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La définition de Temps


Le temps désigne une période qui se caractérise par une succession d'événements externes et/ou internes à l'organisme.


Le temps en psychophysiologie

Il n'existe aucun domaine de connaissance qui ne soit, de près ou de loin, relié au temps. Aussi, il convient de distinguer le temps objectif (par exemple, la latence d'une réponse d'un individu à la suite d'une stimulation), et le temps subjectif qui varie d'un individu à l'autre.
C'est à partir des travaux de Jean Piaget sur la psychogenèse du temps, puis de ceux de Paul Fraisse sur la psychologie du temps, que la psychologie scientifique s'est intéressée au temps. Piaget a fait l'hypothèse que la notion de durée résulte d'une coordination des vitesses permettant une différenciation progressive du temps par rapport à l'espace. Quant à Fraisse, il a souligné l'importance de la fréquence des événements perçus dans l'évaluation du temps. Ainsi, la perception du temps et la valeur qu'on lui accorde sont culturellement déterminées puisque dans certaines sociétés le répertoire linguistique pour le désigner est très pauvre. Par ailleurs, la perception d'un écoulement temporel ne semble pas spécifiquement humaine puisque l'animal est aussi capable de percevoir une durée.
Notre estimation du temps varie avec l'âge et avec la signification que nous donnons aux événements qui se sont produits. Notre estimation du temps a sans doute aussi une base biologique puisque la perception de la durée peut être profondément modifiée sous l'influence de certaines drogues. En outre, on note des désorganisations dans l'estimation du temps dans de nombreux syndromes psychopathologiques. Lorsque nous devons estimer une durée, nous pouvons utiliser trois sortes de repères:

  • Des repères physiques: l'horloge ou les variations lumineuses qui marquent l'alternance du jour et de la nuit.
  • Des repères sociaux: la succession des activités que nous produisons ou qui sont menées par les membres du groupe.
  • Des repères internes: la succession des événements mentaux ou physiologiques (par exemple, les fluctuations de la vigilance).

Certains auteurs envisagent même l'existence de véritables horloges internes, dont on ignore encore les caractéristiques et la localisation neurophysiologiques et qui permettraient l'évaluation de la durée. Ce qui est désormais admis, c'est l'existence d'une interaction entre ces horloges biologiques et de nombreux synchroniseurs (les repères physiques ou sociaux) auxquels chaque individu est plus ou moins sensible.


La perception de l'information temporelle

Deux groupes d'études développementales très distinctes ont été menées dans ce domaine:

  • Chez le nourrisson: on a mis en évidence une sensibilité très précoce aux paramètres temporels des stimulus. Avec des méthodes d'habituation, on a montré que, les bébés âgés de quelques mois seulement étaient capables de distinguer des sons de parole dont les durées diffèrent de quelques centaines de millisecondes. On a également prouvé qu'ils sont aptes à discriminer des structures auditives sur la base de changements de rythme et des stimulus visuels sur la base de variations de fréquence.

  • Chez l'enfant à partir de 6 ans: au moyen de méthodes psychophysiques (comparaison, production et reproduction de durées), on a montré que, jusqu'à 8 ans, les jugements de durée supérieure à 2 ou 3 secondes étaient très imprécis. Pourtant, dès 6 ans, les enfants sont capables de reproduire très exactement des durées de 1 seconde.

La notion de temps

Dans ce domaine, le problème qui a reçu le plus d'attention est celui du raisonnement temporel. Selon Piaget, le développement de la capacité à faire des inférences sur la durée est un élément clef de la construction de la notion de temps. Il en a décrit les étapes au moyen d'une situation d'étude type où deux mobiles effectuent des trajets sur des chemins parallèles. Ainsi, au stade préopératoire, l'enfant commet des erreurs parce que ses jugements sont basés sur les seuls indices perceptifs présents (par exemple, sur la simultanéité des arrivées mais non sur le décalage des départs). De plus, il ne tient compte que d'un seul paramètre (par exemple, de la distance mais oublie la vitesse). Cependant, le jeune enfant est capable de faire des jugements corrects avant la période opératoire.
Fraisse souligne qu'il existe une relation constante dans les jugements temporels du jeune enfant, à savoir plus de... = plus de temps. Cette relation s'applique à de nombreuses dimensions de l'expérience:

  • plus de distance parcourue (quelle que soit la vitesse),
  • plus de diapositives projetées (quelle que soit la fréquence de projection),
  • plus d'objets transportés,
  • plus de difficulté à accomplir la tâche,
  • etc...

La simultanéité, la succession et l'ordre temporel

L'aptitude à se représenter les relations de succession et de simultanéité entre deux événements a été principalement étudiée dans le contexte de la compréhension et de la production par l'enfant, dès l'âge de 3 ans, de termes exprimant ces relations:

  • Priorité: avec le terme avant.
  • Postériorité: avec le terme après.
  • Simultanéité: avec l'expression en même temps).

La représentation de séquences d'événements émerge chez l'enfant au début de la deuxième année. Ensuite, il devient apte à reconstruire des séries d'images, de phrases, d'histoires.
La différenciation du passé-présent-futur résulterait, selon certains auteurs, de la mémoire sensori-motrice et de l'intentionnalité. Ainsi, l'avenir désiré organiserait le présent. On a montré, avec une approche psycholinguistique, que les enfants, dès l'âge de 3 ans, étaient capables de comprendre et d'exprimer des verbes aux temps passé et futur, d'utiliser correctement les termes demain et hier. Un autre aspect de la maîtrise du temps concerne la mémoire et la reconstruction des événements passés. Cela ne devient possible qu'avec le développement, entre 4 ans et le début de l'adolescence, des représentations relatives au temps classique, c'est-à-dire les jours, les mois, etc... D'après Fraisse, les deux perspectives temporelles (reconstruction du passé et anticipation de l'avenir) ne se développent pas dans les mêmes conditions. « Le passé, c'est l'organisation sérielle des souvenirs grâce au calendrier et aux repères sociaux. Il n'y a avenir (horizon temporel) que lorsque l'être humain est capable, par le jeu des expériences symboliques, de le créer par rapport à sa propre histoire ». Par ailleurs, on a souligné la multiplicité des facteurs qui déterminent l'horizon temporel de chacun (l'âge, l'éducation reçue, la situation sociale, la personnalité, etc...).


L'aménagement du temps

Il s'agit de l'organisation temporelle des activités humaines. Elle tient compte à la fois de la mesure rationnelle du temps, du contenu de celui-ci, de la représentation personnelle que chacun s'en fait et de l'existence de rythmes biologiques et psychologiques.
Aujourd'hui, la société recherche une partition idéale des temps de vie (temps d'apprentissage, temps scolaires, temps de travail, temps familiaux, temps personnels, etc...) qui permet de satisfaire à la fois ses nécessités économiques et le bien vivre son temps de chaque individu. D'ailleurs, pour l'homme moderne, le temps est, avec le chômage, une de ses principales préoccupations.
Par ailleurs, on constate un changement important au sein des entreprises. En effet, l'organisation a découvert que l'on peut accroître la compétitivité en renonçant à la recherche d'une uniformisation des temps (temps mesuré identique pour tous), mais au contraire en accordant son propre temps aux rythmes variés des attentes des clients, des offres des fournisseurs, de l'obsolescence des machines et de la motivation des hommes. Aussi, sous la pression du contexte socio-économique et de la loi du marché, les horaires variables sont de plus en plus répandues, l'objectif étant de satisfaire le client à toute heure du jour et de la nuit. Les horaires varient d'une semaine à l'autre, décalés vers le début de journée ou tard dans la soirée. Ces horaires aménagés existent déjà dans de nombreux secteurs d'activité, allant des aiguilleurs du ciel aux conseillers bancaires.
Dans ces situations d'aménagement du temps de travail, on peut s'interroger très sérieusement sur les conséquences qu'aurait une généralisation à toutes les professions de cette tendance au décalage horaire, concernant la santé publique, l'équilibre des individus et de la vie familiale. Comme le souligne Alain Massot, il faut bien dictinguer deux processus différents:

  • Le partage du travail: pour l'ensemble de la population active, ce processus repose sur des mesures correspondant aux choix volontaire des individus, devant s'appuyer sur un cadre législatif ou conventionné et dont les exclus et les chômeurs devraient être les premiers bénéficiaires.

  • La réduction du temps de travail: elle vise à concilier trois impératifs indissociables, à savoir l'amélioration de la productivité de l'entreprise, le maintien et la création d'emplois, et l'accessibilité au temps choisi ou libéré.

Il n'y a aucun modèle ni aucune politique uniformes pour l'aménagement et la réduction du travail, et rien ne peut donc être imposé. Néanmoins, une telle politique ne peut que correspondre à un bouleversement de notre vision du monde, à la nécessité de redéfinir le rôle de l'individu dans une société où le travail n'existera vraisemblablement plus sous sa forme traditionnelle.


Le temps de réaction

Il s'agit de la durée qui s'écoule entre le début de la présentation d'une stimulation et le début de la réponse. La réponse sollicitée peut être manuelle, oculomotrice ou verbale. Le temps de réaction est schématiquement décomposable en trois parties:

  • La perception du signal.
  • Le traitement du signal.
  • L'élaboration et le déclenchement de la réponse.

Par ailleurs, on distingue deux types de temps de réaction:

  • Le temps de réaction simple: il correspond à une tâche de détection de la présence d'une stimulation. Une seule réponse est demandée.

  • Le temps de réaction de choix: selon le stimulus présenté, l'individu doit répondre de manière différente. La réponse est à choisir parmi plusieurs possibles (par exemple, l'apparition d'une lumière rouge demande une réponse de la main droite et l'apparition d'une lumière verte demande une réponse de la main gauche). Dans ce cas, le temps de réaction augmente avec le nombre d'éventualités, la compatibilité entre le stimulus et la réponse demandée. On se limite généralement à deux éventualités.

Dans la problématique du traitement de l'information, la mesure des temps de réaction est utilisée pour inférer la nature et la complexité des niveaux de traitement. Cette démarche impose le recours à des modèles permettant de dissocier le rôle de différents processus dans l'élaboration des réponses. Dans ce cadre, l'analyse des temps de réaction est indissociable de l'analyse des fréquences des bonnes et des mauvaises réponses. En effet, les individus peuvent mettre en oeuvre différentes stratégies visant à privilégier, soit la précision de leurs réponses, soit leur rapidité.


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