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La définition de Sublimation


La sublimation désigne un processus psychique inconscient qui, pour Sigmund Freud, rend compte de l'aptitude de la pulsion sexuelle à remplacer un objet sexuel par un objet non sexuel et à échanger son but sexuel initial contre un autre but, non sexuel, sans perdre notablement en intensité.


Les caractéristiques du processus de sublimation

Le processus de sublimation de la pulsion ainsi défini fait valoir l'origine sexuelle d'un ensemble d'activités (scientifiques, artistiques, etc...) et de réalisations (œuvres d'art, poésie, etc...) qui paraissent sans aucune relation avec la vie sexuelle. Par là s'explique comment la sublimation toujours plus poussée d'éléments pulsionnels permet, notamment, l'accomplissement des plus grandes œuvres culturelles. Melanie Klein et Jacques Lacan, comme Freud, insistent sur ce point: quelque chose qui engage la dimension psychique de la perte et du manque et répond à l'intériorisation de coordonnées symboliques commande le procès de la sublimation.
Le terme sublimation ne renvoie chez Freud ni à un bavardage sur l'idéal, ni à l'importation d'une définition ou d'une description d'un processus chimique, ni davantage à une référence à la catégorie du sublime de l'esthétique philosophique. C'est par contraste, et souvent de façon négative, que Freud, peu à peu, dégage ce qui définit la sublimation. Par exemple, elle n'est pas à confondre avec l'idéalisation, qui est un processus de surestimation de l'objet sexuel. Les éléments de théorisation sont fragmentaires.
Il n'y a pas chez Freud de théorie constituée de la sublimation. On sait qu'il a détruit tout un essai sur cette question qui resta pour lui sur bien des points énigmatique. Ainsi, en 1930, il écrit, à propos de la satisfaction sublimée: « elle possède une qualité particulière que nous parviendrons certainement à caractériser un jour du point de vue métapsychologique. » La sublimation, que Freud réfère à un résultat et au processus qui permet d'aboutir à ce résultat, est loin de délimiter un champ de questions marginales. L'énigme qui se subsume sous son concept nous porte au contraire au cœur de l'économie et de la dynamique psychique.


La sublimation et la pulsion sexuelle

Freud élabore le concept de sublimation en relation avec la théorie des pulsions sexuelles pour rendre compte de ce qu'il soutient: l'homme crée, produit du nouveau dans des domaines divers (arts, sciences, recherche théorique, etc...), a des activités, mène à bien des réalisations qui semblent sans aucun rapport avec la vie sexuelle, alors même que ces réalisations et les activités dont elles relèvent ont une source sexuelle et sont impulsées par l'énergie de la pulsion sexuelle. Ainsi, l'élan créateur trouve, selon Freud, son point d'émergence initial dans le sexuel. Il explique cela en écrivant: « La pulsion sexuelle met à la disposition du travail culturel des quantités de forces extraordinairement grandes et cela par suite de cette particularité, spécialement marquée chez elle, de pouvoir déplacer son but sans perdre pour l'essentiel de son intensité. On nomme cette capacité d'échanger le but sexuel originaire contre un autre but, qui n'est plus sexuel, mais qui lui est psychiquement apparenté, capacité de sublimation ».
Le but de la pulsion, c'est la satisfaction. La capacité de sublimation, qui implique le changement d'objet, permet donc le passage à une satisfaction autre que la satisfaction sexuelle. Cette satisfaction n'en est pas moins apparentée psychiquement à la satisfaction sexuelle, c'est-à-dire que le type de satisfaction obtenu par les voies de la sublimation est comparable au plan psychique à la satisfaction procurée par l'exercice direct de la sexualité.


La sublimation et l'idéal du moi

Freud souligne l'idée qu'il existe une certaine instabilité, une vulnérabilité de l'aptitude à sublimer. On ne sublime pas une fois pour toutes mais, y compris chez ceux qui semblent le plus aptes à sublimer, c'est une capacité qui nécessite d'être psychiquement activée. Aussi, les conditions qui permettent l'instauration de ce processus, son déroulement, son aboutissement sont dans la dépendance de contingences internes et externes.
Sa réflexion sur la question du narcissisme amène Freud à dégager une des conditions nécessaires à la mise en œuvre du processus de sublimation. L'investissement libidinal doit être retiré de l'objet sexuel par le moi, qui reprend cet investissement sur lui-même puis le réoriente vers un nouveau but non sexuel et un objet non sexuel. Ce retrait de la libido sur le moi et la réorientation de l'investissement vers du non-sexuel par désinvestissement du but et de l'objet, c'est là un mouvement libidinal que Freud appelle désexualisation. La sublimation nécessite cette désexualisation qui requiert l'intervention du moi.
L'ensemble de cette opération est elle-même fortement corrélée à une autre opération fondamentalement nécessaire à la possibilité de toute sublimation. Du fait de quelque chose que Freud réfère à une trace archaïque qui relèverait de la civilisation et qui aurait pris fonction d'obstacle interne constitutif de la nature même de la pulsion sexuelle, celle-ci est incapable de procurer la satisfaction complète. C'est de cette incapacité assujettie aux premières exigences de la civilisation, c'est-à-dire d'abord aux exigences parentales, que s'inaugure l'élan créateur et la possibilité de faire œuvre, cela grâce à la sublimation. Freud écrit ainsi: « Cette même incapacité de la pulsion sexuelle à procurer la satisfaction complète, dès qu'elle est soumise aux premières exigences de la civilisation, devient la source des œuvres culturelles les plus grandioses, qui sont accomplies par une sublimation toujours plus poussée de ses composantes pulsionnelles ». Ce sont les mêmes composantes pulsionnelles non refoulées engageant certains sur les voies de la perversion qui donnent lieu à sublimation et fournissent « les forces utilisables pour le travail culturel ».
La sublimation permet de répondre sans refoulement aux « premières exigences de la civilisation », exigences intériorisées des interdits et des idéaux. Ces idéaux font partie intégrante de l'idéal du moi, instance constitutive du psychisme, héritière de l'idéal du narcissisme infantile, constituée sur les traces des premières identifications à l'image de l'autre parlant, sur les traces intériorisées, assimilées de sa voix porteuse d'exigence. La sublimation, note Freud, représente l'issue qui permet de faire avec du sexuel sans entraîner le refoulement tout en satisfaisant aux exigences du moi renforcées par l'idéal du moi. Un idéal du moi élevé et vénéré n'implique pas une sublimation réussie. L'idéal du moi requiert la sublimation, il ne peut l'obtenir de force.


La question du vide

Ce que Freud fait valoir par l'articulation de l'insatisfaction de la pulsion et des exigences de la civilisation intériorisées, source et aiguillon du mouvement complexe dont procède la sublimation, c'est là pour Lacan la marque de l'introduction du signifiant et de la dimension symbolique. Klein, en 1930, fait entendre quelque chose du même ordre quoique à partir d'autres coordonnées: « Le symbolisme constitue la base de toute sublimation et de tout talent puisque c'est au moyen de l'assimilation symbolique que les choses, les activités et les intérêts deviennent les thèmes des fantasmes libidinaux ». À côté de l'intérêt libidinal, c'est une angoisse archaïque qui met pour elle en marche le processus d'identification et pousse à l'assimilation symbolique, base du fantasme, de la sublimation et de la relation du sujet à la réalité interne et externe. Un sentiment de vide intérieur résultant de cette angoisse archaïque de destruction du corps maternel peut pousser vers l'activité artistique, la création et donc la sublimation qui permet sa réalisation étant là résultat et processus visant à réparer cette destruction.
Lacan de même accorde une place centrale au vide dans ses réflexions sur la sublimation. Mais, soutient-il, ce que Klein repère comme conséquence d'un fantasme sadique de destruction, ce n'est là que la face imaginaire et conséquente de l'effet du signifiant. C'est le signifiant qui crée le vide, engendre le manque. Le processus de sublimation, s'inaugurant de ce manque et travaillant avec lui, vise à reproduire ce moment inaugural d'articulation qui porte à créer.


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