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La définition de Sociologie des maladies mentales


La sociologie des maladies mentales désigne l'étude de l'influence des faits sociaux, des groupes humains et de leurs structures sur les maladies mentales.


La macrosociologie et la microsociologie

Depuis Émile Durkheim, la sociologie s'est intéressée aux maladies mentales, avec son étude sur les causes du suicide. Et Roger Bastide tentait d'intégrer la plupart des données de la psychiatrie sociale dans le cadre de la sociologie. Les recherches ont d'abord porté sur l'influence des structures sociales sur la pathologie mentale, en se situant à deux niveaux:

  • Le niveau macrosociologique: la macrosociologie s'intéresse aux groupes sociaux et peut déterminer, par des études démographiques et épidémiologiques, les rapports entre telle maladie mentale et les formes et structures de la société où elle se développe. Cela a été fait en particulier pour l'alcoolisme que l'on a pu mettre en relation, dans une population donnée, avec les conditions économiques (revenus, logement), professionnelles (spécificités ergonomiques), diététiques (habitudes alimentaires), familiales (structure et composition de la famille) de vie des alcooliques repérés par des enquêtes statistiques.

  • Le niveau microsociologique: la microsociologie a plutôt cherché à repérer les structures les plus intimes du groupe. Elle a mis en évidence certains liens privilégiés existant entre les membres d'un groupe comportant des éléments conscients et inconscients qui rendent les interrelations très puissantes et véritablement formatrices de la vie psychique. C'est à ce niveau qu'on peut parler de la valeur structurante et déstructurante des relations. Dans le domaine psychiatrique, on s'est beaucoup intéressé à la structure du groupe familial et notamment au lien mère-enfant dont l'importance ne saurait être surestimée pour le développement du psychisme et, par conséquent, pour sa pathologie.
    Les relations primordiales agissent d'une double manière: par leur présence active et par les images qu'elles engendrent dans une vie psychique élémentaire, préverbale. Ainsi se constituent les bases inconscientes de la personnalité. Si le rôle de la mère est primordial parce qu'il assure le début de la vie psychique, celui du père, qui représente la société dans ce qu'elle comporte d'extérieur, de conquêtes à faire, celui des frères et sœurs, qui permettent l'apprentissage des premières compétitions, prennent ensuite une grande importance. Il en sera de même pour les premières années dans le milieu scolaire, puis dans les divers groupes sociaux où l'enfant, devenu adolescent, poursuivra son évolution psychoaffective tout en risquant à chaque stade de la voir perturbée par des structures sociales défavorables.

Les liens entre la psychiatrie et l'anthropologie

D'autres études se sont poursuivies sur le plan culturel où les liens entre la psychiatrie et l'anthropologie ont permis des éclairages mutuels et complémentaires très fructueux. L'école américaine d'anthropologie culturelle les a largement utilisés. Elle a donné des analyses de structures psychoculturelles assez nombreuses, souvent très utiles sur le plan psychopathologique. Ce fut notamment le cas pour les études des pulsions instinctivo-affectives élémentaires, qui ont montré l'importance des conditionnements du très jeune âge pour la destinée de ces pulsions.
Par exemple, Abram Kardiner a pu rapprocher, dans ses enquêtes aux îles Marquises, des faits comme la rareté des femmes, deux fois moins nombreuses que les hommes, de la négligence des soins maternels, génératrice à son tour de l'anxiété des adultes s'exprimant par des fantasmes de peur d'être dévoré par des ogresses, par de nombreux actes auto et hétéro-agressifs, par la crainte continuelle de maladies et par de nombreuses pratiques de sorcellerie dirigées contre les femmes.
De même, Margaret Mead et Gregory Bateson ont étudié, chez des tribus de Nouvelle-Guinée, de nombreux comportements conjugaux et maternels influençant considérablement le développement psychoaffectif des enfants, et responsables de traits particuliers de leur personnalité adulte. Ainsi se constitue, sous l'influence des coutumes, de certaines structures sociales et de caractéristiques culturelles, une véritable configuration d'habitudes et d'images formatrices composant ce que Kardiner a dénommé la personnalité de base, qui pourra marquer profondément les formes de pathologie survenant dans ces populations.


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