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Le cerveau social et le cerveau individuel - Partie 4

(Annales de l'Institut international de sociologie

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Il est vrai, qu'à la différence des cellules du corps humain où il n'y a que les cellules nerveuses qui soient liées à la pensée, tous les hommes pensent, raisonnent et peuvent mettre la société en mouvement, mais, comme l'a dit M. Novicow, le nombre est très restreint de ceux qui sont capables de « volitions sociales ». Il n'y a que bien peu d'hommes qui aient une idée de la situation que leur pays occupe dans le monde et de celle qu'il y a occupée dans le passé, de ses forces, de ses ressources, de ce qu'on peut espérer du caractère national; et il y en a moins encore qui connaissent les lois sociologiques et qui sauraient les appliquer à la politique; et parmi ces derniers, c'est à peine si on en trouve quelques-uns qui seraient capables d'un effort pour faire triompher des idées utiles à la communauté.

Or il n'y a que ce petit nombre qui représente dans le corps social ce que les cellules psychiques sont dans le corps animal; mais à la différence de ces dernières — je l'ai remarqué plus haut — ils ne forment pas d'agrégation spontanée, ils travaillent isolément, le plus souvent sans se connaître les uns les autres, et sans avoir que peu ou point d'influence sur la conduite des affaires publiques. On ne peut pas riposter que la presse politique a bien cette influence, parce que chaque journal ne représente que les idées du parti politique auquel il est asservi, et il ne lutte que pour le triomphe d'un groupe ou d'une classe.

L'élite sociale de M. Novicow, composée d'individus ayant les qualités de la fortune, de la notoriété, de l'éducation, des traditions, de l'instruction supérieure, de l'altruisme et du patriotisme, cette élite étroitement liée au gouvernement et en inspirant les actes, n'existe pas de nos jours; elle est même — comme le pense M. Vaccaro — une chimère irréalisable. Cette élite au contraire est désagrégée et très peu nombreuse, et loin d'atteindre le 25° ou le 50° de la population totale d'un pays, comme le croit M. Novicow, c'est à peine si on pourrait indiquer un seul individu sur dix mille ou sur vingt mille qui réunisse toutes les qualités nécessaires pour en faire partie.

Mais qu'elle soit plus ou moins nombreuse, la question essentielle n'est pas là; c'est d'indiquer la manière dont elle pourrait être reconnue, agrégée et portée à la place de haute direction sociale qui lui est due.

Il faudrait pour cela produire une sélection artificielle, car il n'y a pas de sélection naturelle des hommes les plus cultivés, de même qu'il n'y a pas d'élimination naturelle des malfaiteurs, et que pour guérir la plaie de la criminalité, c'est une élimination artificielle qu'on produit moyennant les peines afflictives.

Il s'agirait donc de constituer artificiellement la classe politique, puisque, naturellement, elle ne se constitue pas. Il faudrait la former de ceux qui se trouvant dans une position indépendante, auraient pu vouer, pendant tout leur jeune âge, leur activité entière aux études sociales et économiques, et qui par leur notoriété et par un triage sévère, seraient désignés comme membres d'un « Institut supérieur de politique nationale ». Ce serait à eux de former une assemblée électorale d'où sortiraient les cent ou cent cinquante membres (ce nombre serait bien suffisant) qui devraient avoir le pouvoir législatif et la haute direction de l'administration publique.

Dans un Etat nouvellement créé, son fondateur ou son premier dictateur pourrait établir d'emblée un système de ce genre. Mais il est certain que dans nos vieilles sociétés, les politiciens qui les infestent ne se dépouilleraient pas volontairement. S'ils étaient capables de le faire, ils prouveraient, rien que par là, qu'ils sont dignes d'appartenir à l'élite. On ne peut former des espérances que pour un progrès graduel de ces idées à mesure que le progrès de la civilisation fera de plus en plus apprécier la haute culture. La première étape dans cette voie serait l'adoption du principe que les conditions de l'éligibilité doivent être différentes de celles de l'électorat.

On en arrivera ensuite à comprendre que ces conditions ne doivent pas être moindres, qu'elle doivent au contraire être bien plus rigoureuses que celles qui sont exigées pour faire un avocat ou un commis de bureau.

Les assemblées actuelles n'auraient d'ailleurs rien à craindre pour leur existence; elles ne feraient que préparer l'avenir.

Il est vrai que, par ce système, il n'y aurait plus ce qu'on nomme la représentation des intérêts; mais il y aurait la représentation du seul et véritable intérêt commun d'une nation considérée comme un corps animé, c'est-à-dire d'avoir à sa tête les plus éclairés parmi ses membres.

C'est alors que le rapprochement sera possible entre une société et le plus élevé des organismes, l'homme, parce que c'est alors seulement que la première sera douée de ce qui fait la gloire de l'intelligence humaine: le souvenir et la prévoyance.



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