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L'anorexie ou le plaisir de maigrir


L'anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire qui reposerait davantage sur une addiction à la maigreur que sur une peur de grossir.L'anorexie est une pathologie mentale qui a longtemps été associée à une peur de grossir. Aujourd'hui, cette conception est remise en question. En effet, ce trouble du comportement alimentaire reposerait surtout sur un plaisir intense de maigrir, au point de provoquer une addiction à la perte de poids.

Ainsi, l'approche thérapeutique de l'anorexie mentale, qui s'apparentait jusqu'alors au traitement des phobies, devrait finalement se rapprocher du traitement des addictions comportementales telles que les jeux d'argent, les achats compulsifs, etc...


Mais d'abord, quelles sont les caractéristiques de l'anorexie mentale?

L'anorexie est une trouble grave du comportement alimentaire, peu fréquent (moins de 0,5% de la population), qui touche principalement les jeunes filles âgées de 13 à 25 ans. Aussi, différents facteurs sont impliqués dans cette maladie:

  • Les facteurs psychiques: l'anorexie mentale s'accompagne souvent de divers troubles psychiques tels que le stress, l'anxiété et la dépression. En outre, les anorexiques manifestent une tendance au perfectionnisme, à l'hypercontrôle de leurs émotions, à éviter le moindre danger et présentent une faible flexibilité cognitive (c'est-à-dire une difficulté à changer d'idée ou de pensée). Enfin, les patientes souffrant d'anorexie ont la particularité de préférer renoncer à une récompense immédiate pour obtenir une récompense différée, même si le gain est minime. Par exemple, le plus souvent, elles préfèrent obtenir 20 euros dans un an plutôt que 10 euros immédiatement.

  • Les facteurs génétiques: certains gènes rendraient vulnérable à l'anorexie. C'est notamment le cas d'un gène codant un récepteur des œstrogènes (des hormones sexuelles) et le gène du BDNF (brain-derived neurotrophic factor) qui agit sur le développement des neurones.

  • Les hormones: le taux de certaines hormones impliquées dans la prise alimentaire et la sensation de faim (notamment la ghréline et la leptine) est anormal chez les anorexiques. En outre la dopamine, qui est un neurotransmetteur impliqué dans la sensation de plaisir et l'addiction, interviendrait également dans la régulation de la conduite alimentaire.

D'ailleurs, en ce qui concerne ce dernier point, il est important de noter que les femmes anorexiques développent souvent des addictions (par exemple, une dépendance à la nicotine). Aussi, des chercheurs commencent à envisager l'anorexie davantage comme une addiction à la maigreur plutôt que comme une peur de grossir.


Les anorexiques seraient donc addictes à la privation?

De récentes études ont montré que, contrairement à ce qui était suggéré jusqu'alors, les anorexiques estiment correctement le poids des silhouettes de corps féminins, et que leur réaction à la vue d'images de personnes avec un poids normal ou en surpoids est similaire aux personnes non anorexiques. Cependant, leur réaction face à l'image de personnes maigres diffère de la norme. En effet, les anorexiques ressentent de fortes émotions positives à la vue de la maigreur.

Ainsi, contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à maintenant, la perception du poids et du corps n'est pas altérée chez les anorexiques, et la peur de l'obésité semble inexistante. Finalement, l'anorexie se caractériserait surtout par une attirance vers la maigreur et non par un évitement du surpoids.
Ce constat conduit à penser que l'anorexie mentale ne devrait plus être considérée comme une pathologie appartenant au registre de la phobie, mais plutôt comme une addiction comportementale. Par conséquent, le traitement et la prise en charge thérapeutique devraient être entièrement révisés.


Inspiré des travaux de Philip Gorwood, de Philibert Duriez, d'Aurore Guy-Rubin, de Hans-Christoph Friederich et de Georg Grön.



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