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La définition de Sociogenèse des maladies mentales


La sociogenèse des maladies mentales désigne l'ensemble des conditions et des facteurs sociaux susceptibles de produire la naissance, le développement et l'évolution de maladies mentales. Leur étude relève des méthodes de la sociologie, notamment des enquêtes et des analyses portant sur le milieu social, la société, où peuvent éclore des affections psychiatriques.


L'histoire de la sociogenèse

La notion de sociogenèse a été parfois à l'origine d'une véritable théorie étiopathogénique de la maladie mentale, dont elle fait une pure conséquence des dysfonctionnements familiaux et sociaux, comme l'a soutenu en particulier l'antipsychiatrie anglaise pour la schizophrénie. Elle peut alors s'opposer radicalement à la psychogenèse ou à l'organogenèse des troubles mentaux.
C'est avec l'étude du sociologue français Émile Durkheim sur le suicide, en 1897, que commencent les recherches sociologiques en psychopathologie. Il y était montré l'importance des facteurs sociaux, comme l'intégration au sein de la société, le rôle de l'Église et de la famille et de bien d'autres facteurs extérieurs dans l'apparition du suicide chez un individu, alors qu'étaient relégués au deuxième plan les facteurs individuels.
À la différence des approches biologiques et psychologiques qui ont toujours été marquées d'une forte influence européenne, la psychiatrie sociale a eu comme principal terrain de développement le monde anglo-américain. En effet, c'est outre-Atlantique que se développèrent, dans les années 1950, les principales études d'épidémiologie psychiatrique, poursuivant l'orientation qu'avait prise vingt ans plus tôt l'école de sociologie de Chicago. Elles ont montré à quel point les statuts socioéconomiques et socioculturels déterminent l'expression et le développement de la maladie mentale chez un individu, sans toutefois toujours bien en comprendre les raisons. Ainsi a été précisée, par exemple, la forte corrélation entre dépression et classe sociale. En effet, toutes les statistiques montrent que les troubles dépressifs touchent de façon accrue les femmes de milieux sociaux peu favorisés. Les femmes sont également plus vulnérables aux troubles anxieux, phobiques, obsessionnels et psychophysiologiques. À l'inverse, l'alcoolisme et les comportements antisociaux et psychopathiques sont des pathologies plutôt masculines. Dans un tout autre domaine, on a pu montrer que le mariage protégeait plus l'homme que la femme de la maladie mentale, alors que c'est exactement l'inverse en ce qui concerne le travail.


La prise en compte des facteurs sociaux

Cet intérêt pour les facteurs sociaux prédisposants de la pathologie mentale n'a cependant pas conduit tous les psychiatres à adopter un point de vue radicalement sociogénétique, comme ont pu le faire Ronald Laing et David Cooper, leaders de l'antipsychiatrie dans les années 1960. Mais la plupart d'entre eux ont compris qu'il ne fallait pas négliger ces facteurs sociaux.
Dans le cadre d'une pratique psychiatrique communautaire ou de secteur, ils ont su tenir compte du contexte social de leur patient, et même s'en servir dans une visée thérapeutique et préventive. En effet, ils se sont rendu compte que si l'utilisation des nouveaux médicaments psychotropes permettait des sorties rapides de leurs malades de l'hôpital, elle n'empêchait pas leur retour, presque aussi rapide. C'était le phénomène de la porte-tambour, caractérisé par une réadmission rapide en milieu hospitalier psychiatrique, suivie de sortie peu de temps après, puis encore d'une réadmission et ainsi de suite. Ce phénomène aboutissait certes à un nombre non négligeable de sorties et à des séjours hospitaliers de durée de plus en plus brève, mais il ne permettait pas aux patients une vraie réinsertion sociale.
C'est pourquoi l'action thérapeutique devait se poursuivre sur le milieu socio-familial du patient, notamment au niveau de la famille, pour obtenir un meilleur accueil du convalescent et une réduction des tensions émotionnelles se manifestant dans l'émotion exprimée. Et c'est aussi sur les conditions de vie sociale et professionnelle que doit s'entreprendre un travail de véritable réadaptation permettant une rupture complète avec l'institution hospitalière et une guérison, ou au moins une rémission prolongée de la maladie. Ainsi l'étude et le traitement de l'environnement social font indiscutablement partie, désormais, de la prise en charge de tout malade mental.


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