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La définition de Refoulement


Le refoulement désigne le processus de mise à l'écart des pulsions qui se voient refuser l'accès à la conscience.


Les deux sortes de refoulement

Une première remarque sémantique permet de distinguer deux termes indifféremment traduits en français par refoulement:

  • Unterdrückung: littéralement signifie répression et témoigne de la poussée sous-jacente et active de l'élément réprimé.

  • Verdrängung: ordinairement traduit par refoulement mais pour lequel l'appellation mise à l'écart conviendrait mieux. Freud lui-même le définit en ces termes: « Son essence consiste seulement en la mise à l'écart et en le fait de maintenir éloigné du conscient ».

Ce que le refoulement met à l'écart et tient éloigné du conscient est ce qui est susceptible de provoquer un déplaisir. Mais, remarque Sigmund Freud, « avant un tel niveau d'organisation psychique, les autres destins pulsionnels, comme la transformation en son contraire, le retournement contre la personne propre viennent à bout de la tâche de défense contre les incitations pulsionnelles ». En d'autres termes, si dans certaines conditions des incitations pulsionnelles sont susceptibles de provoquer du déplaisir et que le refoulement n'a pas encore eu lieu, Freud remarque qu'elles sont détournées par d'autres processus pulsionnels. Ces processus sont caractéristiques de la névrose obsessionnelle, comme le fait de transformer une incitation en son contraire ne pas tuer un proche ou de s'infliger un impératif punitif.


Les deux moments logiques du refoulement

Selon Freud, nous sommes donc en droit d'admettre deux moments logiques du refoulement:

  • Le refoulement originaire: il s'agit de la première phase du refoulement qui consiste en ceci que le représentant de la pulsion, qui va faire qu'il y ait représentation, se voit refuser la prise en charge par le conscient. Avec lui est donnée une fixation. Le représentant concerné reste dès lors établi de manière invariable et la pulsion lui demeure fixée.

  • Le refoulement proprement dit: il s'agit de la seconde phase du refoulement. Il concerne les rejetons psychiques du représentant refoulé ou bien des chaînes d'idées qui, venant d'ailleurs, se sont associées avec ledit représentant. Non seulement ces représentations connaissent le même destin que le refoulé originaire mais le refoulement proprement dit est un refoulement après coup.

Le refoulement des incitations pulsionnelles

Les incitations pulsionnelles proviennent d'abord des orifices réels du corps. Pour Jacques Lacan, qu'il s'agisse de la pulsion orale, anale, scopique, invocante, elles trouvent « faveur du trait anatomique d'une marge ou d'un bord: lèvres, enclos des dents, marge de l'anus [...], voire cornet de l'oreille ». Freud parle encore des incitations pulsionnelles quand il évoque ces chaînes d'idées, signes d'une excitation organique, qui se trouvent aspirées après coup par l'effet du refoulement originaire. Le refoulement originaire les entraîne à sa suite et, du même coup, elles se trouvent refoulées comme s'il s'agissait d'un coup de lame porté par le sens sur les orifices corporels, supports de l'excitation.
Si l'on admet maintenant avec Freud le primat du génital, c'est-à-dire le fait que la fixation de cet objet imaginaire, le phallus, va venir exiger le refoulement de toutes les autres pulsions, en même temps qu'il les sexualise, on peut admettre que le représentant originairement refoulé dont parle Freud soit précisément le phallus. C'est le seul objet pour lequel, malgré l'existence du pénis, il n'y ait pas de support réel. Il exige, dans un après-coup logique, le refoulement proprement dit. Les pulsions non génitales sont désormais rattachées à la jouissance que représente le phallus. Il les sexualise et les entraîne dans sa mise à l'écart. Il appelle au sacrifice de la jouissance, quel qu'en soit l'objet.


Le sens comme cause du refoulement

En vertu de quoi? En vertu du sens, un sens univoque d'être phallique et supporté par le signifiant, que ce soit un mot, une phrase, une lettre. Selon Charles Melman, il est à ce titre remarquable en clinique que l'émergence dans la vie psychique d'une incitation pulsionnelle va rencontrer automatiquement la lame qui va l'ébarber, exiger que soit renoncé à cette incitation pulsionnelle, qu'elle soit rendue inoffensive, annulée, transformée, détournée, sublimée ou encore, si elle doit être réalisée, cela ne se pourrait qu'à certaines conditions pour que le plaisir éventuellement s'ensuive. On comprend pourquoi refoulement et inconscient sont corrélatifs. Ce qui explique aussi que cette incitation ne puisse faire retour dans la chaîne parlée que comme obscénité, c'est-à-dire que les signifiants qui prennent appui sur le refoulement du phallus peuvent devenir, pour peu que la conscience n'y prenne garde, signes de cette obscénité.
Par le refoulement, l'individu sacrifie toute jouissance. L'objet imaginaire, le phallus, qui signifie la jouissance est en vertu du signifiant mis à l'écart et l'individu lui sacrifie toutes ses incitations. Enfin, cette aspiration des incitations pulsionnelles par la signification phallique mise à l'écart, ainsi que la sexualisation simultanée des signifiants qui s'y rattachent dans les différentes pulsions, peut fort bien se produire sans que la fonction paternelle intervienne. Le refoulement originaire du phallus est seulement déterminé par un effet de sens lié pour l'enfant à des énoncés signifiants.


La fonction paternelle dans le refoulement

Dans le même temps, l'idée courante selon laquelle le père interdirait et serait l'initiateur de la castration mérite d'être précisée. Certes, il revient au père par sa seule présence réelle de manifester au garçon en particulier qu'il doit renoncer à cet objet imaginaire qu'il croit détenir à travers le désir de sa mère. Mais c'est le sens véhiculé par la chaîne signifiante qui opère la castration véritable, alors que la fonction paternelle semble avoir au contraire comme effet d'empêcher que le mécanisme implacable du refoulement n'entraîne l'inhibition définitive de l'individu.
La fonction paternelle autorise l'individu à être moins timoré dans son désir, bref moins frappé par une castration qui, sinon, l'annulerait comme individu désirant. Il n'est pas rare en clinique que d'aucuns s'aperçoivent qu'ils ont longtemps sacrifié aux impératifs de la castration, c'est-à-dire accompli leurs devoirs sociaux sans en tirer la moindre satisfaction. C'est qu'ils ne situaient pas tout à fait pour eux la fonction qui pouvait les autoriser à désirer et à jouir dans les limites qu'elle définit et met en place sexuellement et socialement. Sans doute une telle remarque sur la nature du refoulement originaire permet-elle de relativiser ce qui en psychanalyse pourrait déboucher sur un culte inconsidéré de la castration. L'essentiel est plutôt que l'individu puisse être en accord avec son désir.


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