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La définition de Rappel / Reconnaissance


Le rappel/reconnaissance est une technique utilisée en laboratoire pour mesurer les performances mnésiques des individus. On peut citer parmi les autres techniques l'économie au réapprentissage, la technique des paires associées, ou les épreuves de transfert.


L'épreuve de rappel et l'épreuve de reconnaissance

Dans une épreuve de rappel, la question qui est posée à l'individu consiste à restituer le matériel de type M, qui lui avait été présenté par un expérimentateur E, dans le lieu L au temps T. Ainsi, le sujet dispose d'informations qui lui permettent de reconstituer les circonstances dans lesquelles l'apprentissage a eu lieu. Il est évidemment possible de faire varier ces différents paramètres et d'évaluer l'incidence de ces variations sur la performance.
Dans une épreuve de reconnaissance, c'est le matériel appris lui-même qui est à nouveau présenté aux sujets mais mêlé à un autre matériel de la même classe destiné à égarer ceux-ci. On peut évidemment faire varier la similarité des items intrus par rapport aux items cibles et observer les effets d'une telle manipulation sur la performance des individus. Pour qu'un stimulus donné soit reconnu, l'individu doit savoir implicitement répondre à des questions relatives à E, L et T et/ou évaluer sa familiarité.
Ce qui est intéressant évidemment pour le psychologue qui manipule les différentes variables susceptibles d'affecter la performance mnésique des individus, ce sont les processus psychologiques qui sont mobilisés pour répondre à la question posée, en fonction de la situation d'apprentissage et de la situation de test, et la construction de modèles de ces processus. Supposons que l'on ait présenté aux sujets une liste de mots qui comporte des noms d'animaux et des noms d'instruments de musique mélangés. De fait, lors de l'encodage, l'individu peut apercevoir que le matériel en question est divisible en deux catégories. Lors d'une épreuve de rappel, il peut se souvenir de cette particularité du matériel et, à partir des noms de catégorie, tenter de générer les exemplaires. Toutefois, ce faisant, il sera conduit à produire de nombreuses réponses erronées, qu'on appellera des intrusions, et des oublis si certains exemplaires de la liste sont peu fréquents, par exemple. Supposons maintenant que, après le même type de présentation, on lui demande de reconnaître les mots dont il se souvient. De fait, si on lui présente une liste comportant les items d'apprentissage et un nombre équivalent d'items du même type, mais étrangers à la liste d'apprentissage, une stratégie possible pour lui consistera à accepter tous les mots présentés, autrement dit à fournir autant de réponses correctes que d'erreurs. Dans ce dernier cas, on parlera de fausses alarmes.
Toutefois, lorsqu'on compare ces résultats théoriques aux résultats observés dans de nombreuses expériences, on constate que ceux-ci sont très différents. En effet, dans le cas du rappel, si les sujets peuvent oublier de restituer certains items, en revanche ils font très peu d'intrusions. Dans le cas de la reconnaissance, on n'observe quasiment jamais de protocoles de sujets qui acceptent tous les items qui leur sont proposés. Au contraire, on constate qu'en général la proportion de réponses qu'ils donnent est fonction de la probabilité a priori des items pertinents dans la liste. Dans l'exemple cité ci-dessus, ils accepteront environ 50% d'items et rejetteront les autres. Ce faisant, ils pourront faire deux types d'erreurs: soit accepter indûment un item incorrect (fausse alarme), soit rejeter indûment un item correct (omission). Par conséquent, aussi bien dans le cas de la génération d'items plausibles à partir de la mémoire sémantique (rappel) que de l'accès direct aux items dans une liste présentée aux individus (reconnaissance), il faut concevoir un processus de sélection susceptible d'expliquer pourquoi les sujets ne se comportent pas comme dans le modèle hypothétique exposé ci-dessus.
Deux grandes classes de modèles ont été proposées:

  • La première classe de modèles: on considère que le rappel est fondé sur un processus de génération et un processus de décision.
  • La seconde classe de modèles: la distinction entre des processus de génération et de sélection est rejetée. Ce qui distingue le rappel de la reconnaissance, c'est l'efficacité des indices de récupération fournis aux sujets et la compatibilité qui existe entre les conditions d'encodage et de récupération.

Le modèle des deux processus de Kintsch

Selon ce modèle, le rappel consiste en deux étapes successives:

  • L'étape de génération: le sujet produit implicitement des mots après une recherche dans sa mémoire sémantique.
  • L'étape de sélection: elle permet de choisir parmi les mots générés ceux qui donneront lieu à une réponse explicite. Cette étape de sélection correspond au même processus que celui qui est seul mis en jeu dans une épreuve de reconnaissance.

Ce qui distingue le rappel de la reconnaissance, c'est le processus de génération, le processus de sélection-décision est identique dans les deux situations. L'information sur laquelle s'appuient les individus pour prendre leur décision de choisir ou non de donner une réponse est une information de familiarité qui représente la fréquence et la durée de présentation du stimulus lors de la période d'apprentissage. Par conséquent, lorsqu'un individu étudie un mot lors de l'apprentissage, la familiarité de ce mot en mémoire sémantique se trouve augmentée, autrement dit, une information épisodique est surimposée à l'information sémantique déjà disponible.
En situation de reconnaissance, lorsque l'individu rencontre ce mot, parmi d'autres, l'accès à sa représentation sémantique et épisodique (s'il a été présenté antérieurement) est automatique. C'est le processus de décision qui seul évaluera si la familiarité du mot est suffisante, en fonction du critère de l'individu, pour qu'une réponse d'acceptation soit formulée.
En situation de rappel, l'item lui-même n'est pas présenté physiquement à l'individu. Son accès en mémoire sémantique doit donc être piloté par d'autres informations. Celles-ci proviennent des relations sémantiques que l'individu a pu établir entre les items de la liste (par exemple, le repérage des catégories) et qui vont lui permettre, à partir des nœuds marqués dans le réseau sémantique, de générer des candidats plausibles à la réponse. Ces items plausibles sur des bases sémantiques seront évalués par le processus de décision sensible à la familiarité, ce qui permettra à l'individu de fournir une réponse explicite.


Le modèle contextuel d'Anderson et Bower

L'architecture générale de ce modèle n'est pas différente de celle du modèle de Kintsch. On y trouve toujours les deux étapes distinguées précédemment par Kintsch: la génération et la décision-sélection. Toutefois, ce n'est plus la familiarité qui va servir d'information de référence au processus de décision. En effet, Anderson et Bower considèrent que, si ce type d'information est suffisant pour permettre aux individus de discriminer un item qui a été présenté récemment d'un autre qui ne l'a pas été durant l'apprentissage, il ne permet pas de rendre compte de jugements beaucoup plus fins effectués par les individus, comme ceux qui consistent à distinguer des items présentés une fois seulement et récemment, ou deux fois mais beaucoup plus tôt dans la liste d'apprentissage. Ce sont les éléments contextuels d'information, et non la seule familiarité, qui vont permettre aux individus de décider des circonstances dans lesquelles les items ont été présentés et de fournir une réponse explicite.
Ainsi, le modèle rend compte non seulement de la capacité des individus à décider si un mot a été ou non présenté dans une liste antérieure, mais également lorsque plusieurs listes ont été présentées successivement aux sujets, dans lesquelles le mot en question se trouvait.


Le modèle de recherche conditionnelle de Tiberghien et Lecocq

Dans les deux modèles précédents, l'accès à l'information en reconnaissance était considéré comme automatique, puisque l'item à reconnaître était matériellement présenté aux sujets. Toutefois, de nombreux résultats expérimentaux et les différences observées dans les latences de reconnaissance en fonction des modifications apportées au contexte entre l'encodage et le test venaient remettre en cause cette affirmation, somme toute logique.
Dans le modèle de recherche conditionnelle, certains processus de recherche peuvent être à l'oeuvre en reconnaissance lorsque les circonstances l'exigent. Par conséquent, cette recherche est exceptionnelle, c'est-à-dire qu'elle ne caractérise pas les situations courantes, et conditionnelle, c'est-à-dire qu'elle dépend d'un processus préalable d'évaluation de la familiarité. Lorsque ce processus échoue, une recherche en mémoire se trouve entreprise. Cette recherche porte sur des informations contextuelles, qui peuvent être récupérées soit en mémoire épisodique, soit en mémoire sémantique. Ainsi, ce modèle permet de faire face à des types de situations plus différenciées que les modèles précédents.


La théorie de l'encodage spécifique de Tulving

L'originalité de la perspective d'Endel Tulving est qu'elle récuse la plupart des caractéristiques des modèles précédents.
Pour Tulving, les activités de rappel et de reconnaissance ne diffèrent entre elles que par les informations qui sont accessibles aux individus à travers les indices qui leur sont fournis, non par les processus qu'elles mettent en oeuvre. Par conséquent, les étapes de génération et de décision-sélection ne sont pas admises dans ce modèle. De même, Tulving distingue une mémoire sémantique et une mémoire épisodique. Aussi, comme il récuse le processus de génération de réponses plausibles à partir de la mémoire sémantique, le rappel et la reconnaissance sont pour lui des activités qui se déroulent essentiellement en mémoire épisodique. Si, lors de l'encodage, les individus exploitent les propriétés sémantiques des items qui leur sont présentés, c'est pour les placer en mémoire épisodique avec d'autres informations, non pour marquer les nœuds et/ou les relations du réseau de la mémoire sémantique, comme dans le modèle d'Anderson et Bower.
De plus, l'idée que la reconnaissance puisse se satisfaire d'une information aussi élémentaire que la familiarité des items, comme dans le modèle de Kintsch ou, partiellement, dans celui de Tiberghien et Lecocq, est également rejetée.
Enfin, la mémoire sémantique et la mémoire épisodique constituent deux systèmes distincts:

  • La première contient les informations générales concernant la signification des mots et les connaissances et règles linguistiques, entre autres.
  • La seconde contient les informations autobiographiques et les traces relatives aux différents épisodes vécus par un individu.

Autrement dit, participer à une expérience de mémoire dans un laboratoire constitue pour chaque individu une expérience spécifique qui se trouve stockée dans sa mémoire épisodique. Même s'il utilise les connaissances de sa mémoire sémantique pour mieux organiser l'épisode auquel il est confronté, les informations extraites durant cette expérience seront déposées dans sa mémoire épisodique.
Mais s'il n'y a pas de génération de candidats plausibles à la réponse à partir de la mémoire sémantique, comment les individus peuvent-ils récupérer l'information qu'on sollicite de leur part? Tulving suppose que les indices fournis au moment de la présentation du test de rétention (par exemple, « Rappelez les mots qui vous ont été présentés dans la liste précédente »), véhiculent toutes sortes d'informations contextuelles pertinentes et implicites, comme l'expérimentateur, la salle où l'expérience a lieu, le moment de la journée, etc..., qui seront utilisées dans la tentative d'appariement des individus avec la ou les traces épisodiques. A ce propos, Tulving parle de processus ecphorique. Bien qu'il n'ait pas beaucoup tenté de caractériser son fonctionnement, on peut penser qu'il s'agit du déclenchement d'un phénomène de résonance entre les indices perçus dans le contexte et la trace épisodique plus ou moins complète. Si l'ecphorie réussit, cela déclenche chez l'individu un souvenir conscient de l'événement original, qui, à son tour, provoquera la réponse explicite.
La conséquence de tout cela, c'est que les sujets, quelle que soit leur réponse, ne retrouvent jamais quelque chose incorrectement. En effet, les erreurs sont toujours justifiables du point de vue ecphorique. On voit bien également par là que, ce qui distingue le rappel de la reconnaissance, c'est la composition de l'information contextuelle. La mise en résonance de la trace épisodique est beaucoup plus probable lorsque l'item lui-même est présenté (reconnaissance) que lorsque ce sont les circonstances qui ont entouré sa présentation qui le sont (rappel). Nul besoin dans ces conditions de faire appel à des processus hypothétiques de génération-décision. On notera également que le processus ecphorique est d'autant plus efficace que les circonstances dans lesquelles l'apprentissage s'est effectué se retrouvent lors du test de rétention: c'est le principe de spécificité de l'encodage. Aussi, les indices de récupération ne sont efficaces que s'ils sont déjà présents lors de l'encodage.


Les effets de contexte en reconnaissance

Selon les modèles à deux processus, la présence matérielle des items à reconnaître dans la liste de reconnaissance provoque un accès automatique à leur valeur de familiarité ou aux informations contextuelles qui leur sont attachées.
Dans le modèle de Tulving, la présentation matérielle de l'item cible n'est efficace que dans la mesure où elle rétablit, de façon plus ou moins complète, le contexte dans lequel cet item a été encodé, ce qui lui permet d'entrer en résonance avec la trace épisodique qui lui correspond. Dès lors, si l'on introduit des variations de contexte entre l'apprentissage et le test, les modèles à deux processus ne devraient pas prédire d'altérations majeures de la performance par rapport à une situation où de telles variations entre l'encodage et le test ne seraient pas introduites. En revanche, le modèle de l'encodage spécifique prévoit une forte influence négative de telles modifications sur la performance des individus.
En modifiant différents aspects du contexte, de nombreuses recherches ont mis en évidence une forte diminution du nombre de réponses correctes des individus, tant en rappel qu'en reconnaissance. Il semble donc que ce type de résultats soit nettement en faveur du modèle de Tulving. Toutefois, comme le matériel des expériences était très souvent constitué d'homographes dont il était facile de faire varier le sens entre l'encodage et le test, les théoriciens des deux processus ont tenté d'accommoder les résultats obtenus à leur modèle en considérant que, dans ce cas, ce n'étaient pas les mêmes nœuds du réseau sémantique qui se trouvaient activés. De fait, l'accès automatique à l'information pouvait être préservé en invoquant le fait que, puisque l'accès n'avait pas lieu au même endroit en mémoire, l'évaluation de la familiarité ou de l'information contextuelle ne pouvait qu'en être affectée.
Malheureusement, cette position défensive ne put résister très longtemps. De nouvelles recherches mirent en évidence les mêmes variations de performance lorsque, au lieu d'homographes, on utilisait des mots banalement polysémiques ou même des photos de visages dont on avait changé la prise de vue, le fond ou que l'on avait habillés différemment (avec un chapeau, des lunettes, etc...). Pour pouvoir rendre compte de telles données, les modèles à deux processus se trouvaient contraints de multiplier de manière inflationniste les nœuds du réseau sémantique. Ainsi, cette prolifération paraissait difficilement compatible avec le principe d'économie qui doit guider les constructeurs de modèles.


L'incapacité à reconnaître des mots qui pourtant peuvent être rappelés

L'architecture même des modèles à deux processus implique que, lorsqu'un mot est rappelé implicitement, il doit être forcément reconnu explicitement. En effet, si les seuls éléments contextuels ont permis aux individus d'accéder à l'item nominal et si le processus de reconnaissance juge de la familiarité ou de la présence d'éléments contextuels adéquats, il n'y a aucune raison pour que le système de traitement rejette une cible dont l'accès a été rendu possible par ces informations mêmes.
Une des conséquences de cela est qu'il n'y a pas de cas où les performances en reconnaissance puissent être plus faibles que celles qu'on observe en rappel. Or, c'est précisément ce que montrent Tulving et Donald Thomson dans une expérience désormais célèbre. Le paradigme était le suivant:

  • 1- On présente aux sujets des couples de mots: par exemple, ground COLD, le mot en majuscules étant le mot à retenir (M.A.R.).
  • 2- On leur présente une liste comportant des associés primaires des M.A.R. (par exemple, pour COLD, on présentera HOT) et on leur demande de fournir pour chaque associé 4 mots qui leur viennent à l'esprit (simulation de l'étape de génération).
  • 3- Les sujets doivent indiquer, parmi les réponses fournies en 2, quels sont les M.A.R. qui leur avaient été présentés en 1.
  • 4- On procède à un rappel indicé de chaque couple appris en 1.

Les auteurs montrent que, lors de la deuxième étape, 66% des M.A.R. sont donnés comme associés. Parmi ceux-ci 54% sont reconnus au stade 3. Toutefois, lors de l'étape 4, les sujets rappellent 61% des M.A.R., dont une grande partie n'avait pas été reconnue lors de l'étape 3. Les partisans des modèles à deux processus ont alors considéré que ces résultats étaient probablement dus à une difficulté plus grande de la reconnaissance lors de l'étape 3 que du rappel indicé lors de l'étape 4 du fait de la présence d'un grand nombre de distracteurs de forte similarité sémantique. Dès lors, ces deux conditions ne sont plus comparables, ce qui explique la supériorité du rappel indicé sur la reconnaissance des M.A.R.
Malheureusement pour les partisans de la théorie des deux processus, Arthur Flexser et Tulving proposaient un modèle mathématique susceptible de rendre compte des résultats obtenus dans 33 expériences réalisées selon le même paradigme que celui de Tulving et Thomson. Pour eux, l'impossibilité pour les individus de reconnaître des items pourtant rappelables se produit parce que les indices employés dans le rappel indicé lors de la 4e étape ont été spécifiquement encodés avec les M.A.R. lors de la 1ère étape. Par conséquent ils provoquent un meilleur accès à la trace que lorsque les M.A.R. sont présentés seuls, sans ces indices, lors de l'étape 3. Dès lors, l'incapacité à reconnaître les M.A.R. dans l'étape 3 est une conséquence des modifications de contexte introduites par rapport à la situation d'encodage de l'étape 1.
Ces résultats sont très fortement en faveur du modèle de Tulving. Néanmoins, la séparation invoquée par Tulving entre mémoire sémantique et mémoire épisodique n'en continue pas moins de susciter des critiques. En effet, bien que cette dissociation lui permette de mieux rendre compte des résultats observés avec certains types de matériel, comme dans le cas de la reconnaissance des visages, elle paraît manquer de flexibilité pour rendre compte des stratégies variées et conscientes de récupération que les individus sont amenés à utiliser dans certaines situations. D'ailleurs, Tulving a tenté d'élargir sa théorie au début des années 1980.


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