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(Mise à jour: Mai 2014)

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Le retrait social total : un phénomène emergeant chez les jeunes


Les hikikomoris sont des adolescents qui se sont totalement repliés de la société. Cette pathologie a émergé au Japon.Depuis quelques années, un phénomène de repli social complet se répand chez les adolescents et jeunes adultes. C'est au Japon que les premiers cas de claustration pathologique ont été observés.
Plus précisément, il s'agit d'adolescents vivant reclus au domicile familial durant plus de six mois (souvent plusieurs années). Certains peuvent tout de même sortir quelques fois, le temps de faire une course.
Ces jeunes n'ont donc plus de vie sociale, scolaire, universitaire ou professionnelle. Les Japonnais ont nommé ce trouble psychologique hikikomori.

Aujourd'hui, de plus en plus de cas de hikikomori sont répertoriés à travers le monde et notamment en Espagne, aux États-Unis, en Italie et en France. D'autres cas semblent également exister en Australie, en Thaïlande, en Corée du sud ainsi qu'à Taïwan.


Y a-t-il un facteur déclencheur?

Même si cette pathologie est plutôt récente, quelques pistes sont avancées. Plus précisément, des facteurs d'ordre social, familial et culturel semblent intervenir dans le déclenchement du hikikomori:

  • Le facteur social: dans un contexte social où le chômage est en pleine croissance, la pression pour entrer dans le monde du travail est de plus en plus pesante. En outre les études coûteuses, souvent financées par les parents, tendent à accentuer encore davantage les attentes de la part de l'entourage de l'adolescent. Il risque alors de se sentir constamment obligé de satisfaire les attentes des autres.
    Ainsi, en se retirant du monde, il échappe à ses obligations trop pressantes.

  • Le facteur familial: les adolescents hikikomoris ont souvent été victime de rejet de la part de leur parents, mais aussi de leurs camarades. Plus précisément, au cours de leur enfance, ces individus ont développé un mode d'attachement non sécurisé à leurs parents. De fait, ils ne sont jamais parvenus à avoir confiance en l'adulte.
    Ainsi, à l'aube de l'entrée dans le monde des adultes, ces jeunes préfèrent se couper du monde.

  • Le facteur culturel: l'individualisme moderne semble également jouer un rôle notable. D'ailleurs, la société japonaise, fondée sur des valeurs collectivistes, a subit ces dernières années des changements profonds. Par exemple, la famille traditionnelle qui regroupait sous le même toit plusieurs générations compte aujourd'hui moins d'enfants, avec des parents travaillant tous les deux. Ainsi les interactions de l'enfant se retrouvent considérablement réduites.
    Cette mutation culturelle du Japon, plutôt brutale, explique au moins en partie pourquoi l'épidémiologie de l'hikikomori est plus élevée dans la société nippone.

En somme, la déconnexion opérée par l'hikikomori permettrait de gérer les inquiétudes liées à l'avenir. Par ailleurs, ces adolescents n'ont généralement pas conscience de leur condition anormale et ne souhaitent pas en changer.


Y a-t-il d'autres pathologies associées à l'hikikomori?

Effectivement, cette claustration excessive est parfois associée à d'autres troubles mentaux. Dans ce cas, on parle d'hikikomori secondaire (contrairement à l'hikikomori primaire qui lui, ne compte pas de pathologie associée). Parmi les éventuels troubles psychiatriques concomitants, des cas de dépression grave, de trouble obsessionnel, de trouble délirant persistant et même de schizophrénie (bien que l'hikikomori soit défini comme un trouble non psychotique), ont été rapportés.

Enfin, bien que le hikikomori soit un phénomène complexe et encore trop récent pour comprendre précisément les mécanismes qui le sous-tendent, il est, depuis peu, très médiatisé au Japon.


Inspiré des travaux de Marc Gozlan, de Serge Tisseron, d'Alexander Krieg et Jane Dickie.



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