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Savants et philosophes (I) - Partie 1

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Si claire que soit la relation entre la prêtrise et les diverses professions dont nous avons déjà traité, le rapport qui existe entre elle et les professions qui ont pour but l'accroissement des lumières humaines est plus clair encore. Et si grand que soit l'antagonisme qui sépare aujourd'hui ces rejetons de la souche primitive, ils furent autrefois nourris par elle.

Nous avons vu que l'homme-médecine, en s'efforçant toujours de maintenir et d'accroître son influence sur ceux qui l'entouraient, est plus qu'aucun autre stimulé vers la connaissance des phénomènes naturels susceptibles de l'aider dans ses efforts.

Bien plus, en cherchant à se rendre favorables les êtres surnaturels dans lesquels il croit, il est amené à réfléchir sur leur caractère et leurs actes. Il réfléchit également sur les causes des phénomènes frappants qu'il observe au ciel et sur la terre. Et, soit qu'il regarde ces causes comme personnelles ou impersonnelles, le sujet principal de ses pensées est celui qui, plus tard, se distinguera comme philosophique.

Comme nous l'avons dit déjà, une raison supplémentaire pour laquelle il se sépare des hommes qui l'entourent par ses connaissances plus étendues et ses vues plus profondes, c'est qu'il est, par comparaison avec eux, un homme de loisir. Dès les origines, il vit aux dépens des autres: il est donc plus capable de se dévouer à ces observations et à ces recherches dont naît la science.

Exception faite pour la connaissance de quelques plantes médicinales et de quelques produits animaux particuliers, avec peut-être quelques données sur les minéraux, jointes souvent à des observations semblables des signes du temps pour être à même de prédire ses changements et de produire ainsi en apparence la pluie ou le soleil, on ne pourrait guère rien trouver en fait de science rudimentaire parmi les hommes-médecine, ou quasi-prêtres, des sauvages. Seulement, quand survint cette vie sédentaire, si favorable aux recherches et à la transmission de la science acquise, nous pouvions nous attendre à voir les prêtres jouer un rôle approchant du caractère scientifique. De là, nous pouvons en arriver immédiatement aux civilisations primitives.

Citons d'abord des exemples empruntés aux livres de l'Inde ancienne. Là, la preuve nous est fournie que la science faisait à l'origine partie de la religion. L'astronomie et la médecine, nous dit Weber, reçoivent leur première impulsion des origines du culte religieux. La constatation suivante, du Dr Thibaut, est plus spéciale et plus large en même temps.

« Le besoin de règles capables de fixer l'époque régulière des sacrifices donna la première impulsion aux observations météorologiques. Poussés par ce besoin, les prêtres demeurèrent des nuits et des nuits à guetter les phases de la lune, et des jours et des jours à étudier les progrès alternés du soleil vers le nord ou vers le sud. On rechercha les lois de la phonétique, parce que le courroux des dieux pourrait résulter de la mauvaise prononciation d'une seule lettre dans les formules des sacrifices; les grammaires et l'étymologie eurent pour tâche d'assurer la signification véritable des textes sacrés. »

D'après Dutt, « la géométrie se développa dans l'Inde d'après les règles de la construction des autels ». Nous trouvons dans le même écrivain une phrase qui explique la différenciation qui s'éleva à cette époque entre la classe instruite et la classe des célébrants.

« L'astronomie en était venue alors à être considérée comme une science distincte et les astronomes professionnels s'appelaient Nakshatra, Darsa et Janaka... les rites des sacrifices étaient réglés par la position de la lune par rapport à ces constellations lunaires. »

Ainsi, nous avons également la preuve que la philosophie, qui faisait partie jadis du corps indéfini de connaissances que possédait le clergé, se développa éventuellement de façon indépendante. Hunter écrit:

« Les Brahmanes traitaient la philosophie comme une branche de la religion. La philosophie brahmanique a épuisé les solutions possibles de la plupart des autres grands problèmes qui ont depuis inquiété si fort les sages de la Grèce et de Rome, les professeurs du moyen âge et les savants modernes. »

Et dans ce cas comme dans les autres, l'activité spéculative et critique conduisait tout droit au rationalisme. Il vint alors « un temps où les philosophes et les laïques étaient pareillement portés vers des opinions agnostiques et hétérodoxes ».

A propos des relations de la science avec la théologie chez les Babyloniens et les Assyriens, de brefs arguments suffisent amplement pour les besoins de cette démonstration. Il faut, cependant, apporter quelques faits à l'appui. Toutes les connaissances astronomiques des Babyloniens avaient pour seule fin la réglementation du culte religieux, la préparation des enchantements, la prédiction des événements. Voici quelques extraits de Rawlinson, de Layard et de Maury qui montrent comment la religion et la science étaient mêlées.

« Nous sommes peut-être fondés à conclure, de l'emplacement méticuleux des temples d'Uruk, que la science de l'astronomie était déjà cultivée sous son règne, et regardée comme ayant une certaine connexité avec la religion. » A une époque tout à fait primitive, des prêtres assyriens pouvaient fixer la date des événements par les phénomènes célestes et mettre les annales publiques d'accord avec eux.

Le fait familier que le cycle des éclipses lunaires fut découvert par les prêtres chaldéens montre à la fois l'exactitude et la persévérance de leurs observations.

« La philologie comparative semble avoir été largement étudiée et les ouvrages qui lui sont consacrés dénotent beaucoup de soin et d'attention. La chronologie était évidemment très prisée et l'on a gardé des souvenirs très précis, grâce auxquels les laps de temps peuvent aujourd'hui être exactement mesurés. La géographie et l'histoire occupent chacune une place importante dans l'enseignement assyrien; et l'astronomie et la mythologie occupaient une part d'attention au moins égale.

« Les Chaldéens avaient une caste sacerdotale et savante qui se consacre à l'observation du ciel, en vue de pénétrer davantage dans la connaissance des dieux. De la sorte, les temples devinrent de véritables observatoires. Telle était la célèbre tour de Babylone, monument consacré aux sept planètes. »

Quant aux témoignages relatifs à la science en Egypte, nous pouvons citer d'abord celui de Maspéro, qui oppose les vues des Égyptiens à celles des Assyriens.

« En Egypte, la majorité des livres concernant la science sont des livres sacrés, composés et révélés par les dieux eux-mêmes. Les Assyriens n'attribuent pas une origine aussi illustre aux livres qui leur enseignent le cours et leur expliquent l'influence des astres. Ils croient que ces livres ont été écrits par des hommes instruits, qui ont vécu à différentes époques et qui ont tiré leurs connaissances de l'observation directe du ciel. »


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