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(Mise à jour: Août 2018)

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Notre QI serait-il en baisse ?


Ces derniers temps, certains documentaires s'appuyant sur les affirmations d'une poignée de chercheurs alertent la population sur le fait que l'intelligence humaine serait en baisse. Cette régression serait causée par différents facteurs, notamment les perturbateurs endocriniens, la malbouffe, le dysgénisme et l'immigration.

Pourtant, lorsqu'on s'intéresse à la façon dont les mesures du QI (quotient intellectuel) et les résultats ont été traités pour arriver à de telles conclusions, on s'aperçoit qu'il n'y a sans doute pas lieu de s'inquiéter autant. En effet, il semble que l'interprétation de ces résultats aient été faite de façon un peu trop hâtive car les scores de QI ne sont pas si catastrophiques.


Qu'est-ce qui peut laisser penser que notre QI est en train de diminuer ?

Depuis les premiers étalonnages des batteries de tests d'évaluation de l'intelligence, c'est-à-dire depuis les années 1930, on a toujours observé une augmentation des scores de QI d'environ 3 points par décennies. Ce phénomène est appelé l'effet Flynn.

Ce graphique montre la progression cumulée du QI en France, de 1970 à 2010, chez les adultes et les enfants de 6 à 16 ans.Or, depuis quelques années, il semble que la progression de notre QI ne soit plus aussi forte. Certains pensent même qu'on assiste à une régression de notre intelligence.
Les chercheurs qui soutiennent cette idée mettent en avant le résultat suivant : certains pays voient leurs scores de QI stagner, voire diminuer. Il semble que ce soit notamment le cas de la France et de la Finlande. D'ailleurs, le graphique qu'ils proposent (présenté ci-contre) illustre bien leur conclusion et paraît sans appel.

Pourtant, la plupart des scientifiques n'adhèrent pas à cette conclusion, arguant qu'il ne s'agit là que d'une mesure marginale qui ne peut, en aucun cas, être généralisée.


L'intelligence humaine ne serait donc pas en déclin ?

Si l'on examine plus en détail les données relatives aux scores de QI obtenus dans les différents pays du monde, on comprend que l'idée d'une baisse de QI de la population mondiale n'est pas tenable. En effet, différents arguments remettent clairement en question cette conclusion. Voici les principaux:

  • Seule une toute petite minorité de pays présente des scores stagnants ou à la baisse. En outre, cette baisse est toute relative car elle ne concerne que certains sous-tests (par exemple, seulement les tests numériques et verbaux pour la Finlande). Mais pour la très grande majorité des populations, une telle baisse de QI n'est pas observée. En fait, une méta-analyse de centaines d'études menées dans plusieurs dizaines de pays montre surtout que les scores de QI tendent à amorcer un plafonnement depuis une trentaine d'années.

  • Les pays soit-disant concernés par une baisse de QI ne sont pas les plus exposés à la malbouffe, aux perturbateurs endocriniens ou à l'immigration. Pourtant, si l'on en croit les chercheurs affirmant l'existence d'une diminution du QI, ces facteurs en seraient la cause. Si tel était le cas, les pays les plus exposés comme les Etats-Unis devraient être les premiers touchés par cette régression de l'intelligence. Or, il semble que ce ne soit pas le cas.

  • Les résultats laissant supposer une diminution du QI en France ont été obtenus suite à la nouvelle édition française de la batterie de tests de QI pour adultes (l'échelle de Wechsler) sortie en 2010. Celle-ci a été passée sur un petit groupe de 79 personnes, autant dire un échantillon minuscule, absolument pas représentatif de la population française. D'ailleurs, le graphique indique effectivement une baisse soudaine du QI à partir de 2010, mais uniquement chez les adultes. Pourtant, un déclin de l'intelligence devrait normalement toucher en premier les enfants, puis s'étendre progressivement sur toutes les classes d'age à mesure qu'ils grandissent.

Ainsi, aucune donnée fiable ne permet de conclure que l'intelligence humaine est train de régresser. On peut néanmoins affirmer que les scores de QI progressent plus lentement qu'avant et qu'ils sont peut-être en train d'atteindre un plafond. Et dans ces conditions, il est tout à fait normal que de petites fluctuations statistiques donnent lieu à des diminutions apparentes ponctuelles.

Finalement, on peut penser que nous sommes simplement en train d'atteindre les limites de nos capacités cognitives, tout comme nous sommes sans doute aussi en train d'atteindre les limites de notre taille (celle-ci se stabilise depuis quelques années), de nos performances sportives (les nouveaux records ne dépassent désormais que d'une fraction infime les précédents), de notre longévité (elle plafonne désormais aux alentours de 83 ans), etc... Et cette stabilisation observée dans ces autres domaines n'inquiète personne car chacun sait que la physiologie humaine a des limites. Pourquoi en serait-il autrement pour nos capacités intellectuelles ?


Inspiré des travaux de Franck Ramus, de Ghislaine Labouret et de Laurent Cohen.



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