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Bienvenue dans l'ère de la post-vérité...


"La vérité, ce n'est plus un fait, c'est une opinion." Thomas HuchonLes temps actuels sont particulièrement marqués par la circulation de fausses informations, notamment sur les réseaux sociaux.
Le plus regrettable est que certains leaders politiques sont parfois à l'origine de ces informations fantaisistes. Ce fut récemment le cas, par exemple, de Donald Trump au cours de la dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis, ou encore du gouvernement espagnol qui, plutôt que de reconnaître une fuite des chercheurs à l'étranger en raison de nombreuses coupes budgétaires, a affirmé que ces départs visaient à nouer des collaborations fructueuses à l'international.

Or, ces fausses informations influencent les opinions publiques. En effet, une partie de la population semble accorder de moins en moins d'importance à la réalité objective, et ont donc tendance à dévaloriser la vérité. Si bien que certains experts parlent désormais d'ère de la post-vérité.


Comment expliquer ce phénomène?

Plusieurs facteurs semblent être impliqués dans l’émergence de l'ère de la post-vérité. En voici les principaux:

  • Le biais de confirmation: Il s'agit d'une tendance naturelle à privilégier les informations qui confortent nos croyances. Aussi, notre capacité à raisonner semble déterminée par notre besoin d'avoir raison et de convaincre.

  • La montée de l'individualisme: L'expression et l'opinion personnelle est fortement valorisée dans les sociétés individualistes. De fait, la vérité et la mémoire sont plus perçues comme des biens privés, que comme des éléments partagés. Or, un tel contexte sociopolitique tend à conforter le droit à conserver une opinion, même si celle-ci apparaît erronée pour la majorité.

  • La diffusion des fausses informations sur internet: Les nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux, facilitent grandement le partage et la diffusion d'informations erronées. Sans compter que les algorithmes "personnalisés" favorisent l'apparition de communautés de plus en plus hermétiques. Or, cela tend à renforcer et à radicaliser les opinions de leurs membres.

Tout cela est accompagné d'une défiance vis-à-vis des médias et des experts, c'est-à-dire des dispensateurs légitimes de faits. Si bien que le faux tend à devenir omniprésent. Par conséquent, la vérité, étouffée dans cette masse de faux, perd tout son pouvoir prescripteur.


Peut-on lutter contre la post-vérité?

Les initiatives pour rétablir la vérité et tenter d'endiguer ce phénomène se multiplient. Ainsi, les décryptages, les correctifs, les fact checking, etc... contribuent à dénoncer la désinformation. Mais, ce faisant, ils tendent à renforcer l'importance accordée aux informations erronées. De plus, les personnes qui adhèrent à ces fausses croyances peuvent se sentir attaquées dans leurs convictions et risquent d'interpréter ces correctifs comme un moyen de les faire taire. Ainsi, plutôt que de changer l'opinion de ces personnes, ces interventions risquent au contraire de renforcer leurs convictions.

Finalement, même s'il est toujours indispensable de rétablir la vérité quoi qu'il arrive, des méthodes plus classiques comme éduquer à la pensée critique dès l'école, gagner la confiance par la rigueur, rester impartial en toutes circonstances, rétablir une distinction nette entre réalité et fiction... semblent être plus efficaces, en tout cas sur le long terme.


Inspiré des travaux de Sebastian Dieguez, de Hugo Mercier, de Henri Santos, de Walter Quattrociocchi et de Françoise Lavocat.



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