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Blue Whale Challenge : le défi qui tue


Le Blue Whale Challenge est un jeu de défis particulièrement dangereux qui sévit actuellement sur le web et risque d'être fatal pour les adolescents les plus fragiles.Les adolescents ont toujours pratiqué des jeux dangereux, mais leur violence s'est accrue depuis une vingtaine d'années. Sans compter qu'à l'ère d'internet et des réseaux sociaux, leur propagation est beaucoup plus rapide et plus ample.

Ainsi, le dernier jeu qui sévit sur le web depuis quelques mois s'appelle le Blue Whale Challenge. Il consiste à réaliser 50 défis de plus en plus risqués et violents, le dernier étant de se donner la mort.
Généralement, c'est le participant qui initie le jeu en postant certains mots-clés sur son profil Facebook. Il est alors contacté par un "tuteur" anonyme qui lui lance les défis.


Qu'est-ce qui pousse les jeunes à participer à ce type de jeux ?

On aurait tendance à penser que ce sont des envies suicidaires qui motivent ces jeunes à jouer au Blue Whale Challenge, mais pour la grande majorité ce n'est pas le cas. En fait, plusieurs raisons conduisent ces adolescents à participer à ce jeu de défis:

  • Un besoin d'émancipation: certains adolescents sont particulièrement sensibles au sensationnel et à l'image de soi. Pour eux, expérimenter l'interdit et le danger devient un besoin essentiel. En effet, ces conduites leur permettent de se différencier des adultes et de gagner leur indépendance.

  • Un besoin d'être admiré: les adolescents ont tendance à vouloir prouver qu'ils sont capables de réaliser des exploits, le but étant de se sentir exister aux yeux des autres. Ces jeunes vont donc rechercher des sensations extrêmes, et peu importe qu'elles soient agréables ou déplaisantes, ce qui compte, c'est qu'elles soient intenses.

  • Un besoin identitaire: les jeunes en pertes de repères identitaires sont particulièrement vulnérables à ce type de conduites à risque. Plus précisément, réaliser des défis dangereux, braver la mort, est un moyen pour eux de vaincre leurs peurs et améliorer leur estime de soi. Ainsi, ils ont tendance à s'inventer une vie et des capacités extraordinaires.

Ainsi, même si ces jeunes ne sont pas suicidaires, ils restent très vulnérables. D'ailleurs, tous ne parviennent pas à s'arrêter avant le défi ultime. En effet, les joueurs se retrouvent pris dans un engrenage dont ils ne parviennent pas à sortir.


Le mode opératoire du Blue Whale Challenge est-il comparable aux techniques d'endoctrinement?

L'engrenage mis en place par le Blue Whale Challenge rappelle effectivement celui des sectes, notamment avec l'utilisation des techniques d'endoctrinement suivantes:

  • La perte de discernement: le joueur est progressivement épuisé par des réveils réguliers en pleine nuit, ce qui fragile son état mental et altère son discernement.

  • Une occupation permanente: le participant est constamment occupé (en l'occurrence par des défis), ce qui ne lui laisse aucun moment pour exercer son esprit critique.

  • Un conditionnement basé sur des récompenses et des punitions: le tuteur (ou gourou) et la communauté exercent une véritable pression sur le joueur. Ainsi, les encouragements poussent ce dernier à accomplir des défis de plus en plus dangereux, tandis que les critiques acerbes en cas de doute incitent à la surenchère.

  • Le sentiment d'affiliation: le sentiment d'identité et d'appartenance au groupe est renforcé par l'utilisation d'un langage codé et mystérieux, mais aussi par la tendance à se conformer aux autres membres du groupe.

Ainsi, les jeunes participants risquent de se couper progressivement du monde extérieur et de se perdre dans une dynamique aussi puissante que macabre.


Inspiré des travaux de Grégory Michel, de Jean-Marie Abgrall et de Roger Caillois.



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