Accueil > Dictionnaire > Les termes psychologiques commençant par S > La définition de spitz


La définition de Spitz


René Arpad Spitz, psychanalyste (1887-1974).René Arpad Spitz est un psychanalyste américain, d'origine hongroise. Il est né à Vienne, en Autriche, en 1887. Il est mort à Denver, dans le Colorado, en 1974.


Le parcours de Spitz

Spitz fit partie des élèves de Sigmund Freud qui fuirent l'Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale. Aussi, après un passage à Paris, il s'établit aux États-Unis. Professeur de psychologie psychanalytique à New York, puis professeur de psychiatrie à Denver, il orienta d'emblée ses recherches sur les origines du psychisme humain dans la petite enfance.
Bien qu'utilisant des données tirées de l'observation minutieuse des comportements les plus archaïques de l'enfant ou de méthodes issues de la psychologie expérimentale, il ne cessa, tout au long de ses travaux, de se référer à l'oeuvre de Freud.
Par ailleurs, Spitz fut très lié, au sein de l'IPA, à la Société parisienne de psychanalyse, dans un temps où la psychanalyse se confondait avec une psychologie génétique constituée de la description des divers stades des relations objectales permettant d'accéder à l'amour dit génital. D'ailleurs, il écrivit directement en français la Première Année de la vie de l'enfant (1958) dans l'Actualité psychanalytique. Cet ouvrage fut ensuite enrichi dans De la naissance à la parole.


Les travaux de Spitz

Aujourd'hui, nous retenons des travaux de Spitz la découverte de la dépression anaclitique, syndrome de carence affective précoce des enfants privés de soins maternels et placés en institution dans les premiers mois de la vie. Ce syndrome à dominance de retrait et de ralentissement psychomoteur, peut en cas de placement prolongé aller jusqu'à un tableau d'hospitalisme:

  • indifférence,
  • inertie,
  • anorexie,
  • arrêt du développement,
  • détérioration de l'état physique parfois irréversible.

Le petit enfant, séparé de sa mère ou du substitut habituel, est livré aux soins mécaniques et anonymes d'une institution hospitalière. Aujourd'hui, nous dirions qu'il est, non pas privé de sa génitrice, mais d'un investissement libidinal structurant, au sens où l'enfant est d'abord objet libidinal pour un autre, avant tout sujet possible.
Nous devons aussi à Spitz la découverte sensationnelle de ce qu'il appela les trois organisateurs de la vie psychique du petit enfant:

  • Le sourire, en réponse à la perception du visage humain vu de face et fonctionnant comme un signal, qui apparaît vers trois mois.
  • L'angoisse du huitième mois devant un visage étranger. Elle témoigne, selon Spitz, de la constitution du véritable objet libidinal, la mère en sa personne entière.
  • L'acquisition du non, aux alentours de dix-huit mois, qui signe pour Spitz l'entrée dans le langage.

Ces éléments sont désormais des repères essentiels en psychologie de l'enfant.


Les oublis de Spitz au plan psychanalytique

Sur le plan de la psychanalyse, il est étonnant que Spitz, s'inspirant directement des Trois essais sur la théorie de la sexualité, n'ait pas tiré les conséquences du chapitre intitulé La découverte de l'objet, où Freud fait la distinction radicale entre l'objet d'amour et l'objet de la satisfaction sexuelle: le sein. Freud précise que « Cet objet a été ultérieurement perdu, peut-être précisément au moment où l'enfant est devenu capable de voir dans son ensemble la personne à laquelle appartient l'organe qui lui apporte une satisfaction », et c'est cette hypothèse qui fondait sa théorie de l'objet libidinal comme primitivement perdu, et donc à retrouver. Ajoutons que c'est de cette distinction que Jacques Lacan tire les conséquences pour définir l'objet en psychanalyse.
De même, nous pourrions faire maintenant le lien structural entre le stade du miroir élaboré par Lacan, dès 1936, et l'angoisse du huitième mois. C'est dans la mesure où l'imago maternelle se constitue, en même temps que se met en place l'image spéculaire, sur fond d'une perte, que l'angoisse, qui en est la trace, survient devant l'absence de la mère. Mais cette imago, matrice de l'imaginaire, ne se forme que du fait de la prise de l'enfant dans le symbolique, dans le langage, par le truchement de la mère. C'est ce que Spitz oublie, pris qu'il est dans l'observation des enfants, confondant l'advenue au langage, qui préexiste à tout individu, et l'avènement de la parole, avec l'acquisition du non.


Autres termes psychologiques :