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Quand l'opinion personnelle l'importe sur la raison universelle


Depuis quelques années, de nombreux observateurs constatent une polarisation des opinions rendant le dialogue démocratique de plus en plus difficile. Toujours selon eux, internet et ses réseaux sociaux seraient la principale cause de ce phénomène. En effet, les algorithmes des moteurs de recherche et des réseaux sociaux ont tendance à créer des bulles informationnelles.

De fait, la recherche de la vérité a progressivement été remplacée par celle d'une vision personnelle et de moins en moins rationnelle du monde. Or, la raison est indispensable à la mise en place d'un espace mental commun démocratique et délibératif. Et si cette base rationnelle n'existe plus, la convergence vers une perception partagée du réel devient impossible.


Internet serait donc en cause dans le déclin de la raison ?

Les fake news, les théories du complot et autres désinformations abondent sur le web. Cela favorise un certain désintérêt pour la vérité et renforce l'importance accordée à l'opinion au détriment du fait. Pour autant, internet ne semble pas être la cause principale de ce déclin de la raison car cette tendance s'est amorcée avant l'émergence des réseaux sociaux et même avant l'invention d'internet.

En effet, des chercheurs ont analysé le contenu de plusieurs millions de livres publiés entre 1850 et 2019 et ont classé les mots selon deux catégories : d'une part, l'émotion et l'intuition (joie, adhésion, merveilleux, opinion...), et d'autre part, la raison et la logique (données, démonstration, taux, réfuter...).
La fréquence des mots relatifs à la raison utilisés dans la littérature a augmenté de 1850 à 1975, puis à partir de 1980, elle a diminué au profit des mots relatifs à l'intuition et l'émotion.L'analyse de l'évolution de la fréquence de ces deux groupes de mots dans la littérature, dans les textes documentaires, mais aussi dans les pages du New York Times, montre que le vocabulaire de l'émotion et de l'intuition a reculé de 1850 à 1975 au profit de celui de la logique et de la raison. Cependant, cette tendance s'est inversée dans les années 1975-1980. Et depuis 1980, la raison décline dans les ouvrages, au profit des émotions.

La période de ce basculement correspond à l'émergence de la vague new age, ainsi qu'à la libération des désirs individuels liés à l'essor de la consommation dans les années 1960. Cela a favorisé l'individualisme et la prévalence de l'opinion personnelle sur la vérité démontrée. D'ailleurs, toujours selon cette même étude, l'évolution de la fréquence de "je" par rapport à "nous" est assez similaire à celle de l'émotion par rapport à la raison.


Pourquoi cela est-il problématique ?

La prédominance de l'émotion et de l'intuition personnelle sur la raison et la logique universelles tend à s'accompagner d'une montée de l'individu par rapport au collectif, et ainsi à favoriser la recherche de sa propre vérité au détriment de celle de la vérité.
Or, cela rend le dialogue difficile entre concitoyens. En effet, si la recherche de la vérité démontrée est remplacée par celle d'une vision personnelle du monde, et qu'il n'existe plus de base rationnelle universelle pour échanger, alors la convergence des points de vue devient impossible, même sur des sujets où une vérité objective existe.

Au final, le recul de la raison risque de mettre en danger le dialogue démocratique.


Inspiré des travaux de Nicolas Gauvrit, de Marten Scheffer, d'Ingrid van de Leemput, d'Els Weinans, de Johan Bollen et de Gérald Bronner.



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