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La définition de Relations integroupes


Les relations intergroupes désignent l'ensemble des perceptions et des comportements de groupe définis en termes de nous et eux pour autant qu'ils sont le produit d'un des processus cognitifs les plus fondamentaux de l'être humain: la catégorisation.


L'endogroupe et l'exogroupe

À l'aide de la catégorisation, nous découpons, classifions et ordonnons notre environnement social, nous permettant ainsi d'agir plus efficacement en termes de temps et d'effort. L'endogroupe (ou intragroupe) est composé des individus qu'une personne a catégorisés comme membres de son propre groupe d'appartenance et avec qui elle a tendance à s'identifier. L'exogroupe (ou hors-groupe) est composé de tous les individus qu'une personne a catégorisés comme membres d'un groupe d'appartenance autre que le sien et avec qui elle n'a pas tendance à s'identifier.


Le préjugé et la discrimination

Le préjugé, selon Gordon Allport, est une attitude négative ou une prédisposition à adopter un comportement négatif envers les membres d'un exogroupe, qui repose sur une généralisation erronée et rigide. Les préjugés imposent des généralisations défavorables envers chacun des individus qui sont membres d'un exogroupe sans égard pour les différences individuelles existant à l'intérieur de chaque groupe. On peut avoir des préjugés à l'endroit des membres de n'importe quelle catégorie sociale qui est autre que la sienne et envers laquelle on éprouve des sentiments défavorables. Les psychologues sociaux se sont surtout intéressés aux préjugés basés sur les catégories sociales fondées sur le sexe, l'âge, le handicap physique ou mental, la race, l'appartenance religieuse, ethnique ou linguistique. Les individus membres de ces catégories peuvent difficilement nier qu'ils sont membres de ces groupes et ne veulent pas ou ne peuvent pas facilement changer d'appartenance.
La discrimination est un comportement négatif envers des individus membres d'un exogroupe envers lequel nous entretenons des préjugés. De nombreuses recherches démontrent que nous avons tendance à nous comporter plus favorablement envers les individus membres de l'endogroupe que ceux de l'exogroupe. La discrimination envers les membres d'un exogroupe peut se manifester dans le travail, le logement locatif, les services sociaux, dans les commerces et dans l'ensemble des relations interpersonnelles. Aussi, des études ont démontré que les individus victimes de discrimination se sentaient plus stressés et plus agressifs que ceux qui n'ont pas subi de discrimination. Par contre, l'effet néfaste de la discrimination sur l'estime de soi peut être contré lorsque cette discrimination est attribuée au comportement discriminatoire de l'exogroupe plutôt qu'à des défaillances personnelles de la victime. Ces recherches démontrent, qu'en général, la discrimination constitue une menace contre l'identité sociale des victimes, ce qui entraîne une identification plus forte à l'endogroupe et des comportement qui revalorisent l'identité sociale des victimes.
Par ailleurs, deux niveaux d'analyse complémentaires sont nécessaires pour expliquer les causes du préjugé et de la discrimination:

  • Des explications intrapersonnelles.
  • Des explications qui s'articulent au niveau intergroupe.

L'explication intrapersonnelle

La personnalité autoritaire et le rôle des boucs émissaires constituent les éléments classiques de l'explication intrapersonnelle du préjugé et de la discrimination. Suite à une vaste enquête aux États-Unis, Theodor Adorno a avancé l'hypothèse que les préjugés et la discrimination ne sont pas des phénomènes isolés mais généralisés, découlant de caractéristiques fondamentales de la personnalité. L'étude démontra qu'un encadrement familial très strict et compétitif engendre la personnalité autoritaire qui se caractérise par une valorisation du pouvoir et de la fermeté et dont la pensée est organisée en fonction de catégories sociales rigides nous/eux. L'hostilité réprimée lors de l'enfance dans de telles familles est projetée sur des exogroupes faibles jugés indésirables (groupe bouc émissaire). C'est ainsi que l'agression autoritaire contre les minorités indésirables peut servir de soupape à des sentiments de frustration longtemps réprimés dans le contexte familial. De plus, la recherche révéla que les relations des individus autoritaires avec les membres d'exogroupes se caractérisaient par l'ethnocentrisme. L'ethnocentrisme se manifeste chez un individu par:

  • Des attitudes positives à l'endroit de l'endogroupe.
  • Des attitudes négatives à l'égard des exogroupes.
  • La conviction que les exogroupes sont inférieurs à l'endogroupe.

L'explication au niveau intergroupe

L'explication du préjugé et de la discrimination s'incarne au niveau intergroupe grâce aux recherches de Muzafer Sherif qui aboutissent à la théorie des conflits réels (TCR). En Europe, Henri Tajfel propose la théorie de l'identité sociale (TIS) qui fait appel à des facteurs motivationnels et cognitifs pour expliquer la discrimination. Enfin, les notions d'équité et de privation relative amènent les chercheurs à se pencher sur la mobilisation sociale des groupes défavorisés qui tentent d'améliorer leur sort au sein de la structure sociale.


La théorie des conflits réels

La théorie des conflits réels (TCR) propose que la concurrence entre les groupes pour des ressources limitées est une des causes fondamentales des préjugés, de la discrimination et des hostilités intergroupes. La coopération engendre des perceptions et des comportements intergroupes positifs, alors que la compétition entraîne des attitudes et des comportements défavorables envers l'exogroupe. La TCR propose que plus il y a de compétition pour des ressources limitées, plus les préjugés et la discrimination seront intenses entre les groupes.
Les résultats des études de terrain de Shérif démontrent clairement l'impact de la compétition et de la coopération intergroupes sur la formation des préjugés et les comportements discriminatoires. Ces études ont également démontré que la compétition intergroupe peut mener à des comportements agressifs envers l'exogroupe. Plusieurs recherches ont corroboré les études de Sherif en démontrant que la compétition intergroupe pouvait susciter une augmentation de la cohésion et de la solidarité intragroupes chez les membres du groupe gagnant, alors que la cohésion et la solidarité diminuent chez les perdants.


La théorie de l'identité sociale

En analysant les études de Sherif, on remarqua que les perceptions négatives de l'exogroupe étaient apparues avant même l'introduction, par les chercheurs, de la compétition entre les groupes. La question s'est alors posée de savoir quelles étaient les conditions minimales pouvant déclencher la discrimination intergroupe. Tajfel et ses collègues établirent le paradigme des groupes minimaux (PGM) qui visait à éliminer tous les facteurs habituellement reconnus comme étant la cause de la discrimination entre groupes. Dans la situation du PGM, les deux groupes ad hoc sont créés aléatoirement pour une durée d'environ une heure. Il n'y a aucune rivalité entre les deux groupes, l'anonymat complet des individus est préservé, aucune interaction sociale n'est permise à l'intérieur des groupes ou entre les groupes, et les individus ne distribuent jamais de ressources à eux-mêmes. Dans de telles circonstances, on s'attendait à ce que peu d'individus trouvent leur compte à se comporter de façon discriminatoire. Pourtant, les recherches démontrent que, dans cette situation presque absurde, les répondants se comportent de façon discriminatoire en donnant plus de ressources aux membres de leur endogroupe qu'aux membres de l'exogroupe.
Selon la théorie de l'identité sociale (TIS), la catégorisation sociale eux/nous est l'ancrage cognitif qui permet aux individus de s'identifier à leur endogroupe. Cette identification pousse les individus à vouloir s'assurer d'une identité sociale positive, ce qui peut contribuer à améliorer l'estime de soi. Pour arriver à une identité sociale positive, le groupe d'appartenance doit apparaître différent des autres groupes sur des dimensions jugées positives et importantes par les membres de l'endogroupe. C'est par la comparaison sociale favorable à l'endogroupe qu'une identité sociale positive peut être établie. Plus les membres d'un groupe se comparent favorablement par rapport à l'exogroupe, plus ils bénéficient d'une identité sociale positive. Dans le contexte du PGM, c'est le biais favorisant l'endogroupe dans la distribution des ressources qui permet aux individus de se comparer favorablement à l'exogroupe et, par conséquent, de se forger une identité sociale positive. Les recherches du PGM démontrent que, plus les individus s'identifient à leur endogroupe, plus ils ont tendance à se comporter de façon discriminatoire. La TIS pose que ce désir de différenciation positive vis-à-vis de l'exogroupe est à l'origine du préjugé et de la discrimination.


L'inégalité des groupes

Les théories du conflit réel (TCR) et de l'identité sociale (TIS) doivent mieux rendre compte d'une réalité fondamentale qui est que la plupart des relations intergroupes se vivent entre groupes sociaux dont le pouvoir, le statut et le poids numérique sont inégaux. Souvent ce type de relation intergroupe est perçu comme étant plus ou moins stable et légitime. Si on perçoit que la relation intergroupe est instable et/ou illégitime, la comparaison sociale entre l'endogroupe et l'exogroupe est rendue plus saillante et, de ce fait, insécurise l'identité sociale des groupes.
C'est dans ce type de relation que la discrimination est d'autant plus apte à contribuer à l'identité sociale des groupes. Des études PGM démontrent que la discrimination est d'autant plus virulente que la relation entre les groupes dominants versus dominés, ou de haut versus bas statut, est perçue comme étant illégitime et/ou instable. Ces études démontrent qu'aussi bien dans des situations intergroupes stable et instable, les femmes autant que les hommes préfèrent être membres du groupe dominant plutôt que du groupe dominé. Sans vouloir s'approprier le pouvoir absolu, autant les femmes que les hommes préféreraient que leur endogroupe bénéficie de deux fois plus de pouvoir que l'exogroupe, que ce dernier soit constitué uniquement de femmes ou d'hommes. De plus, ces études démontrent que, quelle que soit leur position dans la structure du pouvoir, les individus discriminent plus en faveur de leur endogroupe dans la distribution du pouvoir que dans la distribution des ressources pécuniaires. Il semblerait que l'avantage du pouvoir soit l'outil par excellence permettant aux groupes dominants de s'assurer d'un certain contrôle sur les ressources qu'ils convoitent. Ainsi, l'appartenance à un groupe dominant donne la liberté de choisir d'être soit discriminatoire, paritaire ou égalitaire envers l'exogroupe dans la distribution de ressources. D'où le désir des individus d'être membres d'un groupe dominant plutôt que dominé.
Les inégalités de pouvoir et de statut entre les groupes sociaux entraînent inévitablement des inégalités dans la distribution des ressources matérielles et symboliques. Ces inégalités évoquent les questions de l'équité, de la privation relative et de l'action collective dont le but est justement une redistribution plus équitable du pouvoir, des ressources et du statut entre les groupes minoritaires et le groupe majoritaire.


La théorie de l'équité

La théorie de l'équité a pour prémisse que la perception d'une injustice sociale provoque un malaise psychologique qui nous porte à vouloir rétablir l'équité. La justice sociale peut se rétablir de façon matérielle ou de façon psychologique. Dans un contexte intergroupe, l'iniquité pourrait se compenser grâce à un ajustement matériel qui changerait systématiquement les rapports entre les résultats et les contributions de l'endogroupe et de l'exogroupe.
L'autre type d'ajustement consiste à restaurer l'équité de façon psychologique. L'ajustement psychologique de l'équité peut se faire par le biais d'une déformation cognitive de la réalité, à travers laquelle les rapports contribution/résultat de l'endogroupe et de l'exogroupe sont rendus équivalents. Ces déformations cognitives permettent de rétablir la perception de justice sociale, sans toutefois changer la situation objective des groupes en présence. Pour des raisons pécuniaires évidentes, on constate qu'en général les groupes avantagés préfèrent recourir à des ajustements psychologiques plutôt que matériels pour rétablir l'équité, alors que les groupes désavantagés privilégient les ajustements matériels.
Les groupes défavorisés sont souvent dépourvus du pouvoir nécessaire qui leur permettrait d'obtenir les compensations matérielles requises pour la restauration de l'équité. Cette situation peut amener les groupes défavorisés à accepter les déformations cognitives véhiculées par les membres du groupe dominant, ce qui permet à ces derniers de légitimer l'injustice sociale dont les groupes désavantagés sont victimes. Cette acceptation des déformations cognitives amène les groupes défavorisés à minimiser l'ampleur des contributions de leur endogroupe (par exemple, « nous manquons de compétence ») et à exagérer celles du groupe avantagé (par exemple, « ils sont plus éduqués que nous »). Par conséquent, les membres du groupe désavantagé peuvent finir par croire que leur situation désavantageuse est méritée et que la relation intergroupe est, en fait, équitable et légitime. Ce type d'autodépréciation peut avoir un impact négatif sur l'identité sociale des groupes défavorisés. L'adoption de telles déformations cognitives est souvent encouragée par le groupe dominant qui a tout intérêt à blâmer les victimes de l'injustice sociale. Il est notoire que bon nombre de stéréotypes entretenus par les groupes dominants laissent entendre que les minorités sont désavantagées parce qu'elles sont composées de gens paresseux ou mal formés. C'est souvent en invoquant ce genre de stéréotypes que les groupes dominants parviennent à légitimer leur comportement discriminatoire envers les groupes désavantagés. Par conséquent, les groupes défavorisés ont intérêt à combattre non seulement la discrimination, mais également les préjugés et stéréotypes qui légitiment ces comportements discriminatoires.
La théorie de l'équité permet de comprendre comment les mécanismes de déformation cognitive peuvent amener les membres de groupes défavorisés à considérer leur situation comme étant équitable et légitime. Cette légitimation de la situation diminue le désir des groupes défavorisés d'entreprendre les actions collectives nécessaires à l'amélioration de leur sort.


La théorie de la privation relative

Lorsque les tentatives psychologiques de restauration de l'équité ne fonctionnent pas, et que le groupe dominant est fermé aux tentatives de restauration matérielle, c'est la théorie de la privation relative (TPR) qui explique le mieux le comportement des groupes désavantagés. La privation relative intergroupe est ressentie lorsque les membres d'un groupe défavorisé perçoivent une contradiction entre le sort actuel de l'endogroupe et celui auquel ils pensent avoir droit collectivement.
Les mouvements collectifs de revendication sont le résultat du sentiment de privation relative ressentie au niveau intergroupe plutôt qu'au niveau intra ou interpersonnel. Les recherches démontrent que l'intensité du sentiment de privation relative relève plus du sentiment subjectif de privation que de la réalité objective.


La complémentarité des théories évoquées

La théorie de la privation relative rejoint et complète la théorie de l'équité. Les deux théories soulignent l'importance des processus de déformation cognitive nous permettant de mieux saisir pourquoi des groupes désavantagés ne se mobilisent pas nécessairement pour améliorer leur sort. De plus, ces deux théories illustrent les processus nécessaires pour que les individus en viennent à percevoir qu'une relation intergroupe est injuste, illégitime et susceptible d'être modifiée. C'est ainsi que ces deux théories complètent la théorie de l'identité sociale, puisque cette dernière ne précise pas clairement le processus par lequel les individus en viennent à percevoir qu'une relation intergroupe est illégitime et instable. De plus, alors que la théorie de l'identité sociale semble bien expliquer les causes du préjugé et de la discrimination, la théorie de la privation relative fournit des explications pour des comportements intergroupes plus extrêmes, tels que les manifestations ou la violence contre les institutions et certains exogroupes. La violence intergroupe est parfois utilisée pour forcer un groupe avantagé à partager les ressources d'une façon plus équitable avec les groupes défavorisés.
La théorie des conflits réels démontre que les relations intergroupes ne peuvent pas toujours être harmonieuses, étant donné la quantité limitée de ressources à partager entre les groupes sociaux. La théorie de l'identité sociale soutient que les individus préfèrent être membres d'un groupe qui se compare favorablement plutôt que défavorablement aux exogroupes saillants du contexte social. Cette forme de compétition sociale, qui débouche souvent sur le préjugé et la discrimination, s'ajoute à la compétition objective (théorie des conflits réels) pour l'obtention de ressources limitées et augmente le potentiel chronique des rivalités intergroupes. De plus, les déformations cognitives concernant l'équité du partage des ressources rendent plus difficile la résolution des conflits réels entre les groupes sociaux. Étant donné que le partage inégal des ressources entre les groupes sociaux est la règle plutôt que l'exception, il faut admettre que le conflit social est une composante inhérente des relations intergroupes.


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