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La définition de Symbolique



Le symbolique en psychanalyse

En psychanalyse, le symbolique désigne une fonction complexe et latente qui embrasse toute l'activité humaine. Elle comporte une part consciente et une part inconsciente, qui est attachée à la fonction du langage et plus spécialement à celle du signifiant.
Le symbolique fait de l'homme un animal fondamentalement régi, subverti par le langage, lequel détermine les formes de son lien social et plus essentiellement de ses choix sexués. On parle préférentiellement d'un ordre symbolique au sens où la psychanalyse a très tôt reconnu sa primauté, d'une part, dans la mise en oeuvre du jeu des signifiants qui conditionnent le symptôme, et d'autre part, comme étant le véritable ressort du complexe d'œdipe, qui porte ses conséquences dans la vie affective. Enfin, son principe a été reconnu comme organisant de façon sous-jacente les formes prévalentes de l'imaginaire.


Le caractère universel du symbolique

Le fait symbolique remonte à la plus haute mémoire de la relation de l'homme au langage et est attesté par les monuments les plus somptueux laissés par le temps comme par les manifestations les plus humbles et primitives de groupes sociaux (les stèles, les tertres, les tumulus, les tombeaux, les gravures murales, les signes marqués dans la pierre, les premières écritures, etc...), lesquels témoignent de la relation universelle et première de l'homme au signifiant et donc de sa reconnaissance comme être de langage. Car, sans lui, point de traces intentionnelles et symboliques concevables du passage de l'homme.
L'ethnographie des sociétés dites primitives a, par ailleurs, montré qu'un ordre symbolique (par exemple, la loi de l'exogamie) réglait dans le cadre des liens de parenté la circulation des biens, des animaux, des femmes. Cet ordre opère autant de façon contraignante dans sa forme qu'inconsciente dans sa structure et, par-delà l'échange de dons, les pactes d'alliance, la prescription de sacrifices, les rituels religieux, les prohibitions, etc..., suppose en dernière instance des lois de la parole au fondement de ces systèmes, dont l'anthropologie structurale a révélé le caractère universel de pur formalisme logique.
Par conséquent, l'ordre symbolique, en tant que structure inconsciente, est à distinguer dudit symbolisme, habituellement attaché à un objet déterminé (les clés d'une cité, l'épée seigneuriale, le drapeau d'une nation, etc...), lequel, s'il peut s'inscrire dans cet ordre, reste un élément distinct qui ne le représente pas en tant que structure.


Le manque symbolique

Au sens de la psychanalyse, par définition, est symbolique ce qui manque à sa place. Plus généralement, désignant ce qui fait défaut ou ce qui a été perdu, non seulement le symbolique inscrit dans l'expérience humaine la plus commune la fonction du manque, mais cette rencontre contingente avec la perte implique son intégration nécessaire sur un mode structural. Dès l'origine, ce manque reçoit une signification proprement humaine par l'instauration d'une corrélation entre ce manque et le signifiant qui le symbolise, pour y laisser sa marque indélébile dans la parole et éterniser le désir dans sa dimension d'irréductibilité.
La complexité comme le caractère essentiel de cette opération exigent une explication à plusieurs niveaux.
Dès sa venue au monde, le petit de l'homme est plongé dans un bain de langage qui lui préexiste et dont il aura à supporter la structure dans son ensemble comme discours de l'Autre. Ce discours est déjà connoté de ses points forts où s'expriment demande et désir de l'Autre à son endroit, discours dans lequel il occupe primordialement la place d'objet. Mais d'occuper primitivement cette place d'objet éclaire ce fait essentiel qu'au travers de l'expérience de détresse physiologique en rapport avec les besoins vitaux, c'est néanmoins d'abord à partir d'un manque-à-être qu'est lancé l'appel à l'autre secourable. Dès lors, la réponse de l'autre se dédouble sur deux registres: apporter la possibilité d'une satisfaction d'un besoin, sans pour autant être capable de combler ce manque-à-être au regard duquel est attendue une preuve d'amour. Ainsi, le signifiant de la demande première joue sans cesse sur cette équivoque pour porter ses conséquences au-delà des frontières de l'enfance et aménager au discours de l'Autre inconscient sa place symbolique. Car toute parole va désormais comporter une dimension où, au-delà de ce qu'elle va signifier, est visé quelque chose d'autre qui, par essence n'étant pas articulable dans la demande, désigne dans la parole cette part originellement refoulée.
L'Autre se cerne comme lieu, censé détenir les clés de toutes les significations inaccessibles à l'individu, et confère à la parole sa portée symbolique, ainsi qu'à l'Autre son obscure autorité.


La marque signifiante de l'absence

Mais l'enfant a lui-même à faire l'expérience de ce manque dans sa relation à l'autre et Jacques Lacan a plusieurs fois repris, dans Au-delà du principe de plaisir (1920) de Sigmund Freud, l'exemple canonique du jeu de l'enfant avec la bobine pour faire remarquer que les premières manifestations phonatoires malhabiles qui accompagnent le mouvement alterné de disparition et de réapparition instaurent une première opposition phonématique qui connote déjà la présence-absence de l'être cher de ses marques signifiantes. C'est donc par le seul office du langage qu'au-delà de la présence ou de l'absence réelles se réalise l'intégration d'une marque symbolique signifiante, qui se traduit d'abord comme meurtre de la chose, capable d'élever la chose manquante au rang de concept. Plus loin, dans les jeux de langage de l'enfant, il est observable que ce jeu consiste essentiellement en une disjonction du signifiant de sa fonction de signifié, qui, par-delà son rôle de nomination ou de désignation, institue par conséquent dans le langage la dimension symbolique.
Ainsi, l'homme, en tant qu'être de langage, accède à l'ordre symbolique essentiellement au travers de l'opération de la négation. Ce fait est souligné par Freud dans son article sur la dénégation, où l'affirmation du jugement d'attribution s'énonce sur un fond préalable d'absence supposée, voire de rejet primordial. Cet ordre symbolique, constituant de l'individu, le détermine de façon inconsciente en le situant dans une radicale altérité par rapport à la chaîne signifiante et où c'est de l'Autre inconscient qu'il reçoit sa signification.
Par conséquent, c'est sur fond de manque, d'absence, de négation, que vient s'élaborer le symbolique dans la fonction signifiante en tant que désignant la perte en général. Le désir, lui, particularise une tentative d'accord entre cet ordre signifiant symbolique qui le surdétermine et l'expérience d'appréhension d'un objet chargé imaginairement de représenter la retrouvaille avec l'objet originairement perdu.
Ces différents points, qui décrivent les modalités de la rencontre primordiale de l'enfant avec le langage dans sa corrélation au manque et dans sa propriété à symboliser, sont décisifs pour appréhender les conséquences et les suites:

  • Ce qui n'est pas articulable dans la demande met en place ce creux du refoulé originaire. Cette perte vient se symboliser au lieu de l'Autre inconscient et qui divise le sujet dans son rapport au signifiant.
  • C'est dans ce trou existant originairement dans la chaîne signifiante qu'est déposé le phallus en tant que signifiant et comme signification dernière, par essence inaccessible.
  • En sorte que ce signifiant phallique apparaît en place tierce, déterminant le langage et la relation primitive dialectisée de l'individu à l'autre.

Le rôle normalisateur de l'œdipe et l'autre symbolique

Ce dispositif ne trouve sa structure définitive qu'avec la mise en place de l'œdipe, qui a pour rôle de normaliser le manque en lui assignant un lieu. C'est-à-dire que le signifiant originairement refoulé qui apparaît dans la demande première va recevoir sa signification seconde dans l'œdipe. En effet, l'Autre primordial (autrement dit la mère originaire) supposé supporter le signifiant phallique est interdit par le père. Dès lors, le Nom-du-Père est ce qui, au travers de l'interdit de l'inceste, fait autorité dans la mesure où la mise en place ordonnée du signifiant phallique en tant que refoulé dépend de lui, et par là, ce Nom-du-Père vient redoubler en place de l'Autre la fonction symbolique.
Cela a pour conséquence que le trou du refoulé ainsi introduit dans la chaîne signifiante soutient la structure du désir comme telle unie à la loi, laquelle, en mettant la fonction du manque au principe de son organisation, est la loi qui régit le langage. Cette opération rend compte que ce n'est qu'au lieu de l'Autre symbolique et inconscient que l'individu puisse avoir désormais accès au phallus en tant que signifiant. Et c'est sous forme d'une dette symbolique à l'Autre qu'il en reçoit en retour le devoir de satisfaire aux conséquences de ce manque. Cette présence du manque, introduite de structure dans l'existence de l'individu, comme condition fondatrice du langage, traduit le caractère radical de la détermination du sujet, autant que de son objet, aux conditions du symbole qui l'asservit. En sorte que l'ordre symbolique apparaît non plus constitué par l'homme mais le constitue tout entier sous le coup de la surdétermination signifiante du langage. Par conséquent, cet ordre symbolique est disposé selon une chaîne signifiante autonome, extérieure à l'individu, lieu de l'Autre inconscient au regard duquel cet individu ne peut qu'ex-sister sur un mode acéphale, c'est-à-dire tout entier assujetti à cet ordre.
La fonction paternelle s'éclaire de son importance par le fait d'occuper ce lieu symbolique. Freud, dans Totem et Tabou (1913), a montré que, pour le névrosé, ce lieu est occupé par le père mort. C'est le meurtre du père refoulé qui engendre pour l'individu la cohorte des prohibitions, des symptômes et des inhibitions. C'est une façon, pour le névrosé, de prendre en compte la dette et de reconnaître qu'il ne peut assumer son statut de sujet que comme effet d'une combinatoire signifiante, à laquelle il ne peut avoir accès qu'au lieu de l'Autre.
A partir de là, on comprend l'importance humaine de ce lieu de l'Autre inconscient et symbolique comme seule référence stable dans la mesure où cet Autre est le lieu du signifiant. Et la fonction de l'analyste trouve son efficacité pour autant qu'il assure cette fonction symbolique Autre non comme personne mais comme lieu, soumis à la condition de l'équivoque du signifiant et non à la signification positive du langage. Car la loi du signifiant est d'abord une loi de l'équivoque qui se traduit par le fait que la parole puisse être menteuse, donc symbolique.


La répétition et la fonction signifiante

C'est bien à ce dernier terme du renoncement à tout idéal de maîtrise de l'individu que Freud a été conduit, dans Au-delà du principe de plaisir, avec le concept d'automatisme de répétition. Il est remarquable que l'automatisme de répétition prend son point de départ précisément à la limite du processus de remémoration, soit en ce lieu Autre où se trouve le signifiant originairement refoulé. Mais cet automatisme, indifférent au principe de plaisir comme le constatera Freud, se révèle être un ordre formalisé semblable à une pure écriture littérale symbolique de type logico-mathématique, à l'oeuvre dans la chaîne signifiante. Il s'agit d'une écriture à laquelle l'individu est assujetti et qui signifie que son efficacité est attachée au caractère hors sens du signifiant, à l'inverse de ce qui se passe avec le symptôme, qui consiste en une précipitation d'un sens. Cependant, si l'automatisme se signale de cette fonction symbolique abstraite, l'exigence de nouveauté qui l'anime joue précisément sur l'équivoque, si bien que l'acteur ne peut reconnaître la structure latente qui se répète dans une autre scène.
L'automatisme de répétition ne souligne pas seulement la primauté du symbolique dans l'action humaine, il permet de reconsidérer l'ensemble des avatars de la subjectivité, tels que le nœud borroméen s'emploie à le démontrer: à savoir que l'imaginaire est sous le coup d'une organisation latente qui le surdétermine, non sans que le symbolique lui-même s'organise à partir d'un trou réel, celui du signifiant originairement refoulé qui le conditionne tout entier.


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