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(Mise à jour: Avril 2015)

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La phobie : un terme employé de façon abusive


Il existe de plus en plus d'abus de langage avec le terme phobie, qui est tantôt associé à une peur normale, tantôt à la haine.Aujourd'hui, le suffixe phobie est associé à toutes sortes de peurs, voire à de l'hostilité. Ainsi, on parle désormais de coulrophobie (la peur des clowns), de mysophobie (la peur de la saleté), de sélénophobie (la peur de la lune), mais également d'islamophobie, d'homophobie, etc...
En somme, le terme phobie semble de plus en plus utilisé sans discernement, c'est-à-dire, sans faire la part des choses entre réaction de peur irrationnelle, réaction de peur naturelle et hostilité.


Comment faire la différence entre peur et phobie?

La phobie peut se définir comme la peur démesurée d'un objet, d'une personne ou d'une situation. Aussi, cette peur est ressentie avec violence et se traduit par un évitement systématique de l'objet ou de la situation phobique. En théorie, il est possible de développer une phobie pour n'importe quoi. En effet, à partir du moment où un objet est associé à une émotion traumatisante, il peut devenir phobique.

Toutefois, ce terme phobie est employé de plus en plus souvent pour psychiatriser des petits malaises psychiques. Par exemple, il est plus facile de se dire victime de mysophobie que de reconnaître que l'on est simplement un obsédé du nettoyage. De même on a pu observer récemment l'emploi abusif de ce terme psychiatrique dans le but de se déresponsabiliser, notamment avec la phobie administrative de Thomas Thévenoud.
Le terme phobie est également de plus en plus utilisé pour mentionner des peurs qui ne sont pas si problématiques, voire qui peuvent être tout à fait naturelles. Par exemple, la peur du clown ou du Père Noël chez l'enfant semble plutôt saine, dans la mesure où elle fait référence à la peur d'un inconnu déguisé. Ce n'est que dans le cas où cette peur devient démesurée, ou se maintient à l'âge adulte, qu'elle devient effectivement problématique.

En somme, deux critères essentiels doivent être pris en compte pour qualifier un comportement de phobique:

  • L'absence d'un réel danger: le phobique ressent une peur intense en présence de l'objet ou de la situation phobique, alors qu'il n'est pas réellement en danger. Par exemple, une peur intense ressentie en présence d'un ver de terre peut être qualifiée d'irrationnelle.

  • L'ampleur de la réaction: en cas de danger réel, la réaction est excessive. Par exemple, en présence d'une guêpe, une réaction naturelle serait l'évitement, tandis qu'une réaction disproportionnée serait de hurler en fuyant.

Et qu'en est-il de la confusion entre phobie et hostilité?

Nous avons facilement tendance à confondre peur et hostilité, et cette confusion se retrouve dans le langage courant, notamment avec le mésusage du terme phobie. En effet, la xénophobie, l'homophobie, et plus récemment, l'islamophobie, se rattachent davantage à une forme d'intolérance, de préjugés et de discrimination, qu'à une peur viscérale.
Ainsi, plutôt que d'aider à combattre les préjugés et la haine raciale, l'utilisation des expressions psychiatriques à des fins politiques tendent plutôt à susciter l'incompréhension, la confusion et à générer des conflits...


Inspiré des travaux de Pascal de Sutter, de Christophe André et de Richard Heimberg.



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