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La définition de Tranquillisant


Un tranquillisant est un médicament appartenant généralement à la famille chimique des benzodiazépines. Les tranquillisants sont destinés à lutter contre l'anxiété. Toutefois ils sont susceptibles de donner lieu à un usage abusif, voire toxicomaniaque.


Les caractéristiques des tranquillisants

Le terme tranquillisant a été consacré en France par la classification de Jean Delay et Pierre Deniker. Aujourd'hui, il semble préférable de parler de tranquillisants mineurs, afin d'éviter toute ambiguïté avec la nomenclature anglo-saxonne, qui confond, sous le terme de tranquillisant les neuroleptiques et les substances dont il est question ici.
Le principal symptôme visé par la prescription de tranquillisants étant l'anxiété, on parle souvent de médicaments anxiolytiques. Il se dégage en fait deux effets thérapeutiques complémentaires: un effet anxiolytique et un effet sédatif. Une classification de ces médicaments est basée sur une prévalence de l'une ou de l'autre de ces deux actions principales. Le plus souvent, deux grandes classes de substances sont utilisées pour leurs propriétés anxiolytiques: les benzodiazépines et les carbamates. On s'accorde généralement à classer aussi parmi les tranquillisants des médicaments appartenant à d'autres groupes pharmacologiques, parmi lesquels certains neuroleptiques, les antihistaminiques, la morphine, les ss-bloquants et même l'éthanol, dont le profil d'action est tout à fait superposable à celui des benzodiazépines. D'ailleurs, il est clair que son utilisation chez l'homme est parfois liée à la recherche d'un effet anxiolytique.
S'il existe une hétérogénéité chimique des médicaments tranquillisants, on peut définir cependant certains points d'impact pharmacologiques:

  • À doses élevées: les tranquillisants exercent un effet sédatif qui se manifeste par une diminution de l'activité locomotrice des animaux et une potentialisation des dépresseurs du système nerveux central. Toutes ces substances, mais plus particulièrement les benzodiazépines, exercent des effets anticonvulsivants faciles à mettre en évidence.

  • À doses faibles ou modérées: les benzodiazépines et, à un moindre degré, le méprobamate exercent des effets qui paraissent plus en rapport avec leur activité thérapeutique. Chez l'animal, on peut citer deux tests où un tel effet anxiolytique est évalué. Dans le premier test, on assiste à une suppression de la réponse émotionnelle conditionnée. Les animaux, au cours d'un tel conditionnement, ne peuvent continuer leur activité normale lorsque le stimulus (visuel ou auditif), dit conditionnel, les avertit de l'imminence d'une punition inéluctable (par exemple, un léger choc électrique non douloureux sur les pattes). Sous l'influence des tranquillisants, ces animaux peuvent poursuivre normalement leur activité. L'autre test concerne l'inhibition du comportement suppressif. Ainsi, lorsque l'on crée chez l'animal une situation conflictuelle (partage entre désir d'une récompense et peur d'une punition), la peur de la punition peut entraîner une suspension de toute activité. Sous l'influence des tranquillisants, l'animal reprend une activité sans que l'on puisse affirmer qu'il s'agisse d'une sous-estimation de la punition ou d'une surestimation de la récompense.

L'usage et le mésusage des tranquillisants

La consommation d'un tranquillisant à la posologie prescrite, sans que cette dose soit augmentée dans le temps, mais sans non plus que cette consommation puisse être arrêtée pour autant, est aujourd'hui considérée comme normale dans notre société. Cette prolongation indue est surtout liée à une incapacité à s'arrêter du fait du manque, dont les signes cliniques, rarement graves, sont aussi inconfortables que nombreux (insomnie d'endormissement puis réveils multiples dans la nuit, cauchemars, anxiété, irritabilité, nervosité, tristesse, impressions de déjà vu, flashs hypermnésiques, incoordination motrice, pertes d'équilibre, céphalées, vertiges, nausées, anorexie, douleurs abdominales, hypersensitivité, photophobie, hyperosmie, goût bizarre dans la bouche, etc...). En fait, l'insomnie et l'anxiété peuvent être simplement dues à la réapparition de manifestations que masquait la prise de benzodiazépines.
Ces manifestations de manque apparaissent une fois le médicament éliminé. Ainsi, ils peuvent survenir parfois au bout d'une semaine après sevrage complet en cas d'utilisation prolongée d'une molécule éliminée lentement de l'organisme. Cependant, il est habituel d'observer ce type de syndrome de sevrage plus fréquemment avec les molécules dont l'élimination est rapide. Ses manifestations sont alors plus sévères. C'est probablement pour cette raison que ces molécules sont réputées plus addictives.
L'usage toxicomaniaque, à des doses croissantes, est caractérisé par l'instauration d'une tolérance. Dans ce cas, les doses thérapeutiques peuvent être multipliées par vingt, voire cinquante, certains individus passant leur temps à consulter un grand nombre de médecins pour s'approvisionner. Le syndrome de sevrage est alors généralement sévère. Toutefois, ces cas sont rares. En effet, les toxicomanes utilisent plutôt les benzodiazépines comme de simples adjuvants, associées à de l'alcool ou des drogues illicites, ou, souvent aussi, pour faciliter une période de sevrage volontaire ou involontaire en opiacés.


Les raisons de stopper un traitement par tranquillisants

Même en cas d'usage thérapeutique normal, la dépendance peut apparaître précocement, en moins d'une semaine. Elle explique probablement des consommations anormalement prolongées de benzodiazépines, portant sur plusieurs années. Aussi, les raisons d'interrompre un traitement par tranquillisants sont nombreuses:

  • Des raisons philosophiques ou écologiques: il s'agit de vivre libre.
  • L'inefficacité de la pratique: certains individus pérennisent le traitement depuis des années alors qu'ils se sentent psychologiquement toujours aussi mal, et les médecins renouvellent imperturbablement la prescription.
  • L'inconfort: il s'agit des effets secondaires neuropsychiatriques et somatiques tels que les apnées du sommeil avec accidents cardiovasculaires, les accidents de la circulation routière par endormissement au volant, la dépression, l'amnésie.
  • L'inutilité: le malade est guéri, mais il ne le sait pas et il n'ose pas arrêter sa consommation bien que la pathologie traitée soit d'évolution très transitoire et que le traitement ne soit plus nécessaire.
  • Le diagnostic incorrect ou incomplet: le traitement est alors inefficace, voire dangereux. C'est le cas, par exemple, dans la dépression ou le syndrome d'apnées du sommeil des ronfleurs pathologiques.
  • La prudence: il peut s'agir du désir de grossesse, ou des interrogations quant aux effets d'un médicament pris à très long terme.
  • Conserver le moins toxiques des produits utilisés dans un cadre de polytoxicomanie ou d'alcoolisme: la position classique faisant contre-indiquer la prescription de tranquillisants aux toxicomanes est critiquable. En effet, si leur usage doit effectivement rester prudent chez des individus susceptibles de développer une addiction, les tranquillisants peuvent parfois avantageusement remplacer l'alcool ou la drogue. Tout passage d'une drogue illicite à une drogue licite constitue déjà un gain. De plus, il est évident que les inconvénients des tranquillisants sont négligeables par comparaison avec ceux de la majorité des drogues illicites.
  • Maintenir un équilibre précaire: notamment chez une personne âgée utilisant de faibles doses de tranquillisants depuis des années, sans problèmes.

L'arrêt d'un traitement par tranquillisants

Le sevrage doit intervenir le plus précocement possible. Cette position est raisonnable sur le plan pratique, même si elle n'est pas réellement fondée objectivement. La dépendance parfois décrite n'est pas liée au temps d'administration du traitement de façon directe. En effet, c'est parce qu'ils développent des réactions de sevrage à chaque tentative d'interruption du traitement que certains individus deviennent des consommateurs chroniques, faute de pouvoir s'arrêter sans ressentir des troubles souvent désagréables.
Cependant, il est évident que, pour des raisons comportementalistes aussi bien que pharmacologiques, plus le conditionnement à l'anxiolyse et au sommeil chimique est ancien, plus le renforcement est important et plus il sera difficile à modifier. Si l'arrêt précoce du traitement ne représente pas une garantie totale, puisque certaines dépendances surviennent probablement très rapidement, celui-ci évite de pérenniser l'habitude du recours à une anxiolyse ou à un sommeil artificiel trop faciles. De plus, il paraît logique de suspendre une prescription d'hypnotiques au bout de deux semaines puisque la plupart des études montrent que, sur le plan objectif, ces produits perdent leur efficacité en moins de 15 jours.
Un traitement par tranquillisants pris au long cours ne saurait être interrompu que sous contrôle médical, du fait des risques et désagréments liés à un sevrage mal conduit. Aussi, un grand nombre de paramètres entrent en compte:

  • la personnalité,
  • le désir réel de sevrage,
  • le type de molécule,
  • l'ancienneté de la prescription,
  • le contexte.

Diverses méthodes peuvent être envisagées:

  • Les méthodes progressives ou non.
  • Les méthodes substitutives par un autre tranquillisant ou par un autre type de molécule (un placebo tranquillisant impur, un antihistaminique, un bêta-bloqueur, un antidépresseur, un neuroleptique).

Il semble que ce n'est pas tant la méthode utilisée que la conviction du médecin et la rigueur du cadre du sevrage qui comptent. En d'autres termes, c'est essentiellement le charisme du sevreur et la demande du sevré qui conditionnent la réussite ou l'échec d'un sevrage.


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