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Quand les sciences du comportement se mettent au service du bien public...


Le nudge est une solution simple et peu coûteuse, inspirée des sciences comportementales, pour améliorer les politiques publiques.Inciter les citoyens à adopter les bons comportements sans pour autant mettre en place un système d'incitations matérielles, de sanctions et de contrôles : voilà tout l'intérêt des sciences comportementales dans les politiques publiques. En effet, les méthodes inspirées du comportement humain, appelées nudges, s'avèrent souvent plus efficaces et moins onéreuses que les contrôles et les amendes.

D'ailleurs, des agences d'innovations comportementales existent déjà dans de nombreuses métropoles comme New York, Sydney, Londres ou Singapour. En France, même si cette idée commence à émerger avec le Secrétariat pour la modernisation de l'action publique, il n'existe encore aucun service dédié aux innovations comportementales.


En quoi consiste ces innovations comportementales?

Le principe des agences de politiques publiques basées sur le comportement humain est de trouver des solutions fondées sur la volonté des gens de se comporter moralement, pour résoudre des problèmes très concrets tels que: réduire la consommation d'eau, recycler les déchets, éviter les retards de paiement de l'impôt, les retards des parents à la sortie des écoles, etc... Car ces problèmes, en apparence sans gravité, sont en réalité très coûteux pour les municipalités.

D'ailleurs, les contrôles et les sanctions s'avèrent souvent inefficaces. C'est le cas, par exemple, du retard des parents à la sortie des crèches et des écoles. En effet, une étude a révélé que la mise en place d'un système d'amende n'a fait qu'augmenter les retards! Cela s'explique principalement par le fait qu'en payant une amende, les parents retardataires avaient le sentiment de compenser leur retard et ne se sentaient plus coupables vis-à-vis du personnel. Cette méthode s'est donc avérée coûteuse en terme de gestion du personnel et d'heures supplémentaires, et par conséquent inefficace pour tout le monde.

Heureusement, des solutions simples et peu onéreuses sont possibles. Ainsi, pour reprendre le cas des crèches, une solution consisterait à afficher un bilan hebdomadaire informant, par exemple, que 95% des parents sont arrivés à l'heure et ont ainsi respecté le personnel. D'ailleurs, ce type de méthode, basée sur la tendance naturelle des humains à coopérer et sur leur sensibilité à la norme sociale, s'est déjà montré efficace dans le domaine fiscal en Grande-Bretagne. En effet, le simple fait d'informer les contribuables que la plupart des habitants de leur ville avaient déjà payé leurs impôts a permis d'augmenter le taux de paiement de 15%!


Comment l'efficacité des réponses proposées est-elle mesurée?

Il est très difficile de prévoir la réactions des citoyens face à une nouvelle politique. En effet, le comportement humain est très complexe. Il est donc essentiel d'évaluer au préalable les effets d'un nouveau dispositif. Ainsi, la mise en place d'une nouvelle politique publique doit se rapprocher des méthodes expérimentales, c'est-à-dire:

  • Mettre en place des essais randomisés contrôlés en tirant au sort des individus, des territoires, des structures, etc... pour y appliquer, soit la nouvelle politique basée sur les sciences du comportement, soit la politique standard.
  • Evaluer et comparer l'efficacité de chaque politique.
  • Adopter la nouvelle politique si elle s'avère efficace et si son rapport coût/bénéfice est satisfaisant.

En France, ce type d'innovations comportementales intéresse de plus en plus les pouvoirs publiques. Finalement, une agence de politiques publiques basées sur le comportement humain verra peut-être le jour prochainement, à l'instar d'autres grandes villes à l'étranger...


Inspiré des travaux de Coralie Chevallier et de Nicolas Baumard.



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