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La définition de Sociobiologie


En éthologie, la sociobiologie désigne un modèle d'inspiration darwinienne, recherchant l'explication des conduites sociales dans l'avantage génétique qu'elles confèrent à leurs auteurs.


Le modèle sociobiologique

Le modèle sociobiologique est actuellement très populaire chez les scientifiques anglo-saxons spécialistes des sociétés animales. L'une des raisons en est sans doute l'introduction d'un modèle néodarwinien autorisant des prédictions quantitatives. Par là, la sociologie animale pense abandonner le caractère anecdotique qu'elle a parfois revêtu pour prendre une cohérence théorique lui assurant une unité formelle.
La seule difficulté qui s'oppose à la généralisation du modèle sociobiologique tient à ce que l'application d'un modèle néodarwinien implique des conditions de validité précises, qui, par exemple, ne sont la plupart du temps pas remplies lors des études concernant l'espèce humaine. Il en résulte alors une utilisation abusive, critiquée à juste titre. La remarque de base concerne tout trait transmis génétiquement. En effet, quelle que soit sa nature, un tel caractère ne peut se répandre dans une population par sélection naturelle que si les individus qui en sont porteurs ont en moyenne plus de descendants que les non-porteurs. Aussi, on appelle avantage génétique le surplus de descendance qui est assuré à un animal par la possession d'un trait particulier.
Ces remarques générales s'appliquent aussi aux divers traits de comportement spécifiques, c'est-à-dire qui diffèrent d'une espèce à l'autre. Elles expliquent de façon convaincante le caractère adaptatif des traits de comportement héréditaire observés dans la plupart des espèces.


Les comportements altruistes

Pourtant, les sociétés animales montrent des traits de comportement, dits altruistes, qui ne correspondent pas à ce schéma général mais diminuent au contraire la descendance moyenne de leur porteur. Le modèle de William Hamilton montre que cet altruisme peut pourtant entraîner un avantage génétique lorsque il s'exerce au profit d'un congénère étroitement apparenté. Aussi, on appelle degré d'apparentement la probabilité pour deux animaux de posséder un allèle génique identique par suite d'une ascendance commune. Dans une espèce diploïde, ce degré est 1/2 entre deux frères, 1/4 entre deux cousins germains, etc...
La reproduction d'un apparenté entraîne donc une certaine probabilité de transmission pour les gènes de l'individu altruiste, et, en particulier, pour celui qui règle le comportement d'aide. Elle représente une reproduction indirecte pour cet individu et représente un avantage génétique qui peut être supérieur à celui qu'il se serait assuré en se reproduisant lui-même. Aussi, on appelle avantage génétique global l'ensemble des transmissions de gènes qui sont assurées par reproduction directe et reproduction indirecte.


Le programme de recherche de la sociobiologie

Dans un tel cadre, la sociobiologie représente un programme de recherche visant à estimer l'accroissement d'avantage génétique global qui a été permis par l'apparition des divers traits de comportement. Ainsi, elle est conduite à rechercher les conséquences que peuvent entraîner sur la transmission des gènes, diverses conduites sociales soumises à son analyse.
La démarche a une valeur heuristique indéniable, par exemple, en permettant de démontrer en bien des cas l'existence, prévue par le modèle, d'une préférence de parentèle incitant l'individu altruiste à aider par préférence des individus qui lui sont le plus étroitement apparentés, et donc à analyser la composition génétique de la population où apparaît le trait altruiste. L'existence de cas où aucun gain d'inclusive fitness n'a pu être mis en évidence montre que le programme n'est pas purement trivial.
Toutefois la validité même de ce programme implique deux conditions:

  • Que le trait considéré corresponde effectivement à une unité de sélection distincte. En toute rigueur, cette condition implique une relation bi-univoque entre la présence du trait considéré et celle d'une unité de recombinaison distincte. Si la présence de cette unité conditionne à la fois celle de plusieurs traits distincts, la valeur sélective associée dépend de l'ensemble de ces traits et l'examen des seules conséquences de l'un des traits ne décrit pas de façon satisfaisante les conditions de sélection. Pourtant, en pratique, le programme n'est pas invalidé de façon drastique par la satisfaction incomplète de cette condition. Il suffit pour le sociobiologiste de montrer que le trait considéré apporte une fitness supérieure à celle du trait alternatif pour que son apparition soit considérée comme expliquée.

  • Que le modèle ne s'applique par définition qu'aux traits déterminés génétiquement. La raison principale de cette exclusive est que seule la transmission génétique opère exclusivement par filiation. Par conséquent, il est sans objet de calculer quelque avantage génétique que ce soit pour un trait qui n'est pas strictement réglé génétiquement. Là se situe la principale objection qui interdit absolument d'appliquer le programme sociobiologique aux phénomènes culturels humains. On peut admettre que la culture humaine est conditionnée par la présence d'un trait biologique sous-jacent qui est à son tour génétiquement codé, puisque aucune autre espèce animale ne montre d'authentiques phénomènes culturels. Mais il ne s'agit alors que d'une capacité très générale, commune à l'ensemble de l'espèce, et donc sans lien avec les changements qui se produisent à l'intérieur de celle-ci.

La sociobiologie étendue à l'être humain

Le terme de sociobiologie désigne ainsi à la fois une théorie des comportements sociaux des animaux, fondée sur la théorie de l'évolution, l'éthologie et la génétique des populations, dont elle se veut la synthèse, et son extension à l'être humain. Cette distinction est importante, car l'accueil qui leur a été fait est très différent. En effet, si la première a été en général bien acceptée, ne suscitant que des discussions scientifiques normales, son application à l'Homme a été l'objet de polémiques violentes.
On peut prendre comme point de départ un paradoxe: la vie en société implique que certains individus se sacrifient pour les autres. Si l'on admet que ce comportement, comme tous les autres, est génétiquement déterminé, comment le gène qui le gouverne a-t-il pu se maintenir, donc avoir été sélectionné, puisque celui qui se sacrifie a moins de chances de survivre, donc de se reproduire? La réponse de la sociobiologie est que la sélection, donc l'évolution, porte en fait sur des gènes, et non sur des organismes. On ne se reproduit jamais identiquement. Seuls les gènes se transmettent. Ainsi, si un individu se sacrifie pour des parents proches, il favorise la reproduction de ceux-ci, et donc la transmission de leurs gènes, en particulier de ceux qu'ils ont en commun. L'individu peut être altruiste, mais c'est pour mieux permettre la perpétuation d'un gène égoïste.
Des raisonnements de ce type ont permis à la sociobiologie d'expliquer un grand nombre de comportements sociaux, considérés comme le produit d'une évolution dont le mécanisme principal est l'évolution portant sur les gènes et sur les populations, les individus n'intervenant que comme transmetteurs des gènes. Tant que la théorie sociobiologique ne portait que sur les animaux, elle a été relativement bien acceptée, bien qu'on lui ait opposé un certain nombre d'objections, comme le fait que les gènes ne s'expriment jamais de façon isolée, mais toujours en interaction avec d'autres. Il est donc difficile de parler de la tendance d'un gène à se reproduire. On s'est aussi demandé comment un gène pourrait reconnaître qu'un autre organisme porte un gène semblable.
Mais la sociobiologie ne s'en tient pas là. En effet, elle prétend appliquer les mêmes raisonnements, et donc transposer la même conception du déterminisme génétique à l'Homme, la sociologie ne devenant plus qu'une des branches de la sociobiologie. Les hiérarchies sociales, les rôles masculins et féminins, l'homosexualité, etc..., sont expliqués par leur rôle supposé dans la transmission des gènes. Comme tous les héréditarismes, dont elle est la forme la plus récente, la sociobiologie affirme un déterminisme biologique rigoureux: l'Homme ou plutôt la société humaine, tels que nous les connaissons, sont les produits de l'évolution, donc de la sélection. Les traits que nous observons sont ceux que celle-ci a conservés, ceux qui ont survécu. Cela sous-entend qu'il est dangereux, ou impossible, d'y toucher. En ce sens, on peut l'interpréter comme fondamentalement conservatrice, et on ne s'est pas privé de le lui reprocher. Mais l'essentiel des objections est ailleurs. En effet, en transposant des autres animaux à l'être humain, on risque de négliger une caractéristique humaine spécifique et essentielle, la culture, produit d'une fonction symbolique qu'on ne retrouve pas chez les autres animaux, ou seulement sous une forme rudimentaire, et qui permet, sinon de s'affranchir totalement des déterminismes biologiques, du moins de les moduler. Par exemple, on voit mal comment le souci de transmission des gènes peut rendre compte de la diversité des systèmes de parenté. Plus généralement, la sociobiologie a de la peine à expliquer la diversité des cultures, ou même simplement à les prendre en considération. D'où un des reproches le plus fréquemment adressés à la sociobiologie, celui d'ethnocentrisme, c'est-à-dire prendre comme nature humaine les humains de notre société occidentale actuelle.


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