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L'effet spectateur ou l'immobilisme face au danger


Le nombre de témoins d'une scène d'agression ou d'une situation d'urgence influence la tendance à réagir et à poter secours. C'est l'effet spectateur (ou effet témoin).Parmi les faits divers relatifs aux agressions, un certain immobilisme de la part des témoins est souvent rapporté. Même si cette indifférence est déconcertante, il s'agit en fait d'un phénomène assez courant qui porte un nom: l'effet spectateur (ou effet témoin).

Plus précisément, en situation d'urgence, certains facteurs favorisent ou inhibent notre tendance à porter secours ou à nous protéger.


Quels sont les facteurs susceptibles de nous rendre indifférent au danger?

L'immobilisme en situation d'urgence ou le fait de ne pas venir en aide à une personne en danger repose sur plusieurs mécanismes psychologiques, dont voici les principaux:

  • La dilution de notre sentiment de responsabilité: lorsque nous sommes en groupe, nous avons tendance à déléguer de façon instinctive la responsabilité à autrui en supposant que celui-ci sera plus compétant pour prendre le contrôle de la situation.

  • La crainte de mal évaluer le danger: nous redoutons d'être jugés négativement par les autres en cas de mauvaise interprétation de la situation. Aussi, nous avons tendance à observer les comportements des autres avant d'agir. Or, cette attitude ralentie la détection d'un danger et tend à inhiber les comportements d'entraide.

  • Notre incompétence en matière de secourisme: le fait de ne pas disposer de formation médicale ou de secourisme inhibe l'action d'entraide directe. En effet, il est plus facile d'appeler la police ou le samu, plutôt que d'agir soi-même lorsqu'on ignore les gestes de premiers secours.

  • La proximité avec la victime: nous portons moins facilement assistance aux personnes que nous ne connaissons pas.

Ainsi, plus nous sommes nombreux, plus nous avons tendance à ne rien faire, surtout si les autres ne font rien. Et cette attitude vaut également lorsqu'il s'agit de notre propre intégrité physique. En effet, une étude à montré que suite à l'apparition de signes indiquant un incendie (par exemple, une fumée blanche), seules 10% des personnes qui étaient présence de deux individus non réactifs déclenchaient l'alarme, contre 75% des personnes qui étaient seules!


Y a-t-il un lien entre la personnalité et l'inclination à porter secours?

Nous sommes tous susceptibles de faire preuve d'immobilisme en situation d'urgence. En effet, il n'existe aucun lien entre la personnalité et la propension à venir en aide. Par ailleurs, l'effet spectateur semble pouvoir s'observer au niveau de notre cerveau. En effet, des études en neuro-imagerie ont montré que l'activité de certaines régions cérébrales impliquées dans l'attention, la perception et la prise de décision, se modifie en fonction du nombre de témoins.

Finalement, l'incapacité de se décider et d'agir en situation d'urgence pourrait être une sorte de stratégie mise en œuvre par notre cerveau qui consisterait à se figer pour éviter de gérer trop d'informations en peu de temps.


Inspiré des travaux de Daniela Ovadia, de John Darley, de Bibb Latané, de Ruud Hortensius et de Beatrice de Gelder.



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