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(Mise à jour: Mars 2019)

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Qu'en est-il de l'apprentissage au cours du sommeil ?


Apprendre en dormant... Voilà le rêve de nombreuses personnes, notamment des élèves qui pourraient alors passer plus de temps à s'amuser plutôt qu'à apprendre leurs leçons. Aussi, même si à une époque, un marché s'est développé autour de cet espoir, en promettant, par exemple, d'apprendre une langue étrangère en dormant, aucune méthode ne s'est révélée probante.

Cependant, même si un apprentissage aussi complexe semble effectivement impossible en dormant, des études récentes montrent que le sommeil exerce bien une influence bénéfique sur la mémoire. Aussi, certaines techniques visant à renforcer des souvenirs durant le sommeil sont actuellement testées, et les résultats sont prometteurs !


Comment peut-on renforcer des souvenirs en dormant ?

La réactivation mnésique est une technique qui permet de consolider la mémoire pendant le sommeil. Elle se déroule en deux étapes. Dans un premier temps, des odeurs ou des sons sont émis au cours d'une phase d'apprentissage. Puis, dans un deuxième temps, ces mêmes sons ou odeurs sont diffusés au cours de la phase de sommeil lent profond. Ces stimuli réactivent alors les souvenirs qui leurs sont associés, ce qui consolide leur mémorisation.

La phase de sommeil lent profond et propice à la consolidation de souvenirs. Ainsi, la technique de réactivation mnésique s'avère efficace durant cette phase.Par exemple, dans une expérience, des participants étaient invités à mémoriser l'emplacement de certains objets, tout en entendant un son correspondant à chaque objet (par exemple, un sifflement pour une théière, un miaulement pour un chat, etc.).
Plus tard, lorsque ces participants étaient endormis dans leur lit au laboratoire, ces mêmes sons ont été diffusés au cours d'une phase de sommeil lent profond. Les IRM et électroencéphalographie mettaient alors en lumière les régions cérébrales participant à la réactivation de la mémoire spatiale, ainsi que les ondes cérébrales impliquées dans la mémorisation.
Enfin, à leur réveil, les participants se rappelaient effectivement mieux des emplacements lorsque la méthode de réactivation mnésique avait été utilisée lors de la phase de sommeil lent profond.

Ainsi, cette technique, appliquée dans d'autres contextes, semble bien prometteuse. Voici quelques exemples d'utilisation intéressante :

  • Maîtriser une partition jouée avec un instrument de musique.
  • Mémoriser un nouveau vocabulaire ou des règles de grammaire.
  • Associer des noms à des visages lors de nouvelles rencontres.
  • Récupérer ses capacités motrices après un accident en réactivant l'apprentissage des mouvements perdus pendant le sommeil.

L'apprentissage au cours du sommeil a-t-il des limites ?

Notre cerveau est capable de traiter des stimulations externes au cours du sommeil, à condition qu'elles ne soient pas trop complexes (comme les sons ou les odeurs). En effet, lorsque nous dormons, notre cerveau a besoin d'être protégé de l'environnement pour assurer notre équilibre biologique et la restauration de nos capacités de vigilance, afin d'être efficace au réveil. Nos capacités d'apprentissage au cours du sommeil sont donc limitées à des associations basiques.

Cela dit, la possibilité d'associer entre eux des stimuli basiques pendant le sommeil permet d'élargir le champ d'application d'apprentissage nocturne. Par exemple, ce mécanisme peut être utilisé pour traiter certaines addictions. D'ailleurs, une étude a montré qu'en associant la fumée de cigarette à une odeur désagréable pendant le sommeil, les fumeurs réduisaient significativement leur consommation de tabac (de 30% en moyenne). La science de l'apprentissage durant le sommeil a donc de beaux jours devant elle !


Inspiré des travaux de Delphine Oudiette, de Ken Paller, de Björn Rasch, de Scott Cairney et de de James Antony.



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