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La définition de Solvant organique


Le solvant organique est un produit chimique, volatil ou gazeux, qui a la propriété de solubiliser les graisses ainsi que de nombreuses substances lipophiles. Inhalé, ils agit sur le système nerveux central en induisant des manifestations ébrieuses. Celles-ci sont parfois recherchées par des adolescents.


Les solvants organiques sniffés

Les solvants organiques utilisés par les sniffeurs sont facilement disponibles en grandes surfaces ou dans les magasins de bricolage. Ainsi, il n'est pas possible d'en limiter la vente, compte tenu de leur usage banal dans d'innombrables activités domestiques ou professionnelles. Il s'agit donc de produits dont la cession est libre, à l'exception de quelques substances soumises à un contrôle légal spécifique (le chloroforme, l'éther, d'autres anesthésiques).
Les colles à solvants ont eu longtemps la faveur des usagers, qu'il s'agisse de colle à rustine, de colle à boyaux, de colles industrielles, etc... Ces produits contiennent du toluène et des xylènes, ainsi que des proportions variables d'acétone, de chlorure de méthylène, d'acétate d'éthyle, d'essences spécialisées, etc... De même, les détachants du type Eau écarlate sont également très utilisés. Ils contiennent de fortes proportions d'hydrocarbures halogénés (du tétrachlorure de carbone, du trichloréthylène, des chlorobenzènes, des chlorures de méthylène, du trichloréthane, etc...), des hydrocarbures aromatiques de la série du benzène (benzène, toluène, xylènes), ainsi que de l'acétone, du méthanol, de l'éthanol, du formol, des essences, de l'hexane.
Les solvants pour peintures et vernis, notamment le white-spirit mais aussi l'essence de térébenthine, sont également employés par les sniffeurs, de même que les divers produits d'entretien ménager (les produits pour lavages de vitres, l'encaustique, les désodorisants d'atmosphère, etc...), diverses préparations cosmétiques (du type laques ou solvants pour laques), des produits pour l'automobile (antigels, carburants) ou pour les mobylettes (carburants). Sont aussi concernés les aérosols contenant des gaz fluorés (fréons) comme agents propulseurs. Aussi, certains gaz anesthésiants peuvent être détournés de leur usage médical (protoxyde d'azote). Les gaz des briquets riches en butane et propane sont eux aussi employés par les sniffeurs, notamment en Grande-Bretagne.
La majorité de ces produits sont inflammables, voire explosifs. Ainsi, leurs propriétés expliquent des accidents parfois graves, à type de brûlures, décrits chez des usagers chauffant les solvants pour faciliter leur volatilisation à l'aide d'une flamme.


Les conséquences cliniques de l'usage de solvants organiques

La toxicité des solvants varie largement selon la molécule ou le mélange utilisé. Aussi, la formule de la majorité des produits industriels est protégée par le brevet de fabrication et n'apparaît pas sur l'emballage du produit. Toutefois, elle est connue des centres antipoison.
Leur usage par les adolescents ressort avant tout d'effets de mode locaux. Ainsi, tel produit sera préféré pendant un temps, puis délaissé au profit d'un autre. Les effets induits par le sniffing de solvants sont de survenue très rapide. Aussi, leur importance est variable selon le produit, la technique d'utilisation, l'habileté de l'usager à concentrer les vapeurs et à contrôler la quantité inhalée, le mélange inhalé et la durée des inhalations, ainsi que l'ancienneté de la pratique.
Trois types d'effets se succèdent dans le temps:

  • Une phase euphorique: elle s'accompagne d'une excitation psychomotrice et d'une désinhibition.
  • Une phase de perturbations sensorielles: elle va parfois jusqu'à l'hallucination visuelle.
  • Une phase de sédation: elle s'accompagne parfois d'un sommeil et d'un coma.

La dépendance et la toxicité des solvants organiques

La tolérance est variable avec les solvants. Elle n'est pas constante chez tous les usagers, mais certains d'entre eux vont cependant pouvoir augmenter les doses d'un facteur 7 à 8 en deux ou trois ans.
L'existence d'une dépendance psychique est avérée chez certains usagers, pour lesquels l'arrêt de l'usage de solvants se traduit par une dysphorie, de l'anxiété et de l'agressivité. Cependant, l'existence d'une dépendance physique est généralement contestée.
Par ailleurs, la toxicité des solvants organiques peut s'observer sur plusieurs plans:

  • La toxicité neurologique: elle est d'une grande constance quels que soient les produits envisagés. Elle est liée à la présence de toluène, de xylènes ou d'hexane dans les préparations. Elle se traduit par des polynévrites susceptibles d'affecter même le nerf optique.Aussi, de nombreux sniffeurs se plaignent de céphalées, de troubles de la mémoire, de troubles de l'attention, de troubles sensoriels divers, de tremblements, toutes manifestations survenant parfois à distance des épisodes d'intoxication. Ces signes rappellent tous l'éthérisme chronique. Cependant, il reste impossible, à l'heure actuelle, de se prononcer de manière certaine quant à l'impact neurologique du sniffing, en l'absence d'études longitudinales contrôlées. Néanmoins, on peut tout de même souligner la gravité et la fréquence de l'encéphalopathie au plomb tétraéthyle chez les inhalateurs de carburant. Aussi, des cas fatals sont régulièrement signalés dans la littérature.

  • La toxicité néphrologique: le risque d'atteinte rénale est élevé chez les sniffeurs, notamment s'ils usent de mélanges contenant de fortes proportions de tétrachlorure de carbone, de trichloréthylène ou de toluène. Les lésions sont le plus souvent rapidement réversibles dès que la pratique toxicomaniaque cesse.

  • La toxicité gastro-entérologique: une gastrite associe des brûlures d'estomac, des nausées, une intolérance gastrique et des vomissements, avec douleurs abdominales parfois violentes et troubles du transit intestinal. Une anorexie est constante chez tous les usagers de quantités importantes de solvants. L'atteinte du foie reste discutée. Elle semble volontiers associée à l'atteinte rénale. Les hépatites toxiques isolées se traduisent par un ictère, des vomissements, une augmentation des transaminases. La toxicité des divers solvants est probablement très inégale. On peut souligner la participation importante du chloroforme, du dichlorométhane et surtout du tétrachlorure de carbone. Les lésions sont le plus souvent rapidement régressives.

  • La toxicité cardiologique: la toxicité à ce niveau de certains solvants (gaz propulseurs d'aérosols, fréons) est considérable. Elle explique la plupart des décès rapportés dans la littérature. Ces produits peuvent induire une arythmie cardiaque avec réduction de la force contractile du cœur et réduction du débit sanguin éjecté. En outre, le manque relatif en oxygène, situation fréquente lorsque l'usager de solvants les inhale la tête engagée dans un sac plastique, favorise les accidents toxiques cardiaques, de même qu'une situation de stress.

  • La toxicité hématologique: les aplasies médullaires dues à l'action du benzène deviennent rarissimes dans ce contexte, car la législation est aujourd'hui draconienne à l'égard de ce solvant d'une toxicité très importante sur les cellules du sang. Les exemples d'anémie et de leucopénies décrits dans la littérature restent exceptionnels.

  • La toxicité pneumologique: dyspnée, toux, douleurs thoraciques et crachats sanguinolents sont fréquents, mais les examens radiologiques demeurent le plus souvent normaux, sauf si le sniffeur inhale des vapeurs d'essence, de pétrole ou de white-spirit, produits connus pour favoriser la survenue de pneumonies et d'une insuffisance respiratoire qui a pu être fatale dans certains cas. Les hémoptysies, très anxiogènes et spectaculaires, ne sont généralement pas graves s'il n'y a pas d'œdème aigu du poumon sous-jacent. Les cétones se révèlent vasoconstrictrices au niveau des vaisseaux pulmonaires, d'où le risque d'hypertension pulmonaire. Toluène et xylènes sont, quant à eux, bronchoconstricteurs, avec donc un risque particulier chez l'usager asthmatique. Des œdèmes aigus du poumon sont parfois décrits, et peuvent être à l'origine de décès. Selon certains auteurs, les produits les plus caustiques et/ou volatils seraient en ce sens les plus toxiques. Des œdèmes aigus du poumon lésionnels peuvent aussi survenir au décours d'un syndrome de Mendelson.

  • La toxicité oto-rhino-laryngologique: l'usage de solvants organiques entraîne rapidement une atteinte des voies respiratoires, la gorge étant très irritée et une rhonorrhée presque de règle. La plupart des adolescents sniffeurs réguliers sont pris de quintes de toux, parfois de saignements de nez, plus rarement d'ulcération buccales.

  • La toxicité fœtale: les solvants organiques franchissent la barrière placentaire et peuvent donc agir sur le fœtus. Quelques auteurs évoquent un syndrome spécifique (le fœtal gasoline syndrom), mais il reste très difficile de départir ce qui revient à l'usage des solvants chez une femme enceinte et ce qui revient à son style de vie.

  • Les complications psychiatriques: les effets psychiques de l'usage d'éther ont été décrits dès le XIXe siècle. On connaît bien les manifestations survenant à court terme lors de l'utilisation de solvants organiques modernes, mais beaucoup moins celles qui se font jour au décours d'un usage prolongé.
    À court terme, la survenue d'un état confusionnel, d'une ivresse est quasiment constante lors de l'intoxication. Celle-ci s'associe à un onirisme vécu de façon agréable ou avec angoisse. La bouffée délirante aiguë est plus rarement décrite. Des phénomènes de flash-back peuvent survenir à distance de l'intoxication. On les rattache soit à la personnalité de l'usager, amené à revivre une expérience délirante secondaire, soit à des phénomènes cinétiques, les solvants accumulés dans les tissus gras de l'organisme pouvant être relargués brusquement dans le sang, à la suite d'un amaigrissement, par exemple. Les troubles du comportement, liés à une instabilité émotionnelle et thymique, expliquent les consultations en psychiatrie de l'adolescent pour des problèmes reliés à l'inhalation de solvants. Ils surviennent soit pendant la phase d'ébriété, soit pendant la phase hallucinatoire quand elle existe et sont alors favorisés par la confusion. Ces troubles se traduisent par des actes auto-agressifs, pouvant être cause de décès. On signale aussi, dans ce cadre, des tentatives de suicide, le passage à l'acte étant facilité chez des adolescents dépressifs désinhibés par les solvants, et des accidents liés aux convictions délirantes (par exemple, une défenestration chez des inhaleurs convaincus de pouvoir voler). Ces troubles peuvent aussi se traduire par des actes hétéro-agressifs, aggravés par la conviction de l'individu d'être invulnérable.
    À long terme, chez des individus prédisposés, l'usage de solvants peut venir renforcer, sinon parfois déclencher, l'organisation psychotique par la création d'expériences délirantes et hallucinatoires. En ce sens, on peut concevoir chez ces personnes une addiction à l'inhalation, au sniffing, plus qu'au produit inhalé.

  • La mortalité: les statistiques sont imprécises et les cas vraisemblablement sous-estimés. Un accident fatal peut survenir par asphyxie, le sniffeur s'endormant la tête coincée dans le sac plastique permettant l'inhalation, ou par régurgitation dans les voies respiratoires. Le décès peut aussi être lié à la toxicité propre des produits, notamment celle des dérivés halogénés aliphatiques et celle des fréons contenus dans certains aérosols. Dans ce cas, les décès surviennent soit à la suite d'une anurie paroxystique, soit par arrêt cardiaque à la suite de troubles du rythme. Par ailleurs, le solvant le plus utilisé, de façon généralement indirecte, est le toluène. Il n'est cependant pas le plus toxique. L'usage de solvants organiques industriels a été cause de nombreux décès dans les pays anglo-saxons dans les années 1980.

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