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Un fait de lucidité en la condition dite « psychométrique » - Partie 3

(Annales des sciences psychiques

En , par


Cette seconde séance confirmait les repères du lieu où le corps gisait. De plus, elle établissait, avec une netteté étonnante la direction prise par l'homme pour s'engager dans la foret, mais seulement jusqu'à l'endroit où il quittait le chemin pour prendre un sentier. Ni le plan ni la carte ne présentant de sentiers, M. Galloy ne songea pas qu'il pût y avoir motif à confusion et ne fit pas spécifier davantage. Et ce fut regrettable, car au moment d'utiliser ces indications on s'aperçut que deux sentiers s'amorçaient au même point du chemin, l'un à droite, l'autre à gauche. Le repère rochers était inutile, personne n'en connaissait. Le repère eau ne pouvait, non plus, être un indice car les pluies abondantes de Mars avaient formé en beaucoup d'endroits de larges flaques d'eau pouvant, à la rigueur, répondre à la vision du sujet. D'autre part, le fils du disparu s'opposait formellement à accepter l'itinéraire décrit par la voyante, parce que, disait-il, toute la journée du 2 mars il avait travaillé près de la maison du carrefour et que son père, dont la marche était lente, n'aurait pu passer sans qu'il le vît. Chacun des habitants de cette maison avançait, pour son compte, la même, affirmation. En l'absence d'indications plus exactes, il fut décidé de ne pas recommencer des recherches nécessitant beaucoup de temps et beaucoup de personnes. Le vieillard était mort, rien maintenant ne pressait. On attendrait les renseignements que pourraient produire une troisième séance. Elle eut lieu le 6 avril et ce fut encore M. Lucien Galloy qui s'en chargea.

— Voyez — dit-il — la personne à qui cet objet appartient.

— ... Je vois un homme de taille ordinaire... cheveux blancs... plutôt chauve... figure allongée... nez long... bouche édentée... lèvres pendantes... mort... couché sur le côté droit... figure noirâtre, une jambe repliée... il est comme mouillé... il a de l'eau gluante sur son visage... il n'est pas dans l'eau, mais il y a de l'eau tout près, beaucoup d'eau en circonférence... beaucoup d'arbres, comme un bois taillis... et une grosse pierre ressemblant à un rocher près de lui... de gros arbres... il a une chemise de flanelle à deux teintes, col rabattu... on le voit très bien... il est comme entouré du taillis...

— Voyez exactement le chemin parcouru par cet homme, le jour où il a quitté sa maison.

— ... Il quitte de grands bâtiments... longe le côté de ces bâtiments... va dans la direction d'autres bâtiments... il arrive au carrefour de trois chemins en face duquel est une maison... il dépasse une barrière... il hésite... il a une vieille canne bois... il lape le sol avec... ses idées sont brouillées... il va à droite dans un chemin qui descend... il hésite... revient au croisement des chemins en s'appuyant sur son bâton... il prend alors le chemin de gauche... il marche sur le côté droit de ce chemin, tenant dans ses mains le bâton et un mouchoir à carreaux... passe près d'une palissade... et aussitôt rentre dans le bois à gauche par un sentier un peu fait et légèrement apparent, de plan-pied... il rentre dans ce sentier avec l'intention de se dissimuler...

... D'où le corps est, on ne voit pas la maison et la cabane... il faut revenir sur le chemin pour les apercevoir... il n'a pas été loin dans le bois... près de l'endroit où il est le terrain descend un peu...

Voici donc, groupés et organisés, les principaux renseignements que nous possédions le 7 Avril, au retour de M. Galloy :

Le vieillard quitte de grands bâtiments, longe le côté de ces batiments... prend un petit sentier qui descend... arrive près d'une pièce d'eau... suit tout droit... passe devant d'autres bâtiments... tourne légèrement à tranche... dépasse une barrière... arrive au carrefour de trois chemins, devant lequel est une maison... prend le chemin de gauche... passe près d'une cabane dans laquelle sont des outils... à côté d'elle, il y a un tas de bois coupé et empilé... passe près d'une palissade et aussitôt rentre dans le bois à gauche, par un sentier de plan-pied légèrement apparent... puis il s'en écarte, s'enfonce dans un taillis, un bois... il voit beaucoup d'eau à côté de lui... tombe sur le sol... il est étendu dans un taillis, un bois épais... autour de lui je vois de grosse pierre, comme un petit rocher, et un peu plus loin sont d'autres pierres... il n'est pas dans l'eau, mais il y a de l'eau tout près, beaucoup d'eau en circonférences... de gros arbres... terrain plat... près de l'endroit où il est le terrain descend un peu... le corps est comme entouré du taillis... de la maison quittée à l'endroit où gît le corps il n'y a pas très loin... d'où le corps est, on ne voit pas la maison et la cabane (du carrefour), il faut revenir sur le chemin pour les apercevoir...

Le lieu où a été retrouvé le corps de M. Lerasle, grâce à Mme Morel.Cette fois les recherches étaient nettement circonscrites au quadrilatère de taillis desservi par le sentier exactement indiqué, et si les renseignements de la voyante étaient véridiques, la découverte du corps ne pouvait présenter grande difficulté. Un gros ruisseau traverse ce taillis, renflé par endroits en circonférences quand les pluies sont abondantes. M. Mirault donna ordre à cinq hommes de fouiller ce morceau de taillis en suivant le cours d'eau. Bientôt après, l'un d'eux, apercevant à travers les branches intriquées une masse saillante, semblable à un rocher, s'écria : « Tiens, voila le rocher de la voyante; il y a de l'eau tout près, le corps pourrait bien être là ! » Quelques mètres plus loin, il apercevait le cadavre bien en évidence, que tout un village de gens connaissant la forêt cherchait en vain, depuis plus d'un mois.

Prévenu immédiatement par téléphone, j'étais sur les lieux une heure après. Et, en compagnie de M. Mirault et de bon nombre d'autres personnes, je procédais à un minutieux contrôle.


Le contrôle

Le lieu, où gît le cadavre. — Le cadavre est étendu en plein taillis.

A dix mètres de lui, se distingue à travers les branchages, une masse saillante, arrondie et moussue ayant l'aspect d'un rocher.

Le sol sur lequel il est étendu est plat.

A 4 mètres du cadavre le terrain s'incline pour descendre, par une pente douce, jusqu'à une circonférence d'eau produite en cet endroit par le renflement d'un ruisseau, le seul ruisseau qui traverse ce fragment de la forêt.

Sur l'autre rive du ruisseau se voient trois antres masses moussues, plus petites que la ci-dessus, et ressemblant également à de tout petits rochers.

A quelques mètres du corps, émergent très haut au-dessus du taillis plusieurs gros arbres. A 40 mètres est le plus gros arbre de la forêt, m'a dit M. Mirault depuis.

Pièce d'eau, rochers, arbres, sol plat sous le cadavre et incliné tout près, plein taillis... le décor est rigoureusement celui annoncé par Mme Morel et que plusieurs centaines de personnes, d'après ses révélations, connaissaient depuis quinze jours. Après examen des lieux, il nous serait impossible de les caractériser de meilleure manière, à moins d'apporter la précision d'une évaluation métrique, ce que le sujet n'a jamais pu faire, et que d'ailleurs nous n'avons pas demandé avec trop d'insistance, craignant, non sans motifs, de provoquer une erreur.

M. Mirault et les gardes ne connaissent pas d'autres points de la forêt réunissant tous ces repères.

Impeccables semblent donc avoir été les visions du sujet... En réalité il y a eu une erreur et cette erreur présente un gros intérêt psychologique. Elle domine la psychologie de toute cette expérience. Le rocher n'est pas un rocher. Cette masse est la souche d'un gros arbre déraciné par le cyclone de 1901. L'arbre ayant été enlevé, la souche est restée hors terre, ses racines se sont effritées, la mousse l'a revêtu, et sous elle un œil non prévenu ne saurait distinguer tout d'abord s'il y a du bois ou de la pierre. La vision lucide a donné au sujet l'illusion sensorielle que ses yeux lui auraient sans doute donnée.



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