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La définition de Rêve



Le rêve en psychophysiologie

En psychophysiologie, le rêve correspond à une activité mentale survenant au cours du sommeil. L'étude expérimentale du rêve a comme point de départ la découverte par Eugene Aserinski et Nathaniel Kleitman du sommeil paradoxal, en 1953. Ce sommeil paradoxal, qui se répète quatre ou cinq fois au cours de la nuit, étant se caractérise par:

  • une intense activité du système nerveux central,
  • des secousses musculaires transitoires,
  • une érection pénienne,
  • des mouvements oculaires rapides.

Ainsi, cette phase de sommeil est apparu aux yeux des chercheurs comme un excellent candidat pour être le substrat biologique du rêve. Le fait qu'un récit de rêve est obtenu huit fois sur dix lorsque le réveil a lieu au cours de ce sommeil et qu'il existe une corrélation entre la direction des mouvements oculaires et le contenu du rêve semble confirmer cette hypothèse. Toutefois, cette assimilation du rêve au sommeil paradoxal n'est pas acceptée par tous, compte tenu de l'impossibilité d'étudier une éventuelle activité onirique chez l'animal alors que le sommeil paradoxal est présent chez tous les mammifères.
L'étude expérimentale du rêve met en évidence que, plutôt qu'exprimant, sous forme hallucinatoire, les désirs inconscients, le rêve s'alimente des informations glanées au cours de la veille et particulièrement de celles qui ont une signification importante pour l'individu, c'est-à-dire de celles qui doivent impérativement être intégrées pour une meilleure adaptation à l'environnement.


Le rêve en psychanalyse

En psychanalyse, le rêve désigne une production psychique de caractère énigmatique, dans laquelle le psychanalyste reconnaît l'effet d'un travail d'élaboration et de chiffrage du désir inconscient. De ce fait le rêve est une voie privilégiée d'accès à l'inconscient.
C'est en travaillant avec ses malades que Sigmund Freud découvre le rêve comme phénomène pathologique normal: « Ils m'ont appris ainsi que l'on pouvait insérer le rêve dans la suite des états psychiques que l'on retrouve dans nos souvenirs en partant de l'idée pathologique. De là à traiter le rêve comme les autres symptômes et à lui appliquer la méthode élaborée [de l'association libre] pour ceux-là, il n'y avait qu'un pas ». Aussi, en 1900, dans un foisonnement d'exemples de rêves personnels, Freud ouvre la voie à la connaissance de l'inconscient: le rêve est un rébus qu'il faut traiter comme un texte sacré, c'est-à-dire déchiffrer selon des lois. Et Lacan ajoute: « Un rébus dont la structure phonématique est organisée par le signifiant du discours qui s'articule et s'analyse pour nous permettre de retrouver la maxime ou le proverbe sous forme de métaphore de la langue ».
Deux questions mènent la recherche de Freud:

  • Quels sont les processus qui permettent à des pensées de se transformer en une suite claire mais parfois inintelligible au réveil, et pourquoi une telle transformation?
  • Qu'est-ce qui fait le rêve et comment l'interpréter?

La simplicité des rêves d'enfants apporte un premier élément de réponse. En effet, soumis aux actions du jour précédent, ce sont des réalisations naïves d'un accomplissement du désir: « Anna Freud, fraises, grosses fraises, flan, bouillie », rêve sa fille mise au régime. Mais elle commence par se nommer. Ce rêve ne dit pas seulement la satisfaction hallucinatoire d'un besoin: le désir infantile, qui commence par se structurer sur le désir du désir de l'autre, ne permet pas ici de distinguer un sujet qui serait celui de l'énonciation, inconscient, d'un sujet de l'énoncé, celui de la vie diurne et consciente.
Où est l'accomplissement du désir dans les rêves pénibles? Pourquoi, dans certains rêves, le désir n'est-il pas clairement exprimé? Freud travaille en opposant contenu latent et contenu manifeste. Avec le rêve de la belle bouchère, une autre conclusion s'impose à lui: le rêve est déformé, sa déformation permet de dissimuler des sentiments, et l'expression de désir est censurée. « Le rêve est l'accomplissement (déguisé) d'un désir (réprimé, refoulé). » Stratégie dialectique du désir et de la demande, demande d'amour chez l'hystérique. En effet, en s'identifiant à l'amie dont elle est jalouse, à partir du désir de l'autre, elle se crée un désir insatisfait. Ainsi, la satisfaction est empêchée mais le désir est conservé.


La théorie de l'appareil psychique

Freud a tenté, en élaborant sa théorie de l'appareil psychique, d'éclairer les paradoxes qu'il rencontre: la division perception-pensée, l'inscription des signifiants (représentants-représentation), le fonctionnement de la série perception-mémoire-pensée-idée. Un premier schéma stimulus-réponse est construit à partir de notions énergétiques: toute stimulation tend à produire une hallucination. Comment le système fait-il la différence avec la réalité? Il explique ce processus primaire par le régrédient du rêve (retour vers la perception), en ce sens que la représentation retourne à l'image sensorielle d'où elle est sortie un jour. Le regard et le perceptif sont confondus. Dans son deuxième schéma, il fait entrer la notion d'information, s'efforce de formaliser et de faire surgir l'ordre symbolique.
Reprenant de Fechner le terme autre scène, Freud écarte l'idée de faire correspondre la scène du rêve avec une localisation anatomique et se sert de la métaphore du télescope où l'image se forme en un lieu idéal auquel ne correspond aucune partie tangible de l'appareil. En ce lieu, la pensée du rêve est mise en scène, vécue en images et en paroles, au présent. Le souhait est accompli. Le rêve est l'accomplissement de désirs. Par ailleurs, Freud montre que le sommeil diminue la censure et permet de contourner la résistance.
L'oubli s'explique par l'action de la censure et en quelque sorte il est intentionnel. L'oubli, comme le doute, est un message, comme un discours qui serait interrompu et dont l'interruption insisterait. Le désir du rêve est de faire passer le message. Pendant le jour, la censure provenant de la résistance interdit les pensées du rêve au conscient. Pendant la nuit, le régrédient du rêve permet d'halluciner les pensées transformées. Nos rêves ne sont pas tous interprétables, un nœud de pensées que l'on ne peut défaire rattache l'individu à l'inconnu.
Le travail de l'interprétation du rêve, en associant les pensées qui viennent à son propos, se fait par le rêveur lui-même, qui repère dans le discours les moments de jouissance et d'angoisse qu'il connaît depuis l'enfance. Ce travail reprend d'une manière inversée le travail du rêve et ne peut s'accomplir que dans une langue privée, propre au rêve de ce rêveur.


Le sens du rêve

Si, pour Freud, le rêve se définit comme réalisation de désir, Lacan revient sur la question du sens du rêve, qu'il présente de façon plus complexe à travers ses trois catégories de l'imaginaire, du symbolique et du réel. Il reprend pour cela le rêve longuement analysé par Freud au début de la Traumdeutung, celui de l'injection d'Irma. Freud avait rêvé qu'à une réception il reproche à une patiente de ne pas avoir accepté sa solution. Devant ses douleurs, il prend peur et se demande s'il n'a pas laissé échapper un symptôme organique. Il veut l'examiner et elle manifeste sa résistance. Divers collègues sont là et donnent leur avis. Freud voit au fond de la gorge d'Irma « de larges escarres blanc grisâtre ». L'infection vient d'une injection faite par un collègue et ami, Otto, d'une préparation de triméthylamine, vraisemblablement avec une seringue sale.
Ici, le niveau imaginaire est celui de la rivalité (l'erreur a été faite par un collègue), le réel du corps se trouve approché malgré la résistance pudique d'Irma. Quant au symbolique, c'est celui de la lettre: Freud voit la formule de la triméthylamine, produit de décomposition du sperme, écrite devant lui en caractères gras, ce qui est sans doute une façon de ne pas en rester, dans le rêve, à l'horreur de la rencontre avec le réel.


Le rêve éveillé

Il s'agit d'un état de rêverie dans lequel le niveau de vigilance est abaissé mais l'état de conscience reste intact. Ce terme a été utilisé vers 1925 par Léon Daudet, alors que se développaient en France les recherches sur l'imagerie mentale.
En 1945, Le rêve éveillé dirigé de Robert Desoille se présente comme une méthode de psychothérapie inspirée plutôt par les recherches pavloviennes sur l'activité nerveuse supérieure que par les analyses freudiennes du rêve. Le déroulement de la cure préconisé par Desoille consiste, en une première phase, à s'allonger sur le dos et à décrire, avec les affects qui leur sont associés, les images et les scènes qui se présentent spontanément. Grâce au matériel fourni par cette rêverie, le thérapeute peut, par la suite, provoquer « la représentation de nouvelles situations pour observer les réactions affectives au sujet de celles-ci ». Desoille décrit dans cette cure un processus de libération de l'angoisse se manifestant aussi bien sur le plan physiologique que sur le plan psychologique.
Le rêve éveillé dirigé, qui se réfère aux conceptions de Ivan Pavlov sur la psychopathologie, ne fait pas appel à une relation transférentielle. Cependant, de nos jours, une version moins directive de cette méthode est parfois utilisée en début de cure analytique pour provoquer un état très similaire: l'attention flottante que Freud préconisait en début de traitement. Roger Fretigny et André Virel ont proposé de baptiser du terme d'onirothérapie les méthodes qui font appel à l'imagerie mentale, que la perspective dans laquelle cette thérapie est faite soit ou non analytique.


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