensations gustatives, le salé, le doux, l'amer, etc.


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