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(Mise à jour: Mars 2018)

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Robots humanoïdes : des emplois en danger ?


Sophia est la première robote citoyenne de l'Arabie Saoudite.Récemment, l'Arabie Saoudite a présenté au monde entier sa première robote citoyenne : Sophia. Ainsi, cet être cybernétique, dépourvu d'émotions et de conscience, s'est vu attribuer autant de droits que les femmes et les hommes saoudiens, voire davantage... En effet, Sophia n'est pas obligée de se promener avec un chaperon sur la tête.

De fait, ce pays pourtant très conservateur apparaît comme un état moderne, innovant et pionnier en matière de droit à la citoyenneté des robots.
Pourtant, ce progrès affiché cache une réalité bien plus sombre et inquiétante, basée avant tout sur une logique économique...


Sur quel plan économique repose l'expansion des robots humanoïdes?

L'économie actuelle de l'Arabie Saoudite repose en partie sur l'exploitation de plusieurs millions d'ouvriers étrangers travaillant dans les secteurs des travaux publics, du bâtiment, du service à la personne et du nettoyage. Et bien que ces employés n'aient quasiment aucun droit civique et soient très mal payés, ils représentent tout de même un coût pour les entreprises qui les exploitent. En outre, la quantité de tâches qu'ils peuvent exécuter en tant qu'humains reste limitée.

Ainsi, les êtres cybernétiques hautement sophistiqués comme Sophia et dotés d'une intelligence artificielle très développée vont désormais pouvoir remplacer les employés humains du tertiaire, dans les services au client, dans le nettoyage, dans l'aide à la personne, etc... et accomplir davantage de tâches sans jamais se fatiguer.


Quelles seront les conséquences sur cette main-d'œuvre pourtant bon marché?

Pour bien comprendre les conséquences de l'arrivée massive des robots humanoïdes dans le monde du travail, on peut se pencher sur l'histoire du sud des Etats-Unis, notamment dans les années 1940, lorsqu'apparurent les premières machines dans le monde agricole : jusqu'alors, les plantations de coton étaient exploitées par des descendants d'esclaves, payés une misère et exécutant des tâches laborieuses. Or, lorsque les moissonneuses motorisées sont apparues, toute cette main-d'œuvre pourtant bon marché a été rapidement remplacée par ces nouvelles machines.
Ainsi, plusieurs millions de Noirs Américains ont dû migrer vers le nord des Etats-Unis, en quête de travail. Mais seul un cinquième d'entre eux ont réussi de retrouver un emploi. Les moins chanceux se sont alors agglutinés dans des ghettos devenus de plus en plus nombreux au sein des grandes métropoles.

En somme, ces Noirs Américains sont passés du statut d'exploités au statut d'inutiles. Et c'est bien ce qui risque d'arriver aux étrangers travaillant actuellement en Arabie Saoudite. Puis, à plus long terme, l'expansion des robots travailleurs devrait toucher la plupart des pays développés, risquant alors de provoquer une vague de chômage de masse.
Car si l'on ne compte actuellement que 4 millions de robots en service dans le monde, ils devraient être environ 31 millions d'ici 2019 ! C'est pourquoi la Commission européenne commence à anticiper l'essor de ces produits cybernétiques, notamment en créant un cadre juridique afin de protéger au mieux les travailleurs et les consommateurs. Cela dit, la tâche reste compliquée...


Inspiré des travaux de Sébastien Bohler et de Jeremy Rifkin.



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