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La définition de Stade


Un stade désigne une étape dans le découpage de la chronologie du développement qui va du nourrisson à l'adolescent. Cette étape est fondée sur l'existence de discontinuités, de changements de rythme ou de changements qualitatifs observés dans l'évolution somatique, physiologique ou comportementale de l'enfant.
Plusieurs psychologues ont proposé des systèmes de stades dont les uns se veulent généraux et valables pour tout le développement alors que d'autres ne s'appliquent qu'à un domaine plus ou moins vaste (le dessin, le jeu, la personnalité, etc...).


Le système de stades de Baldwin

James Baldwin a été l'un des premiers créateurs d'un système de stades. Il en propose trois dans le domaine de l'imitation. Selon lui, ils correspondraient à trois stades du développement de la personnalité:

  • Au stade projectif: l'enfant confondrait, sur un même plan, ses impressions perceptives et sa perception des autres personnes. Il s'agirait de suggestion pré-imitative.
  • Au stade subjectif: l'enfant se découvrirait lui-même en imitant autrui. Il y aurait alors imitation simple.
  • Au stade éjectif: c'est par assimilation d'autrui à ses sentiments propres que l'enfant réaliserait que ce dernier a un moi identique au sien. L'imitation deviendrait persistante.

Le système de stades de Piaget

Jean Piaget appelle stades des étapes qui se suivent selon des règles strictes:

  • L'ordre de succession de ces étapes doit être constant pour tous les enfants mais la chronologie peut être variable.
  • Un stade est caractérisé par une structure d'ensemble.
  • Les structures d'un stade deviennent partie intégrante des structures du stade suivant.
  • Dans tout stade, un niveau de préparation est suivi d'un niveau d'achèvement.
  • La préparation de certaines acquisitions se poursuit sur plus d'un stade. Des chevauchements peuvent donc survenir et il y a lieu de distinguer dans tout système de stades les processus de formation (genèse) des formes d'équilibre finales (structures d'ensemble). Les processus formateurs ne sont, en fait, que des différenciations successives de ces structures.

Les stades du développement intellectuel proposés par Piaget sont, selon lui, un cas privilégié, non totalement généralisable. Il ne croit pas à l'existence de stades du développement perceptif, pas plus d'ailleurs que du développement physiologique. Piaget a remanié son système à plusieurs reprises, augmentant ou diminuant le nombre des étapes, parlant tantôt de stades divisés en sous-stades et tantôt de périodes divisées en sous-périodes, ou stades. Le système résumé ici est celui de 1955, qui apparaît le mieux articulé. Il comprend 3 grandes périodes:

  • La période de l'intelligence sensori-motrice: elle s'étend de la naissance à l'apparition du langage, à la fin de la deuxième année, et se divise en 6 stades.
    Le stade 1 (de 0 à 1 mois) est celui des exercices réflexes.
    Le stade 2 (de 1 à 4,5 mois) est celui des premières habitudes, marqué par l'apparition des réactions circulaires primaires, relatives au corps propre, et des schèmes primaires.
    Le stade 3 (de 4,5 à 8,5 mois) est caractérisé par l'apparition de la coordination entre préhension et vision, le début des réactions circulaires secondaires, relatives aux objets manipulés, et celui d'une coordination des espaces qualitatifs hétérogènes et de la formation des schèmes secondaires.
    Le stade 4 (de 8,5 à 11,5 mois) est caractérisé par la coordination des schèmes secondaires, l'utilisation de moyens connus en vue d'atteindre un but nouveau et le début de recherche de l'objet caché.
    Le stade 5 (de 11,5 à 18 mois) est marqué par la différenciation des schèmes d'action par réaction circulaire tertiaire et découverte de moyens nouveaux. L'objet disparu est recherché et le groupe pratique des déplacements commence à s'organiser.
    Le stade 6 (de 18 à 24 mois) apparaît comme un stade de transition entre la période sensori-motrice et la suivante car il y a début d'intériorisation et de combinaison mentale des schèmes, inventions et représentations.

  • La période de préparation et d'organisation des opérations concrètes: elle s'étend de 2 à 11,5 ans et se subdivise en deux sous-périodes. La première est la sous-période des représentations préopératoires (de 2 à 7,5 ans). Elle comprend 3 stades:
    a. L'apparition de la fonction sémiotique (de 2 à 4 ans).
    b. L'organisations représentatives fondées sur des configurations statiques (de 4 à 5,5 ans).
    c. Les régulations représentatives articulées (de 5,5 à 7,5 ans).
    La seconde est la sous-période des opérations concrètes (de 7 à 12 ans). Elle se divise en 2 stades:
    a. Le stade des opérations simples (de 7 à 9,5 ans).
    b. Le stade des opérations complexes spatio-temporelles et l'achèvement du système d'ensemble (de 9 à 11,5 ans).

  • La période des opérations formelles: elle s'étend de 11 à 16 ans et se divise en 2 stades:
    a. La genèse des opérations formelles (de 11,5 à 14 ans).
    b. Les structures opératoires formelles (de 14 à 16 ans).

Le système de stades de Wallon

Henri Wallon a successivement proposé un système de stades de développement psychomoteur, puis un système de stades de la personnalité. Pour Wallon, le développement est discontinu, jalonné de crises, de mutations, marqué par des conflits. Les chevauchements et les intrications entre stades sont nombreux. Aussi, il distingue des stades (ou étapes) qui se succèdent selon un ordre, et des phases qui alternent. Selon lui, ces phases « répondent à l'alternance qui s'observe entre les moments où l'énergie se dépense et ceux où elle est mise en réserve ou se restaure ».
Il existe des coïncidences entre des stades et des phases. Un stade marqué plutôt par la dépense d'énergie et l'ouverture vers l'extérieur (le catabolisme) peut succéder à un autre consacré surtout à l'élaboration de la personne (l'anabolisme). Mais les deux sortes de phases peuvent aussi se succéder à l'intérieur d'un même stade. Chaque stade est caractérisé par une activité prépondérante qui cède la place à une autre au stade suivant. Le passage d'un stade à un autre est souvent marqué par une crise qui entraîne un véritable remaniement. Aussi, pour Wallon, chaque stade apparaît à la fois comme « un moment de l'évolution mentale et un type de comportement ». Ainsi, le système Wallon comporte 6 stades:

  • Le stade impulsif moteur (de 0 à 3 mois): il se caractérise par une activité préconsciente ou impulsive.
  • Le stade émotionnel (de 3 à 12 mois): il est marqué par la transformation des décharges impulsives en véritables expressions émotives.
  • Le stade sensori-moteur et projectif (de 1 à 3 ans): il est centré sur la prise de connaissance de l'environnement et caractérisé par les jeux d'alternance.
  • Le stade du personnalisme (de 3 à 6 ans): il se caractérise par l'indépendance et l'enrichissement du moi. Il se divise en trois périodes (a. la crise d'opposition et intériorisation ; b. la période de grâce avec extériorisation et expansion personnelle ; c. l'effort de substitution personnelle par imitation avec ambivalence entre identification et hostilité).
  • Le stade catégoriel (de 6 à 11 ans): il est marqué par l'apparition entre 6 et 7 ans du pouvoir nouveau d'autodiscipline mentale. Il est caractérisé dans les domaines de la perception et de la connaissance par la pensée catégorielle.
  • Le stade de la puberté et de l'adolescence (de 11 à 16 ans).

Les stades en psychanalyse

En psychanalyse, le stade désigne chacun des degrés d'organisation libidinale dans le développement de l'être humain, qui ont un caractère topographique (zones érogènes) et un caractère objectal (choix d'objet).
C'est en 1915 que Sigmund Freud met en place la notion de stades en psychanalyse. Contrairement aux perspectives de psychologie de l'enfant qui seront celles de Wallon et de Piaget, les stades freudiens sont repérés, après coup, dans les cures d'adultes. Il ne s'agit pas tant d'étapes génétiques marquant un développement observé chez l'enfant que de degrés d'organisation prenant leur sens dans une métapsychologie.
De façon générale, la notion de stade est toujours employée dans la psychologie contemporaine. Elle fait l'objet de discussions très vives. En effet, certains y voit un concept essentiel, tandis que d'autres y voit un simple artifice de recherche. Aussi, on a l'habitude d'opposer les stades du développement de la personnalité, du domaine de l'intelligence, et ceux du domaine de l'affectivité. Ce n'est pas sous ce chef que Freud fait valoir les stades qu'il distingue. Mais, plutôt, il souligne que les divers stades de la sexualité de l'enfant et de l'adolescent sont régis par une migration à proprement parler topologique des fonctions représentées par les zones érogènes, successivement promues à une place éminente par le plaisir qui s'éveille à leur fonctionnement.
Freud distingue deux modalités d'organisation de la libido:

  • La phase prégénitale: elle comporte le stade oral et le stade anal.
  • La phase génitale.

Le stade oral

Le stade oral se caractérise par une organisation sexuelle cannibale, au cours de laquelle l'activité sexuelle n'est pas séparée de la fonction de dévoration. Ces deux activités visent à l'incorporation de l'objet. De sorte qu'à ce stade, la pulsion orale se trouve à l'évidence étayée par la fonction digestive. La succion apparaît dès lors comme un vestige de ce degré initial du stade car elle consacre la séparation des activités sexuelle et alimentaire, remplaçant l'objet extérieur par une partie du corps de l'individu. Dès lors, cet acte, répétitif, chargé de procurer du plaisir, devient autoérotique et la zone bucco-labiale est alors désignée comme zone érogène. Freud attache une importance capitale à cette première partie du stade oral pour la détermination de la vie sexuelle future. En particulier dans le choix ultérieur d'objet. Ainsi, le sein apparaît comme essentiellement perdu et trouver l'objet sexuel n'est en somme que le retrouver.
Une seconde phase du stade oral est caractérisée par le passage de la succion à la morsure, où apparaît combinée à la libido une pulsion agressive et destructrice. Cela a particulièrement été mis en évidence par Karl Abraham et repris par Melanie Klein, qui situe à ce stade l'apparition du surmoi précoce. Quant à René Spitz, il divise ce stade en trois sous-stades:

  • le stade préobjectal d'indifférenciation (de 0 à 3 mois),
  • le stade de l'objet précurseur (de 3 à 8 mois),
  • le stade de l'objet proprement dit.

Le stade sadique-anal

Le stade sadique-anal est le deuxième stade. Il fait suite au stade oral. Il est régi par l'érogénéité de la zone anale. Cette organisation libidinale est liée aux fonctions d'expulsion-rétention et se fait autour de la symbolisation des matières fécales, objet séparable du corps au même titre que le sein. Les pulsions érotique-anale et sadique résident dans cette phase prégénitale de la sexualité infantile. Les notions de passivité et d'activité traduisent la bipolarité de la fonction anale, qui étaye les deux pulsions partielles:

  • La pulsion d'emprise: elle est liée à la musculature.
  • La pulsion de passivité: elle liée à la muqueuse anale.

Abraham a décrit une subdivision de ce stade, par rapport au comportement vis-à-vis de l'objet: la première partie associe à l'expulsion la destruction, tandis que la deuxième partie associe la rétention et la possession. Ainsi, une dialectique s'instaure entre le sadisme et l'érotisme anal dans la fonction sphinctérienne elle-même: la contention-maîtrise, le relâchement-évacuation. Aussi, par cette activité aboutissant à la défécation viennent se symboliser les fèces dans la fonction du cadeau fait à la mère, sa rétention constituant au contraire une position agressive à son endroit.


Le stade phallique

Le stade phallique est la phase caractéristique de l'acmé et du déclin du complexe d'œdipe, essentiellement marquée par l'angoisse de castration. Aussi bien chez la fille que chez le garçon, ce stade succède aux stades oral et anal dans une unification des pulsions partielles sur la région génitale représentée par le phallus. Aussi, pour les deux sexes, en avoir ou pas caractérise ce stade.
Pour Freud, cette mise en place assez tardive du stade phallique représente une transition avec sa description initiale: l'inorganisation des pulsions sexuelles prégénitales, opposée à l'organisation génitale adulte. Cette phase phallique est sous le signe de la castration, ce qui pose la question, dans son rapport à l'œdipe, de l'existence même de ce stade. En effet, la découverte par la fille de l'absence de pénis peut aussi bien être rangée dans une perspective d'intersubjectivité que d'accession à un stade.


Le stade génital

C'est par la période de latence que se termine le stade phallique. Ainsi, elle sépare la première poussée, qui commence entre 2 et 5 ans, et qui se caractérise par la nature infantile des buts sexuels, de la deuxième poussée, qui commence à la puberté et détermine la forme définitive que prendra la vie sexuelle. Cette poussée en deux temps est d'une importance décisive pour les troubles chez l'adulte. Selon Freud, « Le choix de l'enfant survit dans ses effets, soit qu'ils demeurent dans leur intensité première, soit que, pendant la puberté, ils connaissent un renouveau ». En effet, c'est à cette période que se place le refoulement secondaire.
La pulsion sexuelle autoérotique caractérisant les stades provient de diverses pulsions partielles et de diverses zones érogènes tendant chacune à la satisfaction. À la puberté, ces pulsions coopèrent et un but sexuel nouveau apparaît. Les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale. Dès lors, il semblerait que le courant de la tendresse et celui de la sensualité puissent se conjoindre dans la vie sexuelle.


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