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La langue universelle - Partie 2

(Causeries scientifiques : découvertes et inventions, progrès de la science et de l'industrie

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On conçoit qu'alors même qu'un sentiment de discrétion ne nous empêcherait pas de dévoiler la clé de ces combinaisons, nous ne pourrions entrer ici dans de pareils développements. Qu'il nous suffise de dire qu'il ne peut se présenter à l'esprit une idée quelconque sans qu'elle ne soit immédiatement exprimée sans aucune ambiguïté par quatre caractères au plus. Un groupe de quatre signes pour nous faire comprendre dans tout l'univers, n'est-ce pas merveilleux? Il est bien rare que, dans les langues modernes, un mot ne nécessite que trois ou quatre lettres.

Un exemple est-il nécessaire, prenons le mot travailler, composé de dix lettres; dans la langue musicale, il se traduira simplement et à volonté par trois signes, trois notes ou trois gestes.

Or, pour exprimer cette idée de travail, que de mots en ce moment! plus de 3000. — L'Anglais dira work; — l'Allemand, arbeiten; — le Hollandais, werken; — l'Italien, lavorare; — l'Espagnol, trabajar; — le Portugais, trabalhar, etc... Comment jamais sortir de te dédale?

Voulez-vous exprimer l'idée de manger, mot composé de six lettres; deux signes seuls suffiront; — d'instruction, mot formé de onze lettres, vous emploierez seulement trois notes. En anglais, il faudrait dire instruction; en allemand unterricht; en hollandais onderwyz; en italien, instruzione; en espagnol, instrucion; en portugais, instruccao.

La brièveté et la simplicité de cette langue frapperont tout le monde; mais ce qui fait surtout le sujet de l'admiration de chacun, c'est sa grande précision.

Chaque groupe de signes, chaque idée; jamais d’ambiguïté. Nous avons mis plus d'une fois l'inventeur à preuve, et tout récemment encore madame Sudre, en cherchant dans notre bagage scientifique les expressions les plus obscures, les synonymes, les mots à double entente, et toujours la traduction est sortie nette, claire, précise. Jamais de perplexité, jamais d'erreur. Du reste, notre témoignage n'a que faire après les conclusions des différents rapports académiques. Que dire après ces lignes signées d'Arago, de Prony, de Freycinet, Flourens, Tissot; Raoul-Rochette, comte de Laborde, Edwards, Cherubini, Lesueur, Berton, Boïeldieu, Auber.

« La langue musicale doit être recommandée vivement au gouvernement. Elle complète les moyens de communication, et en rendant service à l'État, elle ajoute à l'honneur du pays. »

M. Sudre, en s'appuyant sur les mêmes principes, avait créé en 1829 son système de téléphonie applicable à l'art militaire, à la marine, aux chemins de fer. Sept notes suffisaient, nous l'avons vu, pour transmettre les idées; trois notes seulement restent nécessaires pour traduire au loin tous les ordres possibles inscrits à l'avance dans un livre de tactique militaire. Une, deux, trois notes, sol, ut, sol, lancées dans l'espace par un clairon, et tout un corps d'armée peut recevoir les instructions du général en chef. L'audition des notes peut d'ailleurs être remplacée par l'observation de trois disques différemment colorés pour le jour et trois fanaux pour la nuit. De leurs positions relatives résultent les signaux. Des essais très concluants furent faits au Champ de Mars et repris sur l'escadre de la Méditerranée avec le même succès. La commission d'examen conclut à la fondation d'une école de téléphonie pour l'armée et la marine. Une indemnité exceptionnelle fut promise à l'inventeur.

Pour une cause ou une autre, cette décision est restée jusqu'ici à l'état de lettre morte. Cependant de nouveaux essais viennent encore d'avoir lieu, et les résultats n'ont pas été inférieurs aux précédents; il est donc plus que probable que madame Sudre, qui poursuit avec une énergique persévérance le but à atteindre, recueillera bientôt le glorieux héritage de M. Sudre. Il n'y a que les mauvaises œuvres qui meurent en chemin; celle-ci survivra certainement, et la France conservera encore ici comme ailleurs l'honneur de l'initiative.


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