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Les perversions instinctives - Partie 1

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I. Les Perversions instinctives: élude méthodologique.

L'expression perversions instinctives est de ces termes, nombreux en psychiatrie et en psychologie, dont l'usage est purement intuitif. C'est-à-dire qu'on les emploie sans les avoir préalablement définis et sans avoir analysé les faits qu'ils servent à désigner, qu'on juge directement, immédiatement, par une sorte d'intuition, qu'ils conviennent. Ainsi tout en sachant faire un usage courant de l'expression perversions instinctives, on ne sait pas exactement quelles conditions doit réaliser un fait afin qu'on puisse la lui appliquer. Pour le savoir il faudrait grouper les faits auxquels elle parait convenir et rechercher leurs caractères communs.

Sous l'influence des lectures où l'on retrouve les divers emplois d'un mot ou d'une expression, il se forme directement dans l'esprit, de ce mot ou de cette expression, un sens intuitif, total, contenant fusionnés en un bloc imprécis les divers sens partiels. Ce sens total a souvent une certaine homogénéité, en dépit de l'automatisme intellectuel qui a présidé à sa formation; mais il peut être constitué par des éléments disparates, cela se produira par exemple si le mot a des similaires de sens différents. L'intuition sera dupe de ces similitudes. Il se formera un sens intuitif hétérogène. C'est ce qui est arrivé à perversions instinctives.

Perversion et ses similaires: pervers, perversité, pervertir, ont une commune origine qui est: changement de bien en mal. Perversion a exactement ce sens; employé parfois en matière de morale comme dans: la perversion des mœurs, il désigne surtout un trouble, un dérangement dans une fonction organique, mais un trouble par déviation plutôt que par exagération ou diminution. Ainsi aimer manger d'une chose qui normalement provoque le dégoût est une perversion de l'appétit; à une exagération de l'appétit le mot perversion convient moins. De même les perversions génitales sont des déviations, des modes anormaux de production de l'émotion génitale, plutôt que des exagérations ou des diminutions.

Pervertir signifie déterminer une perversion.

Perversité et pervers, appartiennent à un autre domaine celui de la morale. La perversion est un trouble, donc un phénomène d'ordre physiologique; la perversité est d'ordre moral et signifie méchanceté, dépravation, corruption morale. Le pervers, c'est le méchant, le dépravé, le vicieux. On ne devra donc pas confondre inclinations perverses ou instincts pervers avec inclinations ou instincts pervertis ou avec perversions d'instincts.

L'instinct est une impulsion intérieure qui meut l'être indépendamment de la volonté. On en a fait une sorte d'entité à laquelle on attribue les actes que ne détermine pas la volonté et qui sont pourtant orientés vers des fins précises. Considéré comme le principe directeur des actions animales il a été longtemps opposé à l'intelligence, apanage de l'homme. Il a ainsi conservé le sens d'une chose animale, et désigne chez l'homme, plus particulièrement les tendances qui lui sont communes avec les animaux (instinct de la faim, instinct génital, instinct de la fuite devant le danger).

Instinctif est plus général dans son emploi habituel; il désigne le caractère spécial qu'ont toute une catégorie de nos mouvements, de nos actions, de se produire sous l'influence d'une cause intérieure qui n'est pas la volonté. Il est en somme synonyme d'automatique. Toutes nos inclinations sont instinctives; mais l'instinctif dépasse le domaine de l'inclination et s'étend à tout automatisme.

On le voit, perversions instinctives est formé de deux mots qui prêtent et de nombreuses ambiguïtés. Ces mots ont des similaires de sens assez différents, les uns et les autres ont des acceptions assez diverses. Chaque acception a fourni un peu d'elle-même pour donner le sens total, intuitif de perversions instinctives. On peut grouper les sources de ce sens total en trois chefs:

1ère acception. — Perversions instinctives, mis pour anomalies des tendances instinctives (anomalies des inclinations). Les anomalies de tous les actes que les émotions ou les passions nous poussent à accomplir entrent dans ce sens; il s'y ajoute les anomalies de la faim, de la soif, de la nausée, etc. Il y aurait lieu de subdiviser cette acception en deux autres correspondant aux deux sens de perversion: déviation et altération (sens un peu impropre).

2ème acception. — Perversions instinctives mis pour anomalies des instincts, et plus particulièrement pour anomalies par déviation. Cette acception comprendrait les déviations de l'appétit, de l'instinct génital, des survivances chez l'homme des instincts de l'animal (instinct de défense: fuite, lutte, etc.).

3ème acception. — Perversions instinctives employé abusivement pour instincts pervers ou perversité. Comprend les tendances instinctives à des actes que réprouvent les morales: cruauté, méchanceté, mensonge, prostitution, vol, etc.

Se plaçant sur le terrain scientifique, si l'on veut faire jouer à l'expression perversions instinctives le rôle d'un terme générique désignant un groupe homogène de faits psycho-morbides, il faut substituer à son sens confus et intuitif, un sens précis et net. On devra évidemment écarter la troisième acception qui n'est qu'une confusion grossière; il peut être utile d'étudier la perversité et les pervers, mais on ne le fera pas sous le nom de perversions instinctives. La deuxième devra être également rejetée car si elle groupe des faits homogènes ses limites sont arbitraires.

Reste la première acception: anomalies des tendances. Elle comprend à peu près toute l'activité humaine morbide, en tous cas, tout ce qui dans cette activité a pour stimulant l'émotion et la passion. Mais à côté des émotions se trouvent des phénomènes très voisins: la faim, la soif, la nausée, qui eux également donnent lieu à des tendances, à des inclinations. D'autres phénomènes, voisins aussi des émotions, les réflexes prurigineux, par exemple, sont dans le même cas. Les anomalies des tendances devraient donc comprendre les altérations de tous ces complexus.

Ainsi nous sommes conduits à conclure que le terme de perversions instinctives ne peut avoir d'autre sens logique que celui d'anomalies des inclinations (anomalies des tendances instinctives). Mais il est inutile, ambigu, mal constitué; il devrait donc être rejeté de la terminologie psychiatrique.

On comprend maintenant qu'un rapport sur les perversions instinctives, question confuse et embrouillée, ne pourrait être utile que s'il s'attachait au côté méthodologique du problème. Ce problème, il faudrait d'abord le poser clairement et ne point espérer le résoudre en compilant des matériaux, forcément disparates, pris de droite et de gauche. M. Dupré lui a consacré un rapport au congrès des aliénistes et neurologistes tenu l'année dernière à Tunis; voyons comment il l'a envisagé.


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