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La définition de Sorcellerie


La sorcellerie désigne une pratique magique à intention malfaisante, se voulant indépendante ou contraire aux lois naturelles. Aussi, par des moyens et rituels codifiés, elle met en acte certains mécanismes dans des relations intersubjectives.


Les rapports entre la sorcellerie et la magie

Les définitions et rapports entre ces deux grandes entités que sont la magie et la sorcellerie sont variables suivant les auteurs. Le plus souvent, la sorcellerie est présentée comme l'une des branches de la magie, se confondant alors avec la magie noire (ou rouge, c'est-à-dire sanglante) et s'opposant à la magie blanche, bénéfique. Par ailleurs, la magie associée à la religion est la théurgie (ou thaumaturgie), tandis que celle qui fait appel aux forces du mal est la goétie.
La magie, et plus tard l'occultisme, se veut une science secrète, ésotérique, réservée à une élite en quête d'un langage, d'une utilisation spécifique des nombres et des signes. Elle est souvent illicite car elle obéit à ses lois et non aux lois sociales. Aussi, elle c'est accessible qu'après un parcours initiatique. La magie relève d'un savoir du sacré et d'un apprentissage, alors que la sorcellerie, dans le monde occidental, est généralement définie comme une forme fruste et populaire de la magie. Au pouvoir par le savoir sur les mystères, elle oppose l'action par le choc, la haine et la volonté de détruire. Aux paliers à franchir, elle oppose le bond et l'accès direct à l'au-delà.


La grande période des procès de sorcellerie

Une épidémie de sorcellerie dévasta un grand nombre de pays européens aux XVIe et XVIIe siècles, faisant un nombre de morts difficile à évaluer (quelques dizaines de milliers). Les causes de ce fléau furent multiples et restent controversées. La misère avec la peste et la famine, le poids grandissant des hérésies qui mettent l'Église en question dans son dogme et ses mœurs, la très douloureuse séparation de l'Église et de l'État, sont des paramètres objectifs à prendre en compte.
Parallèlement, de manière plus sourde mais profonde, la secousse intellectuelle que fut l'arrivée des textes d'Aristote et des travaux d'Averroès, le développement d'une véritable théologie à partir du XIIIe siècle définissant ses normes et les transgressions de celles-ci, une culpabilité massive d'avoir à délimiter les pouvoirs respectifs de Dieu et du Diable pour s'autoriser à manipuler les lois de la nature, ont largement contribué à la mise en place d'une victime expiatoire. Les accusés sont, pour sept à neuf dixièmes, des femmes, plutôt âgées et isolées dans leur village. Ils sont issus du monde rural.
L'ouvrage Le marteau des sorcières, véritable réquisitoire contre la femme-sorcière, rédigé par deux dominicains, Jakob Sprenger et Heinrich Institoris, vient poser, en 1487, les fondements d'un système de pensée théorique et de répression pénale. Jusqu'alors, l'Église s'était plutôt tenue sur la réserve, même si elle avait lancé quelques avertissements. La ligne générale avait été de renvoyer à l'illusoire ce qui en relevait. La preuve la plus évidente de cette sage distance se trouve dans le texte de canon Episcopi (v. 900), où l'Église rejette comme fables des croyances qu'elle reprendra à son compte plus tard: « Il y a des femmes méchantes qui, retournant à Satan, croient chevaucher certains animaux la nuit [...], traverser beaucoup de grands pays sous les ordres de Diane [...] ; une innombrable foule de gens croient que ces choses sont vraies et, revenant aux erreurs des païens, pensent qu'existe une puissance divine autre que le Dieu unique. » La bulle d'Innocent VIII (1484) affirme que cette puissance a un nom: le Diable, et que la sorcière est son bras.
Des historiens comme Carlo Guinzburg ont fait des recherches pour démêler cet écheveau complexe d'une intégration difficile des dieux païens, des démons divers et des rituels inquiétants dans une doctrine qui se doit de les tuer. La violence de la répression est à la taille de cet héritage, dont les racines multiples puisent aussi bien dans les bacchanales, les phallophories (culte du phallus) que chez les mages chaldéens et thraces. Et si Diane se trouve citée là, elle est interchangeable avec Hérodiate ou Hécate. Satan protège ce passé qui s'unit à lui, n'offrant alors qu'une tête à trancher. L'Inquisition se voit chargée des crimes d'hérésie dès 1233. Elle sera vite relayée par une procédure civile, beaucoup plus meurtrière, sauf en Espagne. L'apogée des bûchers se situe entre 1560 et 1720. Les victimes, dont le dénominateur commun est souvent une légère déviance par rapport à la normalité (hérédité chargée, anomalie physique, marginalité, etc...) ont à subir la question ordinaire et extraordinaire, supplices dont les descriptions nettes et froides montrent la visée des juges. L'aveu est au centre de la procédure, lui seul décide et condamne.
Une lecture attentive des textes, telle que l'a opérée Robert Muchembled, montre que les raisons de la violence de la population vis-à-vis de la sorcière et de la classe intellectuelle suivent des parcours très différents avant de se rejoindre dans la condamnation: d'un côté, les sorts, l'envoûtement, l'angoisse par rapport aux biens, et de l'autre, un système de projection sur fond théologique. La formulation d'Etienne Delcambre: « Le concept de magie médiévale en Lorraine apparaît moins comme une émanation de la pensée populaire que comme l'expression d'un ensemble d'idées conçues par des théologiens et des juristes et imposées par eux au vulgaire », rejoint la thèse de René Alleau, qui classe la sorcellerie médiévale non dans l'histoire de la magie mais dans celle des religions. Certes, il est reproché à la sorcière de s'attaquer à tous les processus de reproduction et d'engendrement, mais sa faute première est le rejet de Dieu. Comme s'il s'agissait de créer une surpuissance d'origine humaine pour détruire et, par ce coup de couteau, séparer radicalement l'humain du sacré... tout en respectant Dieu. L'époque des Lumières se construit sur l'assassinat d'un cauchemar. Décoder le négatif du dogme est souvent facile. La parole de la communion, évidente dans cet ensemble riche et extraordinaire qu'est le sabbat, permet de centraliser les rituels venus de passés lointains.
L'abondance de sorcières, de métamorphoses, d'illusions diaboliques témoigne d'une recherche de lois fixes, immuables et compréhensibles et donc de la nécessité d'abolir celui qui est le fauteur de troubles, le Diable. Paradoxalement, la théologie témoigne ainsi de son lien à la science.


La période des procès par rapport à la psychiatrie

La jonction ne peut se faire qu'en étudiant également les crises de possession qui avaient lieu à cette période. Jean Wier, médecin du duc de Clèves, auteur du De prestigiis daemonum (1579), a très souvent été présenté comme le père de la psychiatrie moderne. Sa thèse est de séparer les empoisonneuses des sorcières, puis de considérer ces dernières comme des malades mélancoliques dont le Diable n'a que faire.
Jean Bodin s'oppose à Wier en affirmant qu'il est incongru de juger des choses surnaturelles d'après les naturelles et qu'il est de notoriété publique que le Diable se sert de la mélancolie comme terrain d'action.
Cette confrontation juridique et médicale sur le religieux est pour nous féconde. Nous dirions en termes modernes que le corps libidinal ne recouvre pas le corps physique. Aussi, la mélancolie changera de visage et de nom et deviendra l'hystérie par une métamorphose qui reste à questionner.


Le domaine psychologique

Le mot sorcellerie reste à entendre comme incarné par le jeteur de sort, agissant volontairement grâce à un appel lancé aux forces surnaturelles. Si le magicien use de techniques de captation des forces symboliques, le sorcier semble se dresser dans une lutte ouverte contre toute rationalité, analogue à sa lutte sociale ou religieuse. aussi, les techniques, qu'elles relèvent de l'imitation ou de la contagion, prenant le mot pour la chose, la partie pour le tout, maniant de manière paradoxale les images, les mots, les objets, ont une valeur d'autant plus forte qu'elles détournent le médiatique pour créer une suggestion totale par l'incompréhensible.


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