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La définition de Wallon


Henri Wallon, philosophe, médecin et homme politique (1879-1962).Henri Wallon est un philosophe, médecin et homme politique français. Il est né à Paris, en 1879. Il est mort en 1962.


Le parcours de Wallon

Élève à l'École normale supérieure, Wallon obtient l'agrégation de philosophie en 1902. Ensuite, il entreprend des études de médecine, qu'il achève en 1908 avec une spécialité de neurologie. L'influence des neurosciences a guidé la conception de sa thèse sur L'enfant turbulent. Cet ouvrage, fut publié en 1925, après avoir subi de profonds remaniements suscités par l'expérience en pathologie cérébrale acquise durant la guerre.
Dans les années 1930, ses responsabilités s'amplifient et se diversifient. aussi, en tant que neuropédiatre, il affirme son intérêt pour la psychologie fondamentale comme science biologique en fondant le Laboratoire de psychobiologie de l'enfant. Dans le même temps, il exerce des fonctions influentes dans les cercles d'Éducation nouvelle. Il publie plusieurs ouvrages, durant cette période, parmi lesquels Les origines du caractère chez l'enfant (1934). Ce livre propose une conception originale du développement social de l'enfant, où l'émotion occupe la place capitale. D'ailleurs, Wallon en fait la base de son enseignement au Collège de France lorsque est créée pour lui, en 1937, la chaire de psychologie et éducation de l'enfant.
La Seconde Guerre mondiale déclenche son engagement politique en tant que marxiste. Il devient alors secrétaire général de l'Éducation nationale, député de Paris, président de la Commission de réforme de l'enseignement en 1946. On lui doit l'expérience pilote des classes nouvelles dans les lycées et la création de la psychologie scolaire. C'est aussi durant cette période que paraissent ses principaux ouvrages consacrés à sa conception de l'évolutionnisme et du développement cognitif: L'évolution psychologique de l'enfant (1941), De l'acte à la pensée (1942) et Les origines de la pensée chez l'enfant (1945). Enfin, il fonde un an avant de se retirer, en 1948, la revue Enfance.


L'influence de Darwin et du Marxisme

Wallon offre une perspective intégrant l'évolutionnisme de Charles Darwin et l'évolutionnisme sociologique marxiste. D'ailleurs, il est le premier des psychologues francophones de son temps à adhérer à la grande révolution darwinienne sur la définition du milieu. Selon sa conception, le premier milieu des vivants est le milieu des autres vivants et non le milieu physique, ce qui constitue une différence radicale avec l'idée de Jean Piaget, pour qui l'adaptation au monde physique précède l'adaptation au monde social, ce qui motive leurs plus profonds désaccords.
Pour Darwin, ainsi que l'explique Georges Canguilhem (1952), « le rapport biologique fondamental est un rapport de vivants à d'autres vivants [...]. Le premier milieu dans lequel vit un organisme, c'est un entourage de vivants, qui sont pour lui des ennemis ou des alliés, des proies ou des prédateurs. » Darwin pense la vie en termes d'interdépendance et, sous son influence, Wallon définit le milieu vivant comme le milieu primordial pour l'être humain.
Mais la dette de Wallon à l'égard des options de Darwin s'arrête là. C'est sur l'examen critique du darwinisme par les biologistes marxistes des années 1930 à 1950 que Wallon organise sa propre conception de l'évolution et, donc, de l'adaptation. Selon l'analyse marxiste, il faut marquer, pour les humains, une spécification du concept darwinien d'interdépendance entre êtres vivants. Pour la survie de l'espèce humaine, et son évolution, la solidarité est plus vitale que la compétition. Cette vision s'impose d'autant plus à Wallon qu'il considère l'immaturité biologique de l'enfant humain, longtemps incapable de subvenir seul à ses besoins essentiels et sans moyens d'action sur les choses qui l'environnent: « C'est donc par des échanges interindividuels que s'ouvre sa vie, et ces rapports devancent de loin les rapports avec le monde physique. » Le milieu humain constitue de ce fait un relais initial, médiatisant les rapports du nourrisson avec le monde physique : c'est le premier milieu auquel le bébé humain doit s'adapter. Wallon complète sa conception du milieu de l'homme en intégrant les analyses de Karl Marx et de Friedrich Engels sur le rôle de la production dans le développement des sociétés humaines. La production est vue comme une caractéristique décisive de l'espèce, qui crée ainsi ses propres moyens d'existence et, par la même, son propre monde, un monde technique superposé au monde physique. Or, en agissant sur la nature en dehors de lui, l'homme se modifie lui-même. Ainsi, en prenant en compte l'historicité du milieu humain, Wallon conçoit l'ontogenèse comme le véhicule de la psychogenèse de l'espèce. De fait, il en vient à considérer les conditions symboliques et idéologiques comme un milieu pour l'homme.


Le rôle de l'émotion

Durant les premiers mois de la vie du nourrisson, son incapacité à assouvir aucun des besoins les plus essentiels contraste avec la maturation précoce de ses manifestations affectives. En effet, les premiers signes observables de vie psychique sont émotionnels. Par l'intermédiaire des réactions qui l'expriment, l'émotion du bébé devient l'émotion de l'entourage, et inversement, sans qu'il soit besoin d'un autre motif que ces réactions elles-mêmes, car l'émotion établit une communion interindividuelle immédiate en dehors de toute relation intellectuelle. Les signaux émotionnels constituent donc un système d'expression précoce, propice à l'instauration d'un dialogue de type fusionnel.
Cinquante ans plus tard, c'est en ces mêmes termes qu'on décrit les compétences sociales précoces du bébé. Ainsi, les capacités d'expression et de discrimination des émotions militent en faveur de l'hypothèse wallonienne d'un système biologique de communication très précocement fonctionnel.


Les stades du développement de l'enfant

Dans l'Enfant turbulent, Wallon utilise l'étude des déficiences mentales sévères comme moyen pour rechercher les étapes par lesquelles se constitue la vie mentale. Cette utilisation de la pathologie est fondée sur l'hypothèse d'une continuité entre le développement pathologique et le développement normal, qui continue de se montrer féconde aujourd'hui. Wallon dégage ainsi une succession de stades. Parmi eux on peut relever le stade émotionnel, situé entre 3 et 9 mois, avec un apogée à 6 mois.


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