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La définition de Sauvage



L'enfant sauvage

Il s'agit d'un enfant privé de tout environnement humain, qui présente des réactions semblables à celles d'animaux sauvages, ce qui a entraîné les appellations d'enfant-loup, d'enfant-ours ou d'enfant-léopard. La dénomination d'enfant sauvage fut, pour la première fois, adoptée par Guiraud et Constant de Saint-Estève dans leurs rapports de police relatant la première et seconde capture du sauvage de l'Aveyron, cas sans doute le plus célèbre d'un humain réputé n'être en aucune manière civilisé.
En psychologie, les enfants sauvages ont alimenté deux débats:

  • Celui des rapports entre nature et culture.
  • Celui, en partie indépendant du premier, du déterminisme précoce de l'ontogenèse.

Les cas d'enfants sauvages

Du XIVe siècle à nos jours, on recense une cinquantaine d'êtres humains ayant vécu tout ou partie de leur enfance totalement isolés de leurs congénères et ayant été retrouvés dans des environnements peuplés d'animaux sauvages et parfois en compagnie de certains d'entre eux. Toutefois, ce nombre fait illusion. En effet, les récits qui les mentionnent sont le plus souvent de deuxième ou troisième main. Ils sont anecdotiques et fourmillent de détails invérifiables, rocambolesques ou fantastiques.
Notre connaissance se limite en fait à 5 ou 6 cas relatés par ceux-là même qui ont suivi les enfants depuis leur capture. Parmi ces rapports, on peut citer celui de Jean Itard sur Victor, le sauvage de l'Aveyron et celui constitué par les documents laissés par le révérend Singh et le Dr Sarbadhicari qui prirent en charge les deux fillettes-louves, Amala et Kamala. Le caractère sauvage de ces quelques enfants, d'âges différents, est d'abord attesté, au moment de leur capture par:

  • Leur locomotion quadrupède.
  • Leur nutrition: elle est végétarienne chez l'enfant-ours de Hesse et chez Victor, carnivore chez Amala et Kamala, retrouvées dans une niche de louveteaux.
  • Leurs activités spontanées de cueillette ou de chasse.
  • Leur nyctalopie.
  • Leur cycle veille-sommeil.
  • Leur alternance d'apathie et d'excitation.
  • Leur absence de langage et leur totale incompréhension d'un langage humain.
  • Leur peur des hommes: aucun n'a rejoint son espèce de son propre gré.

Les enfants sauvages et les enfants séquestrés

On a souvent assimilé à cette population les enfants séquestrés, qui composent une catégorie particulière. En effet leur isolement a pu être plus profond que celui d'enfants sauvages. En outre, ils ont pu être coupés de tout être vivant, animal ou homme. Mais cette catégorie est également hétéroclite. En effet, tous ont bénéficié de quelques apports culturels. Certains ont été vêtus, d'autres nourris d'aliments cuits et présentés dans des récipients. D'autres enfin savent utiliser une cuillère ou un couteau, ou un peigne.
Kaspar Hauser, cas sans doute le plus illustre, bien qu'ambigu, écrit lui-même ce nom, supposé le sien, dans le registre de police lors de son arrivée à Nuremberg. Sa marche est bipède, bien que trébuchante et vacillante.


Le devenir des enfants sauvages

Le devenir de ces enfants, après leur réinsertion dans la société humaine, et leurs chances de développement normal suscitent plus encore l'intérêt des psychologues. Les tentatives éducatives appliquées à ces individus ont été des essais de normalisation. Qu'elles soient raisonnées, cohérentes et planifiées, comme chez Itard, ou intuitives et tâtonnantes, comme chez Singh, leur bilan global n'apparaît guère positif: l'enfant sauvage ne parvient à obtenir qu'une partie des acquisitions réussies par les enfants non sauvages à des âges antérieurs à celui qui lui est attribué.
Comparés à des individus non sauvages de même âge chronologique, leurs différences en matière de discrimination perceptive, d'habileté motrice et de coordination demeurent patentes. Aussi nettes apparaissent leurs déficiences en matière de production de la parole, de raisonnement opératoire, de compréhension de concepts, ainsi que dans la régulation socio-émotionnelle. Ainsi, leur socialisation reste rudimentaire, y compris dans les échanges avec leurs éducateurs. Les écarts demeurent tels que ces enfants sont soupçonnés d'oligophrénie. Cependant, une évaluation strictement individuelle de leur évolution, absolue et non plus relative aux performances d'un groupe de comparaison, telle que l'a faite Itard et que l'ont prônée par la suite Gesell et Kellogg, témoigne de changements adaptatifs importants et de progrès cognitifs.
Mais ces changements et ces progrès sont obtenus par des procédures coercitives, un dressage, et ils n'entraînent pas une dynamique de changement. Il apparaît donc que le développement de ces individus, dont on ignore les capacités initiales, a été gravement et définitivement obéré par l'ensemble des privations subies précocement. Toutefois, l'ignorance dans laquelle on se trouve de l'âge auquel la privation est intervenue et de sa durée rend difficile de voir dans les enfants sauvages un modèle pertinent pour expliquer l'ontogenèse. Tout au plus peut-on tirer argument de la convergence entre certains traits présentés par ces individus et les traits observés dans des expériences de privations réalisées sur l'animal pour supposer des effets différents des privations en fonction de l'âge.


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